LIVRE NEUVIÈME
Les comtes d'Achalm , auxquels il dut le jour , étaient des seigneurs puissants dans la Souabe *, dont la juridiction s'étendait sur la plupart des lieux voisins , et qui avaient même quelques terres en Alsace *. Deux frères , nommés Eginon et Rodolphe*, vinrent, vers l'an 1030, s'établir à Reutlingen, près du Neeker ». Eginon, qui était l'aîné, lit bâtir un grand château sur la montagne d'Achalm. Ce château donna le nom à toute la famille : on en voit encore les ruines vis-à-vis de la ville impériale de Reutlingen, dans le duché de Wurtemberg5. Eginon mourut sans enfants , et fut enterré dans l'église cathédrale de Strasbourg, devant l'autel de S. Laurent 6. Rodolphe , son frère, qui lui succéda dans tous ses biens, acheva le chà-
sous le titre d'Opmculum de fundatione Zwifaltcnsis monaslerii , et l'autre en 1138 par Berthold, religieux et puis abbé du même monastère sous le titre de Libellus de construction? Zwifildensis monaslerii. Elles ont été publiées pour la première fois en 1784 à Kemptcn, par le I». Gérard Hess, prieur de Weiiigartcii, dans la Monumentorum Guelficorum. pars historica, seu scriptores rerum Guelficarum, pag. 165-203 et 204-115. Ces deux chroniques ont aussi servi de canevas à la première partie de l'ouvrage de dom Arsène Sulger, religieux de Zwifallcn, imprimé à Augsbourg, en 1698, après sa mort, et intitulé Annales imperialis monaslerii Zwifaltensis. Crusius nous a aussi conservé plusieurs extraits de l'ouvrage de Berthold, dans ses annales de la Souabe, toi». 1, part, i, lib. 8, cap. 268.
' « Potentissimi et nobilissimi comités in partibus Alamania.' , • dit le moine Orllieb, cap. 1, pag. 169.
* Sulger, in parte prima, pag.
* On ignore le nom de leur père : mais le nécrologe Zwifalten. apud Hess, pag. 251, fait ainsi connaître le nom de leur grand-père. « Xiv Kal. decembris, Unruch, « proavus Liutoldi comilis. Pièces just. du /. il de l'Ilist. d'AU., lit. 525, p. CLXXX.
4 Sulger, pag. 2.
' Le château d'Achalm, selon Ortlieb, cap. 7, pag. 177., était divisé en deux forteresses, dont l'une était l'ouvrage d'Eginon et de Rodolphe son frère, et dont l'autre fut bâtie par le comte l.iutold , fils de Rodolphe. Crusius , .4nn«7. suevic. tom.i. parte 3, pag. 802. nous a laissé la description du château d'Achalm, tel qu'il l'avait vu en ruines en l'an 1587.
•Bertholdus, Libellus de construction Zwifildensis monaslerii. pag. 207 et in.
86 HISTOIRE DR l.'ÉGMSE
teau d'Achalm f. Ce dernier épousa Adélaïde, fille et héritière de Linthon , ou Luitold , comte de Wùlflingen » sœur de Hunfrid , archevêque de Ravenne , dont nous avons parlé autre part \ Rodolphe mourut à Dettingen heu de sa résidence ordinaire \ le 24 septembre 8 vers l'an 1039 •. Ses fils transférèrent dans la suite son corps dans l'église de Zwifalten \ Adélaïde , sa femme , qui lui survécut «, fut enterrée avec Eginon, son beau-frère, Eginon et Rodolphe , ses fils , dans la cathédrale de Strasbourg » dont elle avait été la bienfaitrice «°. Le mariage de Rodolphe , comte d'Achalm , et d'Adélaïde fut fécond : ils laissèrent dix enfants Cunon , qui fut l'aîné de tous
1 Ortlicbu», pag. Ifi9.
' Idem, pag. cil, et Berlholdus, pug. ioi.
1 Ci-dessus, pag. 18-1 9.
1 Orlliebus, cap. 7, pag. 177.
' Nccrologium Zwifaltense, pag, 248.
* Sulger, pag. H.
1 Berlholdus, pag. 206.
danser " Adel,,C,l C°nnl,SSa' ",a,Cr Con,iti« Liufldi, . a» 29 aou».
dans le nécrologe de Zwifalten, pag. U7.
* Bertholdus, pua. 207 et • u ' Voyez ci-dessus, pag. 20.
goLIV'T»; e7^1!Trsi au co,,,,e Bodo,phe uri ms naiurd-
* coteau1 z™, r. ,cro,or de zw,fauen' au * de'uin :
nommé dans le nombr, , T , ' LU,"°lfU8 dC Acha,,n ' 681 aussi
1087. C ^ ;?'enfaiU'UrS d" «»• Reicbenbach, vers l'an
* Rod(,lphe. Uue de Souab ' ,„„,. 2, 58. l,,e charte et Régule de Zurich et d » .j CS Pusses>'°ns <1u monastère des SS. Félix Cerbertum de Hudolpho^ZviJ" a' ""^ dC Seckin^»' ^ Tannée 1063,
* Chnononem comitem de Wul I ' PP* ' Pag' ,55' I,umn,e entre le» lewoius -ton Berlhold de Cons.ance «wT'Y (:U"°" "10UrUl * d'0C,°bre ,°S'2' ' Orlliebus, Wf 169 !" 367'
mourut dans une heureuse vieillesse , le 16 octobre 1 1092 *, dans son château de Wùlflingcn 5 ; il fut enterré, ainsi que Liutold , son frère, dans l'abbaye bénédictine de Zwifalten , qu'ils avaient fondée en 1089, à une lieue du Danube, près du château d'Achalm \ Liuthold ne survécut à Cunon que six ans, étant décédé le 18 août 1098, après avoir pris l'habit monastique trois jours avant sa mort 5. Il avait accordé la terre de Bilstein, située en Alsace 8, au monastère de Zwifalten, qui la vendit ensuite à l'empereur Henri V pour soixante marcs d'urgent 7. Cunon et Luitold
' Berlholdus, pay. il»'», et Neciologium Zwilallensc, puy. tW. ' Orlliebus, pa<j. I sT .
5 Adélaïde, comtesse .le WiiMiugen, av.ut ujij«»rlc en •loi le château de ce nom à Rodolphe, comte d'Aclialm, son époux. Liutold, leur lil», l'accorda ensuite à Burchard el Otlion de lloi bourg, ses neveux , (ils de Matliildc , sa sœur, comme l'écrit Orllieb, puij. 17K.
■ Ortlicbus, pay. 170, 171 et 182, atque Beilluddu», pay. t0\.
K Orlliebus, pay. 190; Berlholdus, pay. i«7, et .Neciologium, pay. il*.
■Orllieb, cup. 5, pay. 17* et 17i , appelle cette terre . quoddam in Alsatia
predium, cui Lbirsheini erat vocabulum. • Beiltiold, pay. i0»i , la nomme .luoddam predium in Alsatia Ebiiïsheim vociUlum in conliuio Raboldislaiu < silum. » Mais comme il n'y a aucun endroit de ce nom aux environs du château de Ruppolslein , nous croyons qu'il faut lire liilisteim au lieu A'Ebirisheim , d'autant plus que le château de Bilstein, qui eu est voisin, parvint, dans la suite, aux seigneurs de llorbourg, qui descendaient par les femmes des comtes d'Achalm. . Castrum quod Bileslein appellalur, est Domini de Horborg , » dit Richer de Senones, lib. 3, cap. I.
1 Le* chroniques de Zwilultcn nous laissent iguorer le nom de la femme de Liutold, comte d'Achalm. Mais nous croyons que ce lui Adélaïde, qui lui survécut, et aux prières de laquelle « dilecte Adelheidis comitisse, neptis Wernheri comitis, » le pape Calixtc II confirma, en 1 120, les biens et privilèges de l'abbaye de Honcourt, située en Alsace. Adélaïde était Aile de Folmar, comte d'Ortcmbcrg. el petite-fille du comte Wemher, qui avait fondé cette abbaye en l'an 1000, comme nous le verrons dans un des livres suivants de celte histoire. Le même Calixte II, ainsi que Innocent II. dans sa bulle de 1135. rappelle les donations faites à Honcoui t < a bone memorie Ludoldo comité, ejusque conjuge Adellieida eomilissa. <• Les moines Ortlieb et Berthold ne patient pas des enfants du comte Liutold; et il parait même , par leur recil, qu'il ne laissa point de posterilo mâle. Le nécrologc de
88 BISTOIKE DE l'ÉCLISE
furent constamment attachés au saint-Siége ' et à l obé dience du pape Grégoire VII , tandis que presque tous leurs autres frères suivirent, dans le schisme, le parti de Henr. I V. Dans ce nombre fut Egenon, troisième fils de Rodolphe, comte d Achalm, qui mourut avant ses aînés », et ou. fut enterré dans la cathédrale de Strasbourg, avec Rodolphe , son quatrième frère '. Ce dernier avait été tué fort jeune aux environs de cette ville». Egenon bâtit le château d (Jraçh , et fut , par Egenon II , son fils , auteur des comtes d Urach », d'où descendent ceux de Fribourg et de rùrstemberg'. Egenon I avait épousé Sophie , qui, après sa mort , se remaria à Conrad ou Cunon, comte de
r.tirc„r« i !'!•/"" °~ 'Mnti,,n- » » i- « « »
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ne uw, et il est quali é û Udulricut u
' Orlliebus, cap. 14, paff. 187
' s. ,etri u$que ,^
» «ib««, . dit Berthold, pag. 206. * 8U'8 ^ SathanM1 eU°-
•Ortliebw, pag. f78f et Bertholdu,. w. cl/.
' Bertholdus, jw^. ««08.
* Crusius, pag. 869,
* Schmidlin, m add„. „d HUtoHam
le prince-abbé de S. Bhise //, , < , W»rtembergm, pag. 113
P".o„s, mai, d%enon, 8on ^"tnous moine Ortlieb, paj, 169 , ' $ 06 der"'er, comme le fait entendre le
««. « g.ori* vituu, eùncboa, oZT16^' PUi8qU'U ^ R°d°",hC' 8°" , ,-,,oau °P«rw hteres est factus. .
flous ferons connaître ri ,n a
Paleron* de deux évéoues de Strt\ délai' "* €°n,,« d Ur"c"' '"s«uc ™us
que» de Strasbourg, Thibault et Gebehard.
Lentzbourg *. Hunfrid et Berenger, autres frères du même comte Egenon I , moururent dans leur enfance ; leurs corps furent aussi portés à l'abbaye de Zwifaltea a. Werinhaire, septième (ils de Rodolphe, comte d'Achalm, devint chanoine de Spire , et fut , comme nous l'avons déjà dit , élevé sur le siège de Strasbourg \ Les trois sœurs de Werinhaire, furent Willibirge, Mathilde et Béatrice. VVillibirge épousa Conrad , premier comte héréditaire de Wurtemberg4, dont elle eut, entr'autres enfants, Wernher, comte de Groningen 5. Mathilde , mariée à Cunon , comte de Lechsmund 6, fut mère de Burchard, évèque d'Utrecht et d'Otton , comte de Horbourg7, dont descendent les anciens seigneurs de ce nom, établis en Alsace8. Béatrice fut abbesse d'Eschau , dans la même province 9.
Les possessions de l'église de Strasbourg furent augmentées pendant les premières années de l'évêque Werin-
' Elle est nommée par Orllieb, cap. 5, pag. 175 : - Sophia conjux Curiradi de Habechisbure , quondam uxor Egionis fratris Liutoldi comitis. » Le nécrologe de Zwifallen place la mort de Sophie, pag. 237. au 19 février. Conrad, son second épou», esl nommé de Habsbourg, parce qu'il était (Ils d'Ulrich, comte de Lentzbourg et de Richenzc de Habsbourg, sœur de Wérirttiaire, premier comte de ce nom.
* Ortliebus, pay. 177, et Bertholdus, pag. 206.
' Ortliebus, pay. 169 et 172, et Bertholdus, pay. 205 et 208.
* Voyez Salller, Gttchichte des Henogthumt Wurtenberg, part. 5, pag. 626, et »eq.
' Ortliebus, cap. 5 et 7, pag. 175 et 177, et Necrologium Zwifaltense, pag. 238. •Crusius, pag. 269. Elle est nommée dans le nécrologe de Zwifallen, pag. 248, au J0 septembre.
' Ortliebus, pag. 178 et 179.
' De là . Cuno de Horburg , >, lils d'Othon, dont il est fait mention sous l'an M78, dans le fragment historique, apud Urstisium, pag. 85, est nommé par Sulger, pag. 146 . pronepos fundatorum nostrorum, » petit-neveu des fondateurs de Zwifalten.
* Sulger, pag. 11. Ortlieb en parlant , pag. 169 , de cette fille de Rodolphe , comte d'A< halm , l'appelle « Bealrix , qua? postea apud L'scuvane abbatiss<e nomine « prwfuil »
W HISTOIRE DE l'ÉGIISE
riZ d Z, ™™dérable. Un seigneur des plus
nches de I Ortenau , nomme Sigefroi , issu dune noble
léle de nT i ',ayi,nt POint d'Cnfi"US' — da * U m si, A° ? ' 101,8 'eS biens fl»'a Pos^dait à
bourg et avec tous ses serfs , dîmes , forêts et terres qui
o El-n^6"6 d°nati0n fut fai,e à °««"^ '« Lau e V ' e" PréSenCe de Luitfrid- ^ l'Or-
né Hen "e aUlreS jUg6S dU ' aSSemb,és * «*
e,,', ' T Prmci,,al de rég|i8e de Sta»bou« , la reçu au nom de févêque . qui est appelé dans fac e,
ZZ rnd> L'évéque de a»*»» po-o
en ore aujourd hm en toute souveraineté le village dl'lm Ïs L, " Ulmb°Urg- U hÛlk*° d'Oberkireh , dont bourL 1^ • l°TUlh aUtref°is 16 nom ^ celui d'Ulm- StTsLut "ri ,Ui-méme- r«"*° "«'vante, à
^?r2^::vtme dati du 3 avwi 1071 ' "
aviiPnt au . ,3,Se ^ue|q«es biens, qui lui
où il assi,,? ? ,,nnCe |,assa ensuile à Halberstadt *e fi C°nSéCrati0n d« cathédrale. Elle
de si n ££ :srr de vvrinhai,e de s,ri,sbourg-
de la cour >. Sote W n°mbre Seig"eUrS
même temus IV ? ^nnha,re dédia lui-même, vers le temps, legl,se abbatia|e
' ■ Vir m.lilari, SiflTidu. main, f„„„
■»«-.»-**• ,,,,,,,, "' ex pro«e""u'- ■
" O di ,t '""*• "• "'• • m- exxv,,.
• Annal,,,. Sasu, „pu(, £
• «"lurt <! Al,«c. ,„,„. „, ,„ ^ cxiy
de Saint-Nicolas d'Altcnbourg , près du château d'Achalm '.
Le cardinal Baronius* écrit que l'évéque Werinhaire fut privé de son évéché en 1069 par le pape Alexandre II pour crime de simonie , et qu'il fut rétabli sur son siège, en plein concile , par Grégoire Vil , son successeur. Mais les historiens et les actes du temps ne font aucune mention de ces circonstances ; nous trouvons au contraire , qu'il fut , dans les commencements de son épiscopat, un des évôques qui s'employèrent le plus à arrêter le cours de la simonie. Car Rumold , évéque de Constance , étant mort vers la fin de l'année 1069 , l'empereur Henri 5 lui donna pour successeur, Charles, chanoine de Magdebourg. Le clergé de Constance, mécontent de son gouvernement, l'accusa, deux ans après, d'avoir obtenu l'évèché par simonie , et d'avoir détourné la plus grande partie des biens de l'église pour se dédommager de ce qu'il avait dépensé. L'aflaire fut portée au pape Alexandre 11 , qui la renvoya à Sigefroi , archevêque de Mayence. Celui-ci assembla aussitôt, dans sa ville archiépiscopale, un concile qui se tint le 15 d'août 1071. Douze autres évêques se rendirent au concile , et Werinhaire de Strasbourg y assista en personne *. Ils commencèrent par condamner la simonie. La cause de l'évéque de Constance fut examinée
' Crusius, Annal, suevic, tom. 1, pag. i70.
' Annalium ccclesiasticorum, tom. xi, ad annum 1069, num. 8, pag. 40&, edit. Coloniens. an. 1624. et pag. 506. edit. Mogunt., anni 1606.
* Nous donnons indifféremment à Henri la qualité de roi de Germanie, ou celle d'empereur, parce que, quoiqu'il n'eût pas encore reçu à Rome la couronne impériale, il était cependant désigné empereur. Il est donc bon d'avertir que les chartes du temps et les auteurs contemporains ne lui donnent communément que le titre de roi de Germanie.
1 Pièces justificative*, llut. d'AU. tom. u, tit. 473, pag. cxxix.
"2 HISTOII1F. DE l.'Êr.l.lSE
dans les deux séances suivantes '. Mais lorsque après bien des contestations, elle allait être jugée, Charles, |,lussage que ses accusateurs , remit l'anneau et le bâton pastoral entre les mains du roi , en disant qu'il ne voulait point être évêque de ceux auxquels il n'était pas agréable. Werinhaire soutint, dans ce concile, la discipline de l'Eglise avec beaucoup de zèle. Itien loin d'autoriser, par ses basses flatteries, les injustices de Henri IV , comme l'ont prétendu les écrivains partiaux qui ont écrit l'histoire de ce s.ècle , Werinhaire s'opposa hardiment au prince , qui employait les menaces cl les prières pour faire décider I affaire en laveur de l'évêque de Constance. Il v avait eu des lors des diflicultés entre Henri IV et le duc Rodolphe, son beau-frere, qui engagèrent même l'impératrice Agnès a quitter Rome, où elle s'était retirée pour rétablir la concorde entre son fils et ce seigneur. L'entrevue du Hl» et de a mère i se fit à Worms , le 25 juillet 1072 , et elle y eut le bonheur de réussir La reconciliation parut même smeere puisque Werner , évêque de Strasbourg , et Rodolphe , duc de Souabe , sont nommés avec plusieurs autres seigneurs, dans le nombre des vassaux fidèles, qui sollicitèrent une donation que Henri IV fit, quelque temps après, au monastère de Kayserswerdt. Le diplôme est daté
Ss lT ,Werinhaire ' m^ré son 0PP°siti°n ™
loué J \7r m "'' reSta P"8"^'^ attaché, car ce prince loue sa fidcIlté (lans ce méme s ( , . ^
Strasbourg montra encore, dans une autre occasionna fermete avec laquelle il s'intéressait aux peines d'un peuple
^llTcT, t^;;i:;::;:rc;;;:;;' •»• ™ «>■
affligé. Henri opprimait les Saxons , qui , jaloux de leur liberté, méconnurent son autorité , et prirent enfin les armes contre lui Le roi assembla à Worms , en 1074 , les princes de l'empire pour leur demander des secours contre ces peuples révoltés 8. Werinhaire fut du nombre de ceux qui s'y trouvèrent. Il refusa , ainsi que la plupart des autres prélats , de contribuer aux frais d'une guerre injuste , que le roi pouvait éviter en procurant la paix à l'empire \
Dans le temps que Werinhaire soutenait ainsi les droits de l'église et ceux d'un peuple opprimé, il se laissa séduire par l'exemple de la plupart des évéques , ses contemporains , qui regardaient la continence comme un joug pénible et impossible à porter. L ue malheureuse passion s'empara de son eu'iir : elle l'entraîna, peu après, dans le schisme, et elle fut la cause de tous les malheurs qui l'accablèrent jusqu'à sa mort. Le scandale de sa vie déréglée devint public , parce qu'on ignorait alors l'art facile d'être vicieux avec décence , et parce qu'on connaissait à peine cette délicatesse , qui garantissait les mœurs du libertinage grossier. Les désordres de l'évêque Werinhaire parvinrent jusqu'aux oreilles du pape Alexandre. Le souverain pontife lui fit faire de grands reproches, et lui ordonna d'en faire une réparation publique. Werinhaire se soumit aux ordres du pape , et il fut le seul qui obéit entre tous les évéques d'Allemagne 4, dont un grand
' Voyei le P. Barre, Histoire générale d'Allemagne, tom. k, pag. 156 ei suiv. ' Schaten, Annal. Paderborn, part. i. lib. 6, pag. 588.
* Monachu» HersfeMensis , pag. 757: . Se<l archicpUcopus Mogunlinus.... epis- • ropus Argcntorati... «onslanUi ci «roiitra.lixminl, nolle s.; ad oppiessioncm inno- » centum arma ferre. .
' Dupin, bibliothèque de» auteurs enletiastigues, tom. 8, onzième tiède, chap. 5, page 34.
94 HISTOIRE DE LÉGLISE
nombre avaient non-seulement obtenu leurs évêchés par simonie, mais menaient la vie la plus scandaleuse, en entretenant sans honte des maîtresses et des courtisanes. C'est le témoignage que le pape Grégoire VII rend à la soumission de Werinhaire. Il partit pour Rome y demander humblement au saint-père l'absolution de son péché : il fit presque tout le voyage à pied , ne vivant la plupart du temps que de pain et d eau. Ceci arriva au commencement de 1073. Mais 1 evéque de Strasbourg, venu à Rome, n'y trouva plus en vie Alexandre II, mort le 21 d'avril de la même année. Hildebrand, son archidiacre, qui, depuis plusieurs années, avait la principale autorité dans l'église romaine , lui succéda le lendemain sous le nom de Grégoire VII t. Le nouveau pape , suivant les traces de son prédécesseur , et marchant à grands pas dans la carrière qu'il venait de lui ouvrir , porta l'autorité pontificale bien plus loin que lui. Homme de basse naissance *, il s'éleva de l'obscurité d'un cloître au comble des honneurs. « Ce
< fut , dit un célèbre orateur de notre siècle \ un pontife « aussi connu par l'éclat de son zèle , que par l'intégrité
< de ses mœurs. Génie vaste , mais trop hardi ; ferme , « mais trop entreprenant ; actif, mais incapable de modé- « ration ; esprit orné, âme grande, caractère ardent, tou-
| Ubbea., Conri,.. tom. 10, col. 6, et Harduinus , ton,, y, par,. col 1196. Hildebrand naquit à Rome de part.nl8 l08Cans . KalHSCSlin url(C Romaf parenlibus - embus romand . dit Hugues de Flavigny, apud Janningnm in Acth SS. tom. « «.junnu, pag. 168. Pau! de Bernriod l appollc « nation* Uisoum. . Selon Baro- T' ? H>ltt 0,8 ,r"" charf*«lier nommé Bormon. D'autres .lisent qu'il était m» •I «ne fam.lle noble. On lit à son sujet ce passage singulier dans un, ancienne rhro- -qne manuscrite de la bibliothèque de Neustad, , citée par le P. Hansi* , Gern, ! Ri!; m',' PaU' : HiWebrandu» * Carinthie, cornes a.satùe de
prouve ri" TT*' ^ * W -dinntnr. . Mais ce ^ ne
< M 7ZT f0Hle *W aUtreS hiSt°rie"8 -^Porain,
" de 13 Tou^'"-Pin. Panégyrique de saint flrunon, ton, 4 . pag *7.
jours vigoureux , quelquefois violent dans ses résolu-
* lions ; trop dégradé par la calomnie, parce que la haine ■> charge toujours les tableaux ; justement attaqué par la < prudence, parce qu'il ne sut pas se fixer dans les bornes ' d'une autorité légitime. 11 aurait réuni tous les suffrages, « s'il n'avait pas tenté de rendre les couronnes tributaires ■ d une puissance qui ne doit en avoir que sur les âmes. » N'étant que cardinal , Grégoire VII , que M. de Voltaire nomme 1 le plus fier des hommes, le plus zélé des prêtres, gouverna l'Eglise et subjugua les papes. Placé sur le trône pontifical, il forma les projets les plus extraordinaires , et les soutint avec la plus grande fermeté. Peu content d'être le chef spirituel de la chrétienneté , il s'arrogea l'autorité temporelle , priva les princes et les seigneurs de leurs Etats , et dispensa les couronnes. Supérieur à la plupart de ses contemporains par l'étendue de son génie , il prenait, comme le remarque l'abbé Fleuri 8 , de fausses lueurs pour des vérités solides , et en tirait sans hésiter les plus dangereuses conséquences. « Sitôt qu'un évêque , ajoute- " t-il, lui était déféré comme coupable de simonie, ou de
quelque autre crime , il le citait à Rome ; s'il man- " quait d'y comparaître , pour la première fois , il le " suspendait de ses fonctions, pour la seconde, il l'excom-
• muniait ; si l'évêque persistait dans sa contumace , le « pape le déposait. »
Ce fut à peu-près la conduite que Grégoire tint avec I evêque de Strasbourg. Content de sa pénitence , il reçut Werinhaire avec bonté. Il ne lui rendit pas , à la vérité , l'exercice des fonctions épiscopales , comme ce prélat le
' Annales de l'empire, loin. I, sniix l uit li>7i. pu.j. 16'».
' Troisième discours sur l'Histoire ecclésiastique, num. 17 ri lum. / î . paij. il, édit. in-i* dt 1707,
désirait ; mais de l'avis de son conseil , il lui laissa son évêché , et le renvoya dans son diocèse. Werinhaire resta encore quelque temps à Rome, pour y voir l'issue du concile , que le pape indiqua pour l'année suivante. Il se tint le 9 du mois de mars 1074. Un grand nombre d'évêques et d'abbés y assistèrent. Grégoire y publia, contre la simonie et l'incontinence «les clercs , plusieurs décrets , qui trouvèrent bien de la contradiction. Il déclara, que quiconque aurait acheté quelque ordre, ou quelque dignité ecclésiastique , ne pourrait plus faire aucune fonction ; que ceux qui avaient obtenu, par argent, quelque église ou quelque bénélice , devaient en être dépouillés ; que les prêtres mariés ou concubinaires, ne pourraient plus dire la messe, ni même servir à l'autel dans les ordres inférieurs. Enfin, il défendit aux laïcs d'assister à leur messe et à leur office1. Dès que le concile de Rome fut terminé , Werinhaire partit pour retourner chez lui. Grégoire lui donna des lettres de recommandation pour la duchesse Béatrice et la comtesse Mathilde , sa fille. L'une et l'autre s'étaient mises sous la direction de ce pape, et ses ennemis l'accusaient même d'être l'amant de Mathilde. Elle était jeune et belle. Grégoire , en lui écrivant comme à sa pénitente, lui parlait le langage le plus affectueux de la dévotion. C'en était assez pour exciter la malignité ; mais Grégoire menait une vie si pure et si exemplaire , qu'il aurait dû être à l'abri de si indignes soupçons *. Ces deux dames faisaient profession d'une piété peu éclairée. Elle leur avait inspiré une horreur charitable pour toutes les personnes qui ne leur ressemblaient pas. Instruites de la vie scanda-
' Labbeus, torn. 10, pag. 313, Hanluinus, tnm. 6, part. X.pag. 1521 , el Mansi. lom. 10, pag. 401-i36.
* Monachus Herafcldeiuis, pag. 809.
leuse , qui avait déshonoré Werinhaire dans son diocèse , Béatrice et Mathilde l'arrêtèrent en son chemin , lorsqu'il traversait la Toscane pour repasser en Allemagne. Il leur fit part des lettres apostoliques dont il était muni ; elles n'y eurent cependant aucun égard , et elles le firent resserrer dans une étroite prison , où il fut détenu pendant près d'un mois. Werinhaire trouva le moyen d'en faire ses plaintes au pape. Grégoire désapprouva cette conduite, et écrivit, le 15 avril 1074, à ses deux amies pour leur en faire des reproches1. Il leur ordonna de traiter avec les plus grands égards l'évêque , leur prisonnier, de le relâcher, et de le faire conduire en sûreté jusqu'à Milan auprès d'un noble, nommé Erlembald. J'aime mieux, leur marque-t-il, laisser sur le siège de Strasbourg, Werinhaire concubinaire , mais pénitent , que d'y voir placer un autre , qui l'acquerrait à prix d'argent. Béatrice et Mathilde reçurent la lettre de Grégoire avec le plus grand respect8; elles rendirent la libertéà l'évêque de Strasbourg , qui s'en retourna dans son diocèse , bien résolu de ne plus revoir un pays où il avait tant souffert. Grégoire VII chargea, peu après, l'évêque Werinhaire d'une commission importante. C'était au sujet d'un différend qu'avaient entr'eux les deux comtes Gérard 11 et Hugues V, qui, depuis près de dix ans, se disputaient l'un et l'autre l'advocatie du monastère de Woflenheim ou de Ste-Croix, fondé en 1006 , par Hugues IV , comte d'Egisheim et du
• Pièces justificatives, ibidem, tom. 11, lit. 476, PW-
1 Baronius, Annal, ecclesiasl., tom. xi , ad annum 1074, num. 74 pag. 603. edit. Mogunt. et pag. 485, edit. Colon, rapporte celle lettre du pape Grégoire et ajoute : . Sic monitœ Beatrix atque Matbildis res gestas ab ipso Oregorio, ut ab - bomine divinitus inspirato, omni sunt reverenlia et offlcio promeut* , et sedulo studio promovere curarunl. *
98 HISTOIRE DE l.'ÊGMSE
Nordgau '. Le pape, S. Léon IX, son fils, lavait donné en 1049 , à Henri , son neveu , mort en 1063 ou 1064. Ces deux seigneurs avaient pris les armes pour maintenir chacun leur droit. Gérard II , qui était petit-fils du comte Hugues IV , prétendait avoir cette advocatie , comme le plus ancien possesseur du château d'Egisheim , et le plus proche descendant du fondateur. Hugues V , qui n'était que arnère-petit-fils , croyait cependant avoir droit à l'advocatie de Woffenheim , parce qu'il avait pour père , le comte Henri, qui l'avait laissée vacante. Grégoire écrivit à ce sujet à Werinhaire ou Guarnier de Strasbourg et à Burchard de Basle, en leur recommandant de faire cesser ces troubles et de mettre la paix entre les deux comtes. >a lettre du pape est datée de Rome, 29 octobre 1074». ;es deux éyêques, conformément à cette lettre, jugèrent affaire en faveur de Gérard, dont le droit était fondé sur la propre bulle de Léon IX, de l'année 1049 » Cependant le pape faisait publier et exécuter dans
' tlT^ ,'68 d" COncile de R°me ™«* I.
sZT h 'rC°ntinence : « joignit aux évêques de séparer absolument toutes les femmes de la compagnie
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Si r Ce'Ui qUÎ 168 8Vail Portés- ««l'accusèrent
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' v«)ez ci-de»8us, pag. 44.
W Porto : Po,,M„am vero Heinricu W CXXX"-
« Qui major «1 natu, inler *™n Hauamt cxlr*mum, ip.i,
d«be.tur. , ,hUtm% tQm , "9 <£n "^oesheim. ,| i plur^t extiterint, advt,
pag. cclii.
leurs femmes , et qu'alors il verrait où il pourrait trouver des anges pour gouverner les églises , à la place des hommes qu'il dédaignait*. Mais le pape ne se relâchait point. Il ne cessait d'accuser les évêques de faiblesse et de négligence ; il les menaçait môme de censure , s'ils n'exécutaient promptement ses ordres. Sigefroi, archevêque de Mayence, qui sentait combien il était difficile de déraciner un abus aussi invétéré et aussi général que celui-là , crut devoir user de ménagement , conjointement avec les évéques , ses suffragants. Il donna six mois aux prêtres réfractaires , avaht que de procéder contre eux. Grégoire, informé de cette condescendance , en fit des reproches à l'archevêque de Mayence dans une lettre qu'il lui écrivit pour l'inviter de se trouver à un nouveau concile qu'il devait tenir à Rome. « Nous avons appris , lui dit-il , que « vous n'avez pas rempli nos espérances, et nous croirions
* manquer à l'amitié que nous vous portons , si nous
* négligions de vous en avertir. C'est pourquoi nous vous « mandons de venir au concile, que nous comptons célé- « brer dans la première semaine du carême prochain. « Vous aurez soin d'y amener vos suffragants , Otton de
* Constance , Werinhaire de Strasbourg , Henri de Spire, « Herman de Bamberg, Imbric d'Augsbourg et Adalberon « de Wurtzbourg. Si vos infirmités vous empêchent de « vous trouver au concile, vous nous enverrez des députés, « sur le témoignage et la sagesse desquels nous pourrons « compter. Vous vous informerez très-exactement de la t conduite des six évêques que nous venons de vous « nommer , comment ils se sont comportés dans l'épis- « copat, et par quelles voies ils y sont entrés. Vous aurez « soin de nous en instruire par vos envoyés. Nous vous
• Urabertu., m Chronico, pay. Ht et Moiuchui HerrfeM. pay. 768.
« exhortons de ne pas vous laisser se'duire par les prières, « ou la faveur, qui pourraient vous empêcher de dire la * vérité. Au reste , ne soyez'pas surpris que nous invi- « tions pour le concile un plus grand nombre de votre t province que des autres ; elle est plus considérable , et « il y a quelques évêques , dont la réputation n'est rien « moins que louable. » Cette lettre est datée du 4 décembre 1074 «. Grégoire écrivit, le 7 du môme mois, au roi Henri, pour l'avertir qu'il avait cité, au concile de Rome, les évéques de Bamberg, de Strasbourg et de Spire, pour y rendre compte de leur promotion à 1 episcopat et de leur conduite. Il exhorte le prince à contraindre ces prélats de venir à Rome, s'ils refusaient d'obéir aux ordres du saintsiége s. Le pape manda aussi , à tous les clercs et à tous les laïcs d'Allemagne, de ne plus rendre aucune obéissance aux évêques qui permettaient à leur clergé de prendre, ou de garder des concubines.
Les ordres de Grégoire, contre le concubinage des clercs, étaient fondés sur la justice : mais la hauteur avec laquelle il en pressait l'exécution, le despotisme qu'il affectait, et la sommation qu'il avait faite aux évêques de se transporter à Rome, choquèrent également les innocents et les coupables. Les mieux intentionnés pensaient que Grégoire n'agissait pas avec assez de prudence, et que les maux, qu'il voulait détruire, demandaient des remèdes plus doux et plus modérés ; que l'excès de rigueur pouvait «•auser des désordres plus grands encore que ceux qu'il voulait proscrire ; qu'en défendant d'entendre la messe et de recevoir les sacrements des mauvais ministres, le pape sembla* donner atteinte à la doctrine des pères, qui ont
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enseigné que les sacrements tirent leur vertu de Jésus- Christ» etnondeceuxquilesadministrent; que la continence était un don de Dieu , accordé à peu de personnes ; que les laïcs ne manqueraient pas de s'élever contre leurs pasteurs, sous prétexte de leur mauvaise vie; qu'enfin, on verrait dans l'Eglise un grand nombre de profanations et de dérèglements, si l'on insistait sur l'observation rigoureuse des canons, publiés par Grégoire VII !. Sigefroi de | Mayence était dans ces sentiments : il écrivit au pape pour le prier de l'excuser de ce qu'il ne pouvait se trouver en personne au concile de Rome, parce qu'une paralysie l'empêchait d'entreprendre un si long voyage. Il lui rend compte , dans sa lettre , des mesures qu'il avait prises pour (aire exécuter ses décrets , mais il lui remontre trèshumblement combien l'indulgence était nécessaire , pour ramener les coupables à la vertu ; qu'il fallait avoir égard à leurs besoins ; que les circonstances ne permettaient pas de sévir contre eux. Il implore, en leur faveur, la miséricorde paternelle du premier pasteur de l'univers chrétien. Comme Grégoire avait ordonné à Sigefroi de s'informer si levêque de Strasbourg était resté fidèle à ses engagements et à la pénitence qu'on lui avait imposée , de ne faire aucunes fonctions épiscopales , Sigefroi lui répond qu'il avait ignoré jusqu'alors la rigueur qu'on avait exercée sur son suffragant, et que le temps ne lui avait pas permis de faire sur cet objet des recherches particulières *. Werinhaire fut sommé , dans le même temps, de comparaître au concile de Rome. Mais ce prélat, qui avait déjà fait
' Les laïcs qui ne savaient pas mettre de différence entre les sacn-mcnts invalide* et ceux qui ne sont que illicites, se portèrent alors à un tel excès , suivant Sigebeil de Cemblours , qu'ils foulaient aux pieds l'eucharistie consacrée par les prêtres incontinents ou simoniaques.
* Pièces justificatives, Hist. d'AU. tom. n, Ut. 4M. pag. cmti.
l'expérience du caractère des Italiens , ne voulut pas risquer un second voyage. Grégoire , qui n'était pas homme à reculer, surtout dans les affaires où il croyait l'honneur de l'Eglise intéressé, s'irrita de la désobéissance de Werinhaire. 11 le dénonça au concile de Rome, où il le suspendit, en le privant, ainsi que Henri, évêque de Spire, de toutes leurs fonctions épiscopales et sacerdotales. Ce concile se tint, depuis le 24 février 1075 , jusqu'au 28 du môme mois '. Un grand nombre d'archevêques , d'évéques et d'abbés y assistèrent. Cette nouvelle punition ne fit qu'aigrir davantage l'esprit de Werinhaire , qui , lassé de la sévérité de Grégoire , ne fit que mépriser ses décrets et ses ordonnances. Il ne cacha plus ses dérèglements, et il afficha ouvertement le concubinage. Ces désordres publics parvinrent à la connaissance du pape , qui en fit de très-vifs reproches à Sigefroi de Mayence, son métropolitain, c Mon « cœur est navré de douleur, en voyant votre silence et «votre lâche condescendance. » C'est ainsi que s'explique Grégoire VII dans sa lettre écrite à cet archevêque, le 3 septembre 1075 «. « Et comment pourrions-nous souffrir « avec patience ce qu'on nous a rapporté de la vie scan- « daleuse et des mœurs déréglées de notre frère l'évéque < de Strasbourg. Nous avons reconnu la vérité des avis « quon nous a donnés, et le récit qu'on nous en a fait ne « nous laisse aucun doute. II ne nous reste plus qu'à 1 Sa7r 8,1 est aussi ^upable du crime de simonie. Nous ] ï? * n°US V0US ordonnons que vous preniez sur cet objet les instructions les plus exactes, afin que nous puissions purger de ce membre infect l'Eglise qu'il avilit et qu il deshonore. Nous voulons aussi que vous punis-
' Pièce» justificatives, Hitt d' Al, ,
• Hé- jusUflcaUm -//'•'»<• *«. cxxxvn.
. wwem, tom. i,, 485> pag cxxm
« siez avec la plus grande sévérité les clercs simoniaques « et concubinaires. »
Ces rigueurs déplacées soulevèrent des évêques d'Allemagne contre le pape. Werinhaire , loin de fléchir, ne devint que plus inébranlable et plus constant dans son attachement pour l'empereur. Ce prince se rendit , sur la fin de l'année 1075, à Strasbourg, où il célébra les fêtes de Noël avec un grand nombre de princes qu'il y avait appelés !. On vit alors l'autorité pontificale prendre un essor rapide et menacer ouvertement les têtes couronnées. Les temps étaient venus , où devaient paraître ces démêlés trop célèbres, qui portèrent le ravage et la désolation dans les plus belles provinces de l'Europe , qui séduisirent les personnes les plus respectables par leur génie et par leurs vertus, qui déchirèrent l'Eglise par tant de schismes, et qui coûtèrent tant de sang à l'Allemagne et à l'Italie. Nous n'entreprendrons pas ici de justifier Grégoire VII ou Henri IV. L'un et l'autre ont eu des torts, que les circonstances peuvent à peine excuser; que le temps devrait avoir effacés aujourd'hui ; mais toujours exagérés par l'hérésie et l'irréligion , reprochés même jusqu'à la satiété par le vulgaire de nos prétendus philosophes. Le devoir de l'historien est de tâcher, dans l'examen des faits , de saisir le juste milieu entre deux excès opposés : l'un est cette religieuse pusillanimité, qui n'ose blâmer aucun des moyens que la cour de Rome a employés pour accréditer ce système insensé , qui tendait à asservir les rois euxmêmes , et à rendre illusoire le titre sacré par lequel ils
• Monachu» Hersfeldensis, pag. 769 : Anno 1075 Rcx Natalcm Dumnii Argentorat.
• cdebravit. Cumque adcssent quam plurimi ex principibus, quos i»le dedita opéra « de tolo rogna ad diem festura evocaverat, habuit cum cis mysteriutn consilu sui. . AnnaliMta saxo, apud Eccardum , in corp. hist. medii œri tom. 1 , r'»5 :
• Au. dom. Incarn. 1075, Heinricus Rex natalem domini Argentorati célébrant. •
HISTOIRE DE l'éGLISI
s'assuraient de la fidélité de leurs peuples. L'autre excès est cette impiété audacieuse , qui croit flétrir le christianisme et les chefs que Dieu a donnés à l'Eglise, en attribuant à leurs principes et ces moyens cruels que réprouve la religion de Jésus-Christ, et les maux qui en ont été la suite, dont cependant cette religion seule indique le remède.
Grégoire, dans son dernier concile de Rome, avait défendu, sous peine d'excommunication, de recevoir, des princes séculiers , les investitures des dignités ecclésiastiques. C'était, dans son origine, une cérémonie purement civile, qui consistait, de la part du souverain, à présenter aux évêques et aux abbés l'anneau et la crosse, pour les mettre en possession des terres qui avaient été données à leurs églises à titre de fief, avec les honneurs et les droits régaliens qui s'y trouvaient attachés. Ce acte ne donnait pas le caractère épiscopal : mais il était devenu si essentiel, qu'on regardait comme intrus un prélat qui n'aurait pas reçu l'investiture. Grégoire, en l'abolissant, trouvait- il mauvais que les évéques donnassent à leur souverain cette marque de soumission et de déférence? croyait-il quils se dégradassent en s'avouant sujets du prince? «on. Un connaît , comme le remarque judicieusement M. Moreau «, les prétentions ambitieuses de ce pontife; niais on connaît aussi sa piété et sa droiture. Le prewn, au- h autre part», fut celui des princes : .1 fut surtout, ajoute-t-il, celui de Henri IV. C'est donc dans I abus même de ce droit, qu'il faut chercher l'origine f 6 PaP Ce Les domain<* ecclésiu-
olus i/r"??1 l0rS' dans ''emPire germanique, les Plus nches et les plus vastes propriétés. Plusieurs empe-
reurs, et surtout celui dont nous parlons , avaient abusé du privilège, que leur donnaient les investitures, pour faire conférer ces prélatures à des sujets indignes , et très-souvent pour les vendre. Les revenus des évêchés et des abbayes n'étaient presque plus que la récompense des courtisans : leur vente faisait même la ressource du souverain appauvri par la guerre Ce fut donc, pour ôter ce scandale, de la simonie, et maintenir la liberté des élections, que Grégoire VII crut devoir abolir les investitures. Grégoire avait raison: mais il ne devait pas s'en servir de prétexte pour attaquer les droits évidents dont les princes avaient abusé, jusqu'à lancer des foudres et des anathèmes contre ceux qui osaient les soutenir. Au lieu de se borner à la réforme, il donna lui-même dans des erreurs intolérables ; et, celles-ci ne le furent, que parce qu'il crut par là réprimer des abus qui ne l'étaient pas moins. Les légats de ce pape vinrent, en 1076, à Goslar pour signifier à l'empereur de se trouver au concile , qui devait se tenir à Rome le 22 février, afin de répondre aux accusations formées contre lui. Ils lui déclarèrent, en même temps, que s'il ne comparaissait pas ce jour là, il serait excommunié par le pape et retranché du corps de l'Eglise. Henri, justement oflensé de cette dénonciation , chassa les légats de sa présence, et lit ordonner aussitôt à tous les évêques et les abbés de l'empire de se rendre à Worms *.
L'assemblée de Worms se tint le 23 de janvier 1076. L'empereur s'y trouva avec les seigneurs et la plupart des prélats de la Germanie. Le cardinal Hugues-le-Blanc, que
* « L'autorité royale, dit M. Je Voltaire lui-même , Annales de l'empire, sous
• l'an 1076, pag. 169, avait tout envahi. Les empereurs nommaient aux évêchés, -et Henri IV les vendait Grégoire , en supposant à l'abus , soutenait la liberté
• naturelle des hommes. •
* Nonachus Hersfeldensis, pag. 793. liist. a" AU. tom. a, Ht. 468, pag. eu.
le pape avait déposé pour ses mœurs déréglées, et comme fauteur des simoniaques , présenta à l'assemblée un long mémoire, où, faisant le détail de la vie de Grégoire VII depuis sa naissance jusqu'à son pontificat, il l'accusait de simonie, de meurtre, d'impudicité, de trahison, d'athéisme, de sacrilège, de magie, et d'autres crimes semblables. Hugues apporta aussi des lettres qu'on supposait écrites au nom des cardinaux, du sénat et du peuple de Rome, portant des plaintes à Henri contre le pape, dont ils demandaient la déposition. Le plus grand nombre des évéques de rassemblée de Worms reçurent ce cardinal comme un ange envoyé du ciel. Mécontents du pape, ils saisirent cette occasion favorable pour se venger de Grégoire VII, et, sans examiner si les accusations étaient fondées sur des motifs légitimes, ils déclarèrent que Hildebrand ne pouvait plus être pape, et le déposèrent aussitôt comme étant indigne du pontificat ». Werinhaire, évêque de Strasbourg, qui assista a cette assemblée, et qui y tint la dixième place % fut un de ceux qui se déclarèrent le plus vivement contre Grégoire, et qui y montrèrent beaucoup de chaleur en faveur de 1 empereur. Il resta avec lui, à Worms, pendant plu- '■eurs mois* Ce à ses sollicitations , et de plusieurs autres evéques et seigneurs de l'empire, que ce prince y confirma, le 27 mars 1076, la donation de I église de Kuggisberg en Suisse, que Lutold ou Rumlingen avait accordée a 1 abbaye de Cluni \ Les historiens, attachés aux uiwrets du pape, assurent que l'évéque Werinhaire fut un
VovlTuLi'r^r dC Schaffnab-^ . P»9. *00 , et lAnna.i.te saxon , pag. 526. m r... Z9 Z "m G™' l0m' 3' « 178 * »™i C™''
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Ibidezn, lit. 487, pag. c^.
de ces infâmes flatteurs du roi Henri , qui lui firent commettre tant de crimes, et qui le servirent dans ses dérèglements. Cette imputation nous paraît dictée par l'esprit de parti. Werinhaire était déjà assez criminel sans vouloir encore augmenter ses fautes par des faussetés. Les partisans de Grégoire se croyaient alors en droit de débiter toutes sortes de calomnies contre les prélats, qui restaient attachés à l'empereur.
Au reste quelque irrégulière que fut la déposition du pape, elle trouva, en Alsace, un grand nombre d'approbateurs, surtout parmi les abbés simoniaques, les prêtres incontinents et les seigneurs usurpateurs des biens ecclésiastiques. Ainsi la plus grande partie du diocèse de Strasbourg suivit l'exemple de l'évêque, et tomba, avec lui, dans le schisme. Henri IV envoya signifier au pape luimême son décret de déposition. Un clerc de l'église de Parme, nommé Roland , chargé de la commission , prit si bien ses mesures, qu'il arriva à Rome la veille de l'ouverture du concile , que Grégoire avait indiqué pour la première semaine du carême. Roland y étant entré, lui présenta les lettres du roi et du conciliabule de Worms , et lui déclara qu'il eût à quitter le saint-siége qu'il avait usurpé. On fut également surpris et indigné de l'insolence du clerc , et on l'eut mis en pièces , si le pape ne l'avait empêché. Grégoire remit au lendemain le procès de l'empereur, qui fut instruit et terminé dans la même séance. Grégoire y lança au nom de saint Pierre , l'excommunication contre ce prince, le priva de ses royaumes de Germanie et d'Italie, et déclara tous ses sujets absous du serment de fidélité qu'ils lui avaient fait1. Cette chimérique
' Ubbcus, tom. lu, pag. 355. Harduinus, tom. 6, part. l,pag- 1565, et Mansi, tom. ÎO, pag. 467,
déposition de l'empereur et l'anathème fulminé contre lui, furent reçus dans le concile aux acclamations de tous les assistants, et suivis de plusieurs imprécations contre sa personne sacrée. C est la première fois qu'une sentence si
contre un souverain. L'empire, dit Othon de Frisingue ', fut d'autant plus indigné de cette nouveauté, que jamais auparavant il n'avait vu de pareille déposition , publiée contre un empereur. Après un commencement si hardi, Grégoire craignit encore moins de de procéder avec rigueur contre les évéques de Germanie. Mgefroi de Mayence, Werinhaire de Strasbourg, et ceux qui avaient le plus contribué à la résolution de l'assemblée de Worms, furent excommuniés et déposés.
L'excommunication de Henri IV jeta le trouble dans tout tmpire. Le pape écrivit plusieurs lettres aux évéques et aux prmees d'Allemagne pour les informer de sa sentence, et pour justifier à leurs yeux une entreprise si opposée à esprit de l'Eglise. Il |es exhorta à rester attachés au samt-s.ege, et leur conseilla d'élire un autre roi, si Henri ne changeait de conduite». Knlin, il n'épargna rien pour engager les puissances à se liguer contre l'empereur. Il excita les moines de son parti pour soulever le peuple.
„ U.M' "C nt que tro») f,dèles a»s ordres de Grégoire, «s décrièrent Henri dans leurs écrits et dans leurs sermons et, abusant de cette maxime qu'il faut obéir à Dieu P uUU quaux hommes, ils parvinrent à rendre ce prince «dieux a ses sujets et aux étrangers. Le respect qu'on
1 I>e gestis Friderici imneralnri. nu » » « »uj« N,*, MnM^ ">; ■«*■ '■ <V'«< I'",»™,». pag. 4.7. Vov«
«.Xi.' 'a'Mi"*"C- "'°« m. ««I-
portait au chef de l'Eglise , procura beaucoup de partisans au pape : son injuste sentence eut un progrès si rapide , que le plus grand nombre regarda l'empereur comme véritablement excommunié. La plupart des seigneurs de l'empire, mécontents de son gouvernement, et qui avaient différents intérêts personnels de le priver de sa couronne, se réunirent pour appuyer ceux de Grégoire , et sacrifièrent ainsi la dignité impériale aux prétentions du pontife. Rodolphe , duc de Souabe et d'Alsace , qui avait été le jouet des perfides desseins de l'empereur, Guelphe, duc de Bavière, Berthold de Zehringen, auquel Henri avait ôté, en 1073, le duché de Carinthie 1 , et qui en conserva cependant le titre ; plusieurs autres seigneurs et prélats se rendirent à Tribur, entre Worms et Mayence , et y indiquèrent une diète générale pour le 16 octobre 1076*. L'assemblée fut très-nombreuse, et augmentée par la présence de ceux qui quittèrent le parti du roi, pour se joindre aux dissidents. Sigefroi de Mayence fut de ce nombre. Werinhaire, de Strasbourg, et les deux évêques de Basle et de Spire, qui demeurèrent fidèles à l'empereur, refusèrent d'abord de venir à cette assemblée , parce qu'ils savaient que tout s'y passerait au gré du pape 5. Mais, étonnés bientôt d'une conspiration si forte et si puissante, ces trois prélats crurent devoir, par politique , se prêter aux circonstances. Ils se rendirent à Tribur, où Altman , évéque de Passau , légat de Grégoire , les releva de leur excommunication et les réconcilia avec le saint-siége 4. Le
1 Umberlu» Schafnabtirgcnsis, pag. 352.
1 Lambertus Schafnaburgensis , pag. 2*2, et Monachus Her»feldensis , pag. 803.
'• Laguille, Histoire d'Alsace, tom. 2, liv. 15, pag. 359, et le P. Barre, Histoire d'Allemagne, tom. iv, pag. 235.
'Bertholdus Constantiensis , ex mss. locupleliori exemplaribus vulgatis, quod «Utoal Hantuius Germaniœ sacrœ , tom. 1 , pag. 26* : . Mue (Triburiam) «dit
roi Henri lui-même, qui craignait sa déposition, et voulait l'éviter, s'avança jusqu'à Oppenheim, vis-à-vis Tribur, où il n'était séparé des princes assemblés que par le Rhin. La diète de Tribur dura sept jours , pendant lesquels on délibéra à donner à Henri un successeur, capable d'appaiser les troubles et de raffermir l'Etat chancelant. Henri, redoutant pour lui les suites de cette assemblée , promit d'obéir aux décrets du pape, et de suivre les conseils des seigneurs. Ils arrêtèrent qu'il se tiendrait à Augsbourg, le 2 de février de l'année suivante, une diète générale, où le pape serait invité de se trouver pour y condamner Henri, ou le déclarer absous. Ils obligèrent, en même temps, ce prince de renvoyer tous les évêques, ses partisans, qui étaient auprès de sa personne , de retirer la garnison de Worms, d'aller demeurer à Spire sans se mêler des affaires de l'Empire , et de ne point entrer dans l'église avant que sa cause eût été examinée et jugée. Quelques dures que fussent ces conditions, Henri se soumit à tout ce qu'on voulut, trop heureux d'échapper au danger où il se trouvait Il fut même obligé de faire sortir de son camp les
« apostolic* legati litteris suis huic causa» congruis allatis advenerant, in , « eliam tune Pataviensi episcopo (Altraanno) vice sua apostolica papa jam dudutn . concessa imposuit, ut omnes ad satisfactionem dignamqu* pœnitenliam digne . ven.cntes canonice réconciliait, illos videlicet, qui deinceps in parte sancti Pétri . starevoluissent, exquibus.... Argentinus... Spirensi,, Basileensis, Constantiensis . aulem ultime • episcopi... ibidem reconciliati «uni et in communionem recepti sunt. » Berthold de Constance, que nous aurons encore lieu de citer, fut, selon le savant abbépnnee de Saint-Biaise, de Rudolpho tuevico, in prœfat. etpag. 23 , Î6, 27, 41 et 56 le môme que Bernold, prêtre de l'abbaye de Saint-Biaise, pénitencier du pape, et théologal de Gebhard, évêque de Constance.
* Fleuri, Hitt. ecclètiast, 1. 18, liv. 63, p. 332; Laguille,/,. 360, et Barre, p. 288.
• tssermann, dans son édition de Berthold de Constance. (Chron. Herm. con». h. P»g. 37), fa,t la remarque suivante: Hansizius Legit Vltimo. llm* tamen juxta codicis legendum esse . patet ex ejusdera Bernoldi apolegetico pro Gebehardo Conslantium episcopo. (Note de l'éditeur.)
RE STRASBOURG. LIVRE NEUVIEME. i\i
évéques qui lui étaient restés fidèles. Ceux de Strasbourg, de Basle et de Spire , quoique absous de l'excommunication , furent compris dans ce nombre 1 , parce qu'on connaissait leur zèle pour les intérêts et la gloire de leur maître. Celui de Strasbourg ne tarda pas d'en donner des preuves non équivoques à Henri.
Henri se retira donc à Spire, et y vécut comme l'assemblée de Tribur l'avait prescrit. Mais, croyant qu'il lui serait plus avantageux de prévenir le pape, que d'attendre l'assemblée d'Augsbourg, où il sentait bien qu'on était résolu de le perdre , il partit de sa retraite peu de jours avant Noël , dans le dessein de se rendre en Italie. Grégoire était déjà en chemin pour passer en Allemagne , lorsqu'il apprit l'arrivée de l'empereur. Le pape fut très-surpris de ce voyage , et, ne sachant à quel dessein l'attribuer, il se retira, par le conseil de la comtesse Mathilde, dans la forteresse de Canosse. Henri vint y trouver sans suite Grégoire , qui le traita avec dureté et qui le laissa passer trois jours entiers dans la cour du château , pieds nus , vétu d'une simpU tunique de laine, sans aucunes marques de dignité , exposé à toutes les injures de l'air. Enfin , le quatrième jour, 25 du mois de janvier 1077, le pape l'admit à son audience, et l'absout de l'excommunication*. Henri resta encore quelque temps en Italie , où il tâcha de fortifier son parti. Mais il ne prévoyait pas le perfide événement , dont il était menacé en Allemagne. L'archevêque de Mayence, les évêques de Wurtzbourg et de Metz, les ducs Rodolphe, Guelphe et Berthold, plusieurs autres
1 Monachus Hersfeldensis , pag. 807. « Rex... promptissime per omnia obedien- « tiam pollicelur, slalimque... Strasburgcnwm episcopum, Rntiliensem episeopum, « Spireniem episcopum.... cœlero*quo excommunicatoi , quorum ante hoc opéra, « coniiliisque gratistime utebatur, oinne», castrif egredi jubet. •
• Voyet Fleuri, pag. 888-34Î. et le P. Barre, pay . «S9-ÎU
seigneurs et prélats de la Germanie , s'assemblèrent à Forchheim le 13 de mars. Henri y fut déposé et les suffrages se réunirent en faveur de Rodolphe , duc de .Souabe et d'Alsace *, que nous avons déjà fait connaître ci-dessus 5.
Rodolphe avait de la valeur, de la sagesse et de l'expérience dans la guerre , qualités qui lui ont mérité des éloges même de la part de ses ennemis 4. Son zèle pour la religion et pour le bien public , sa sagesse , ses vertus morales et politiques l'auraient rendu digne du trône, s'il ne l'avait pas usurpé , et si , pour s'y soutenir , il n'avait pas pris les armes contre son souverain. On peut même dire en sa faveur qu'il n'accepta la couronne qu'avec regret et presque forcé par les princes qui l'élurent B. Le nouveau roi fut aussitôt conduit à Mayence, où il fut cou-
1 Les savants ne sont pas d'accord sur la situation de ce Forchheim. Mabillon , Annal. Benedict., tom. 5. lib. 15, pag. 112, place mal cet endroit en Alsace. L'opinion commune est pour Forchheim en Franconie. D'autres croyent que c'est Forchheim, qui est situé aujourd'hui dans le Haut-Margraviat de Bade. Cette conjecture est fondée sur ce que ce dernier endroit, qui était autrefois chef-lieu d'un comté, se trouvait plus voisin de Mayence , où Rodolphe se rendit , quelques jours après son élection, pour se faire couronner. Quelques-uns, comme le remarque M. Sachs, Emlextung in die (kschichte der Marggravschofl Baden,tom. 1, pag. 16 el 17, prétendent même qu'au lieu de Forchheim , il faut lire Pfortihcim , ville du Bas- Margraviat.
• Voyez le détail de l'élection et du couronnement de Rodolphe dans la dissertation de Rodolphe suevico, publiée par Fabbé-prince de Saint-Biaise , que nous avons déjà citée, cap. ï, pag. 42 et ltQ.
» Pag. 31.
4 Entre autres, de l'auteur anonyme de la vie de Henri IV, cap. 4, apud Ursti- *tum et Reuberum, in Scriplor. ter. Germ., pag. 383 el pag. 261, et de Yfaltram *<*™bourg , de Unitate ecclesiœ conservanda , lil . , apud Struvium , tom. 1,
' Comme l'écrivent pluaieurs historiens cités par Ludewig, Reliqui* nanuscriptorum, tom 4, pag. 53, et comme l'attestent les actes du concile de Wurzbourgde
Lalll r ,reXCOmraunica«°" Je Grégoire VII de la même année , apud
Laùbeum, Conal. tom 10 oaa w -i ta* ,
»«, pag. 383 et 385, et apud Mansi, tom. 20, pag. 537.
ronné le 20 de mars en présence des légats du pape Le duc Berthold , auquel Henri avait ôté le duché de Carinthie, mais qui, comme nous lavons déjà remarqué , avait conservé le titre de duc et celui de landgrave du Brisgau, où il possédait des terres considérables, avait été le principal électeur de Rodolphe ; il devint également son plus ardent défenseur. Werner , comte de Habsbourg , cousingermain du nouveau roi *, Hugues , comte d'Egisheim et du Nordgau, la plus grande partie de la Souabe, du Brisgau, de la Suisse et do l'Alsace, se déclarèrent aussi pour Rodolphe. Mais il avait en tête Werinhaire, prélat vaillant et belliqueux , qui resta fidèle à son mattre. Cet évêque de Strasbourg avait été invité de se trouver aux assemblées de Forchheim et de Mayenee. Bien loin de s'y rendre, il fut le premier qui cria qu'on avait violé toutes les lois ecclésiastiques et civiles, en détrônant un roi qui ne tenait sa couronne que de Dieu seul. Dès que Werinhaire sut l'élection de Rodolphe , il partit précipitamment pour l'Italie , où était encore Henri , séduit par les promesses du pape. Il trouva à Rome ce prince qui visitait les tombeaux des apôtres , ne s'attendant pas à cet injuste procédé de la part des seigneurs germains. Werinhaire lui apprit qu'ils venaient d'élire pour roi , le duc de Souabe , et qu'il était nécessaire qu'il retournât aussitôt en Allemagne , pour réprimer les efforts de ses ennemis et pour ranimer le zèle de ses amis. L'empereur ne voulut pas quitter Rome sans la permission du pape. Mais Werinhaire le tira d'erreur en lui faisant connaître que sa déposition avait été concertée avec Grégoire 5. Il engagea le
' Bruno, Hitloria, belli Saxon ici apud Struvium, tom. 1 , pag. 21 î. * Cuiion II, comle de Rheinfcldcn, père de Rodolphe, était frère d'Ida, inërc du comte Werner.
1 Hemol.lus Presbylcr Bosowiensis, in Chronico Slavorum , lib. i, cap. 29, ad
prince à pourvoir sans délai à sa sûreté , s'il ne voulait pas perdre sa liberté.
Henri quitta Rome secrètement, prit sa route vers Aquilée, traversa une partie de la Carinthie, et arriva à Rat.sbonne au mois de juin 1077 Ml y trouva les troupes de Bohême et de Bavière, qui venaient à son secours, et qui grossirent considérablement l'armée qu'il s'était formée en Lombardie. S'étant mis à leur téte, il se fit de nouveau couronner à Ulm, et alla ravager les terres de Rodolphe, •son compétiteur, et du duc Berthold de Zehringen. Il livra au pillage la Souabe», qui fai8ai, partie dlt duché de Rodolphe et le Brisgau, dont Berthold possédait le landgraviat. Henri ôta ce comté au dernier, et l'accorda à
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■ Xrtfcm M,Heilal)at , ^* Ca"UMii in P™ —hU- .pu,,
DE STRASBOURG. LIVRE NEUVIÈME. i I 5
l'église de Notre-Dame de Strasbourg, pour récompenser la fidélité de Werinhaire et rattachement qu'il lui avait marqué en le prévenant de l'élection de Rodolphe. Le diplôme de ce prince , par lequel il donne le landgraviat de Brisgau à cet évéque et à ses successeurs , est daté de Mayence, 1er juillet 1 07 7 1 . Le duc Berthold, réduit par-là à ses domaines patrimoniaux , se renferma dans son château de Lyntberg, près de Weilheim, que la situation rendait très -fort. Se voyant dans l'impuissance de résister à Henri , il succomba à la douleur de voir ses terres et ses sujets entièrement ruinés. Il mourut la même année 4077 a ou 4078 3, laissant son fils aîné, Berthold II de Zehringen, héritier de ses titres, de la plupart de ses domaines patrimoniaux, situés dans la Souabe, le Brisgau et l'Ortenau, et surtout de son zèle pour les intérêts de Rodolphe, dont il avait épousé la fille, nommée Agnès *. Berthold Ie»* avait eu deux femmes, Richwaire, dont on ne connaît pas la famille , et Béatrice , fille de Louis , comte de Mouson et de Montbéliard 5. Il laissa , outre Berthold II , deux autres enfants, Horman et Gebhard. Celui-ci, religieux de l'abbaye de Hirsauge, en fut tiré, en 4084, pour être élevé sur le siège épiscopal de Constance , qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée le 42 novembre 1110 e. Herman, auquel
* Pièces justiucatives, llitt. fi Al*., font. 2, fif. 489, pag. CXU.
* Selon l'Annaliste saxon ; le fragment historique, pag. 83, et selonTrithème. Ce dernier dit qu'il fut enterré dans l'abbaye de Hirsauge.
* Selon Berthold de Constance
* Otto Frisingensis, in Chronico, lib. 7, cap. 7.
* Schœpninus , Hitt. Zaringo-Badenti» , lom. 1, pag. 5». Béatrice décéda le 25 octobre 1092, Le P. Benoit Picarl , Hitt. de Toul, pag. 9», dit qu'elle fut enterrée dans la ville de Toul, où elle (luit ses jours.
« Bi-rthoMus Oonstanticnsis. ad annum 108* et 1092, et Chroniron Conslanliense, apud Pittorium, pag. 7**.
les his,„riens donnent le non, de marquis mourut avant son pere Lasse de vivre dans le tumulte de la guerre, et dégoûte des troubles qui commençaient à s'élLr entre fcmp.re et le sacerdoce, il quitta le monde en «073. Il se -etua dans la célèbre abbaye de Cluni , où il demeura .«connu, sous l'habit d'un pèlerin, jusqua sa mort, arrivée
ttn, n "nee SUiVante 1071 Q««'q«es-u„s préludent qll „ y ta Vhumm jusqu,. se ^ Pojn
les bestiaux quon nourrissait à Cluni * On doit regretter
ZI 1 6 T éCPite Pa" 16 m°ine UWC' «ui - ivait •do, s dans la même abbaye'. Herman finit ses jours en
> o oge galhean et le ménologe bénédictin : mais on ne
V hl n|aH-r, „U,,e PUb'ic- " avait éP°usé Judith ou l he, ni e d Adelbert, comte de Calb, et petite nièce du
Heiman, qUI p„t )e nom de marquis de Bade» et m,i donna l'origine à .'i.,UStre maison de ce nom « ' "
Brïr réVêqUe Werinha™. «evenu landgrave du ÎE J2mt,Ses ««- » -"es de Burchard évêque Basic, pour s opposer à Berthold !F de Zehringen, qui
' Berthold de ConsL„K<;, a(l
• Bertholdi duri*. , 'C "0m,nc ' Hermannus Marchio lilius
*. y P<ig- pag. 460.
« tdalncus composuil vit
• Monachi, n.ii dud- Berchtoldi ^ fratrh^Gebh 7*1 Hefmanni ' " '"anonyme de Mdlk, de Scripior eccle " / ^"^ntiensi, episcopi . dit
4 Voyez d-.lessu,, pfl„ 49 ' M"" "P- " »■
Salerne, dans le r0va„mc dc " ' aPrès ,a «ort de Herman. Se retira à
'* 27 septembre 1091. mourul' 8C,on Berthold de Constance,
* On place Sa n,orl k ^
Backnang, dont il avait été Je ton.uï da"8 I'é»,,'se du «"nastere de
* Voyez Sehœptlin /J l„ *" ^ ,>an !il6'
W Î67 ff
voulait se ressaisir du landgraviat , que Henri IV avait enlevé à son père. Ils passèrent le Rhin, à la tête de leurs troupes, pendant leté de Tannée 1078, et portèrent le fer et le feu dans les endroits voisins de Brisach et dans toutes les terres du duc deZehringen l. Ce seigneur, voulant repousser leurs efforts, vint à leur rencontre au mois d'août et leur livra bataille. Le combat fut sanglant, mais la victoire s'étant déclarée pour le duc , les deux évéques furent défaits et mis en fuite , après avoir perdu la plus grande partie de leurs soldats , qui furent tués ou faits prisonniers *. Cette défaite jeta Werinhaire de Strasbourg dans un grand embarras. Il n'osait plus retourner en Alsace, qui s'était presque toute entière déclarée pour Rodolphe , son duc. Hugues , comte d'Eguisheim , que Berthold de Constance nomme le défenseur infatigable du saint-siége *\ était alors dominant dans le pays et surtout dans la Basse- Alsace, dont il était comte*. Obligé, dans ces circonstances , d'abandonner cette province, Werinhaire se mit à
1 Chronicon Murensc, m tccerptis mss. .Eiidii Tsrhudii . tnm. 3 , monumentorum Hclvelico-Tugiensium bibliolhtcœ Zurlaubianm , pag. 113: « An. 1078 , per - tolam œstatcm plurcs undiquc motus per Alemanniam, Alsatiam et Austro-Fratuiam
• fiunt, et privatis bcllts fautores, militcsqtie Heinrici Régis vU-ti . interfecli ac « fugati sunt, qui pradas, incendia et sacrilegia plura exercucraut. Ex quîbus « Burchardus Basiliensis et Wcrnharius Argenlinensis pseudo episcopi vix fuga
• elapsi sunt, mililibus eorum a Marchiono B< nlitoldo de Zcringeii Bcrclitoldi ducis « filio fortiter pugna prostratis et captis , rusticisque , quos per imnitatus sibi » abjuratos in auxilium undique coegerant ex parte occisis. » Dom Ccrborl , qui rapporte une partie de ce passage dans une note de sa dissertation de lludotpho tuevico, pag. 61, lit . ex parte eunuchatis au lieu d-occisis, •
«Guillirnanus, Uabtburg, lib. S, pag. tCS, «Kl. Uediolan, vt pag. 22 î edil. Ratisbonetuis.
1 « Indefessus miles sancti Pétri. »
4 Wallram , de Vnilate ecclesiœ conservante, lib. 2 , cap. 56, npud Struvium in teripior. rer. Germon., lom. 1, pag. 309, dit en parlant de Hugues . • llug potou-
• tissimus cornes AUatiae. •
HISTOIRE DE i/ÉGLISE
ia tête d'un détachement de Henri IV,, dans le dessein de raser et de détruire l'abbaye de Hirsauge, dont les moines s étaient déclarés, avec une grande animosité, contre cet empereur Un pareil dessein, en le supposant vrai, devait laire horreur à un évêque : mais il est difficile de se contenir dans les bornes de la justice et de l'humanité, lorsquon est une fois dominé par l'esprit de parti, surtout lorsquil est inspiré par les fureurs d'une guerre civile. ^ est sans doute cette action, qui a si fort indisposé l'abbé Irilheme contre Werinhaire. Il se sert des traits les plus noirs et les plus affreux pour nous peindre le caractère de ce prélat. C'était, selon lui, un grand scélérat, un homme pervers et méchant, qui avait obtenu l'évéché de Strasbourg par simonie l'ennemi juré de l'Eglise romaine et le chef de lafectionschismatique, que l'empereur employait pourcommettre toutes sortes de crimes «. Heymon , disciple du bienheureux Guillaume , abbé de Hirsauge , dont il
f/vln w e''L "e fait pas un P°r,'"dit P|US flatteur de levéque Wer.nha.re Il vint, dit-il, à Hirsauge, par les
' Waltram, ibidem, Hb, 2 cao T7 ,i *p M. de Voltaire, Annales de l ein7' , °P 5'ra'"Mm ' W" *" " 3H-
Pour dire ur, bon mot en L7 ' W '7* exagèrB kï à 500 odinaire
Tnthemius, Annal Hiriaun ,
■ P«m « " " vTT.PUb'iCUm «^—- elfCion^prind-
• He,mon d„i„, ",7 0 ' h0""' *l "equiMi„,U5. .le. ■
* «* • M > ZTT m0nMlin "e ■""«.. »u,rabbéGeb„.,d • ,c su, cPsseur d« uini r..n
* H,vmA de Mint c«»aume.
55. Orrf. S. Benedicti at>ùatts Hmaugiensis , apttd Mabillonem in
md Piniumin Actis SS BollanTiâ '* '* *' W» w 7"' "
• Evidentiu, et sereriu, vindiclam DeTe'^' *' "P" *' W 163 : « nominis quarti Hirsaueiens su"t. qu» jussn régis Henrici ejwdein
• «>ntra Romanam eecte^^0^"!!nare m°,ili 8Unl • Pro c0 1U0 h*resl ^
q°,UerUnt c^ntire, nec aliquatenus ejus commu-
ordres de Henri, pour ravager cette abbaye avec ses troupes. Les soldats, refusant de toucher aux lieux saints, l'évêque leva leur scrupule, soit en leur promettant de leur donner part au pillage, soit en les menaçant de les traiter comme des rebelles s'ils refusaient de lui obéir. La vengeance fut prompte. Ce prélat téméraire ayant pris la cuirasse, et étant monté à cheval comme un furieux , qui ne respirait que le carnage, voulut donner l'exemple le premier. Mais, frappé par un coup vengeur de la justice de Dieu , il se renversa et tomba mort aux yeux de ceux qui combattaient avec lui. Cette punition subite les effraya tellement, qu'ils s'en retournèrent sans avoir rien entrepris contre l'abbaye. Heymon , pour rendre cette mort plus odieuse et plus terrible aux yeux du public, dit que Werinhaire descendit tout vivant en enfer ; il ajoute que, depuis ce temps, personne n'osa plus porter la main sur les biens et les religieux de Hirsauge.
Ce détail, s'il était véritable, ne ferait pas honneur à la mémoire de Werinhaire. Mais Heymon, qui le raconte, et Trithème , qui l'amplifie , n'étaient pas chargés de faire l'éloge d'un évêque qui , selon eux , avait formé un si violent dessein contre leur monastère. On ne peut, d'ailleurs , que suspecter l'autorité de ces deux écrivains ,
< nione se conlaminare : quippe qui erat sceleralissimus, el omnium , quos terra ■ sustinuit, flagitiosissimus. Ipso itaque annitente quidam episcopus Argcntinensis . nomme Wernherus militari manu aggressusest devastare Hirsaugiam. Sed eadem -die, qua tantum facinus commissurus equum loricalus ascendit , subitanea « morte, antequam loricam exuerct, praoccupans expiravit et vivons in infernmu
• descendit. Vivens. inquam ut scriplum est, in infernum descendit , qui sciens et prudens. ut inique ageret, laboravit, qui innocentes Oci famulos perdere affcctavit.
. Quod ipsis etiam, rnilitibus, qui inviti ad auxilium ejus cogebantur, adeo visu.n - est abominabile, ut ei dissuaderait et ad talc facinus auxiliari recusarcnl. Hoc
* autem longe ante obitum Dei viri (Wilhelmi) cooUgil. Sed deinceps taie al.qu.d « contra locum sanctum et ejus habitatores prmsumendi omnibus usque quaque « metum incussit. »
HISTOinE DE L'ÉGLISE
quand ils racontent sérleus ,
ïtSLï? V0U'U Pi,'er m™*°- ne 7 ennlfe^ uSLar C°UP inC°nnU' 1Ue lui Porta ~in 1™ 1 ' H- 'll0n ' VaDte beaUCOUP' 4 ce»« — *».
xsrsr prodige-, Les moines se d— » *- ^^iï^r^t?0? de supposer des mhac,cs
cutaient A,„ ! ? 8 alma,ent pas, ou les persc-
.r„eiAqre uz iexiter ie patron de ieu-
'eur ind Jalon Prêter 8 Ce'ui-ci leurs craintes.
'-rs r„r'Ju7;:8rtiment- Jamais °n ne ^
tombeau dC 'in, . ? PUDÎt',e
avérés' „„ fm ISa,ntAaVa,t-'1 été par «les prodiges
oeitns p^ Ôt PeTdé - Posait, Ls Ses
voquaient et ; PefUSer 3UX Vœux de ceu*<P» 1 » S ais é d t " COmme de 'a P°Ssibilité «tainKle,
poursuivait ToTL k vengeance du saint qui le
et rép"^ 1 u 'e! brU,tS Popu'-resfurentainsirecueillis ^TeZèZÏT"™ *• temps. Les moines et le meineure fïi î m ?" ^ de merVeiI,es- les ™» *» >»
bourgpendantl^r S a,regouvernal'eg|isedeStraS- J squa sa mort, arnvée le 14 novembre» 1079'.
' '» 'tlh SS. Ord. S. Bentâ ,
' N=cr.,„gium vclaJ JZZ-'T- "'■ W 7». ,„ „„,„. • Wernherus Ar»«„ti„eosis . . ' »». «r» . . xvm Kal decembris
Il fut enterré dans l'église cathédrale devant l'autel de S. Liurent Son nom ne se trouve pas dans le nécrologe du grand -chapitre de Strasbourg , ni dans le livre des anniversaires du monastère de Zwifalten , parce qu'il mourut sans avoir été reconcilié avec le saint- siège *. Mais on voyait encore , dans le parvis de l'église de cette abbaye, au commencement de ce siècle, l'inscription suivante , qui y fut gravée sur une pierre en l'an 1671 3 :
WeRNERUS COMES AB ACIIALM FRATER FUNDATORUM EPISCOPUS ARGENTORATENSIS.