CHAPITRE LXXXVII
Le roy d*Ang1eterrc continue le siège da marchié de Meaulz; composition des auiégés.
Moult se raonstra fière et orgiieilleusie la compaingnie assiégée. Et se donn^ merveilles le roy leur enneniy comment tant et si longuement osoient porter ses menasses , à ce encoires qu'il les sentoit bas et estroicts en pluiseurs manières , parquoy il n'y gisoit si non péril de mort en leur fait. Si les fil semondre toutcsvoies par pluiseurs fpis qu^ils se rendissent ains tost que tard , car Ip tenir estoit de grand péril pour eulx , disant oultre, que rendre une place bien combatue à la semonce d*ung prince promet miséricorde au rendant , là où la prinse par force ne doit asseurcr , se de mort non , Torgueil du deffendant. Mais les enclos , jà soit ce que bas
non en ,petit^ nombre. Ainsi les 1 fuissent de toute puissance pour longuement
CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE
eulx tenir, si n'eurent-ils vouloir de tant encoraigcr leurs ennemis que de leur monstrer semblant de failly couraige ; et respondirent baudpment que point n'estoit heure encoires de eulx rendre , et que ce faire n'estoit point de leur intencion. Entre les aultres des assiégiés, y eut ung nommé Guichart de Sisay qui moult se monstra homme de vertu et de grand los sur tous les atiltres, car avec vaillance oultragieuse si avoit il sens et conduicle en luy de si grand eflect que le roy son [ennemy , par un singulier regard en luy mis, Taffecta de ravoir à luy , et luy en fit faire pryères avec grans offres. Mais en vain se traveillèrent les parlans , car ne Teust volu faire pour nulle promesse ny don d*homme ; et en effect refusa tout, et le don et Tamour du roy ; et prisoit myeulx de morir son ennemi, attendant le péril de mort, que de devenir son adjoinct en changement de sa nature. Et continua cestuy siège jusques sur la fin d'avril (i). Et tant et si avant s*yentretindrent les deffendeurs que finablement l'espoir de tous lez du monde les abandonna , et ne véoient manière nulle possible d'évader les mains de leurs ennemis , ne de povoir résister mais à sa puissance. Si s'offrirent à tenirparlementetà faire traictié ; et le roy pareillement leur donna escout ; et commist de sa part i)our parlementer avec eulx le duc d*£xcestre , les comtes de Warwyc et de Conversan et messire Gauthier de Hongerfort; et de la part des assiégés fu-^ rent : messire Philippe Malet , Pierron de Luppel, Jehan d'Aunay, Sinador deGerammes, le Borgne de Caucam , Jehan de Lespinace et Guillaume du Fossé. Lesquels tous assemblés par diverses fois s'accordèrent enfin et firent traictié par la manière cy-après déclairée. ^