‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 133 sur 494 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Comment le roy fist son entrée à Paris.

Le roy estoit venu rendre en une petltte placette nommée les Porcherons d'emprès Paris , appertenant à messire Bureau , chevalier et trésorier de France du temps de l'aultre roy. Et vint le jour que maintenant le roy debvoit faire son entrée , qui estoit par ung lundy derrenier jour d'aoust l'an soixante et un. Si ordonnèrent et mirent en point ceulx de la part du roy, pour le mener glorieusement en la ville de Paris ; et ceulx de Paris à l'aultre lez 8*efforchoient à faire et monslrer che que en eulx estoit pour le solempnisier et bienvignier. Et d'abondant entre les mystères préparés de longue main , tendirent touttes les rues de riches draps, de thapisseries et d'aultresjolivetés moult belles, à tous les deux lez. Et tant seullement la rue du Change avoient couverte à chiel par deseure et bien aornée en tous endrois. Sy vint l'heure que le duc de Bourgoingne veult partir de la ville pour aller au devant du roy et pour luy faire honneur à son entrée, de ly etde ses nobles vassaulx. Eten effect, s'en disposant ad ce, monta en son bostel d'Artois ; et là se fist l'assemblée de tons ceulx qui le debvoient accompaignier. Est assavoir : de son fils le comte de Gharolois , du duc de Clèves son nepveu , du comte de Nevers , du comte d'Estampes , de messire Adolf de Clèves, du bastard de Bourgoingne , du josne messire Jacques de Bourbon, du josne messire Jehan de Luxembourg , du comte de Wyrtcmberg , du seigneur de Croy et de ses deux enffans , du mareschal de Bourgoingne , de messire Phelippe de

GËÔRGE CHASTEUAIN. [446^

seigneur de Chimay, dii tastûrd de Saioct- Paul , du seigneur de Quievraing , bailli de Haynnau , du seigneur de Roye , de messire Philippe Pot , du seigneur de Crieveqaeor , du seigneur de Waurin , du seigneur de Robaix , du seigneur de Beaucamp , et de moult d'auUres, en tel nombre que Tung parmi l'aultre , prinches et barons , se trouvèrent là ensemble deux cens quarante-trois cbevaulx couvers de drap d'or, d'orfavrie et de velours , et de brodure , et les maindres de damas et de satins, dont le nombre estoit petit, sans encores les richesses et les habillemens de leurs corps et de leurs pages ; dont oncques en ce royaulme francbois n'avoh esté veu ne ouy cas pareil, ne qui y prist comparaison. Et encest estât, sans faire aultre narration de leur joliveté , le duc party de son hostel et dressa son chemin vers la porte Sainct-Denis , parmy celle grand rue, là où de peuple avoit tant hault et bas , et des dames et des regardans sur les richesses et beaulté de ceste compaignie. Et tant en furent esmervilliés et espris de joye, que à paines les bouches ne se souffroient à vnydier par paroUes ce que les yeulx leur foisoient comprendre superflues et d'admiration dignes. Le duc de Bourgoingne portoit une plume à son chapeau, de pris non extimable; et estoit garnie ycelle de neuf gros balais, chincq gros diamans, trois des plus gros perles de la terre et clairs à l'advenant, et soixante-deulx aultres perles de sorte et de grand pris; et au chanfraing de son cheval y avoit pareillement neufgrosbalaisaultres,entresemmés de perles sans nombre. Et en la sallade portée après , estoit assis ung riche balais de Flandres , l'outrepas de chrestiennetc. Et, ce dit-on, les aultres montures qui le sieuvoyent aveucques les couvretures d'orfavries, ne sont à récitter en faict de richesse et de grand pris, car les bouches n'y souffiroient à mettre en compte, et les oyans restiveroient en la créance , qui ne l'aroient veu. Parquoy soubs ceste généralle manière de parler, je coeuvre et comprensla pompe et richesse de tous les aultres qui en ensieuvant le chief d'eulx tous , leur duc , estoit haulte et {jrande par extrême, ^lais tant en troevc par vray record qu'onc-

Homes, de messire Symon de Lalaing, du | ques en nul Heu jusquesù celle heure tant de

drap d'or ne voila pas rue pour unç jour ne n'uvoilestoitcolpéit cyseaux, ne tant do riche bruddure ne d'orfavrie mise en œvre que pour celle fois , ne tant de velours cramoisy et de lottttes couleurs mises en employ , ne en revesiemenl de chair de besies.Enlrc lesquels jolyset ricliement en point par ouhrepas après le duc , c'esloîl le comte son fils, le duc de Clèves, le comte d'I-Xstampes , le liaslard de BourgoD[[nc , le seigneur de Croy , le comte deBocquem et le seigneur Gruiuse. Dont, de tous lesauliresque je laisse derrière euU , gtiaires n'en y avoit qui n'eussent trois clicvaulx couvcrs, et n'y avoit nul qui n'eusi pour la plus grande partie couvert de drap d'or ou d'orfavrie ou de riche brudure , et autretant velours plain que sieulle de parement, au plus grand nombre.

Je me suis arrcsté ung peu sur ces pompes et liaultaines manières de faire ; et semble que j'en voelle lever la chose bien liault plus par laveur que par nécessité, veu que telles choses se soellent et doivent irespasser légicrement et estre mises pour ung court et goncral parler i entendu encores que jà, ychy devant , ay faict mention semblable de pareil cas au sacre du roy à Raius , et que partant je m'en peussc bien passer ychy à peu de renouvellement sans y rentrer de rcchief. Mais soubs correction des lisans , ce n'ay faict ne ne fais sans cause, et par laijuelle il ne me doibt esire imputé à vanité ne à faveur, ains à lus et à bon fruict. Car ayani compris en moy et considéré ceste très noble maison de Franche avoir bransic si longuement soubs variable fortune, avoir tant porté et soustenu des adversités dures et de tribulations tant es royauU chiefs principauk comme es membres qui en dépendaient, et que pluiseursdes rois d'ychy devant à l'entrée de leur régne , ont trouvé fortune austère et mnrastre, leur royalme saisi des ennemis, les princlies d'îcellui mis eu division, cl obscurcy tout, et désemparé leur Irosne et leur gloire par violence , dont chief exemple et miroir de tous aullres a esté le roy Charles derrenier mort, certes et maîntenaatquandparcontrairedelousaultres, depuis cinq ans en eha, j'a y veu entrer en régne elrecepvoïr, couronne et sceptre à ce roy Loy-, en loulte liauUe prospéritté de fortune , en

touue haulte tranquillité et conjonction de cuers, en ung volloir et toutte vive et entière possession do son réalme , en main forte sur ses ennemis , expuls après meismes avoir esté le bersal ou butte de fortune , et saillant de mendicité en plénitude de souluis, sans terme entre deux, et le roy entrer en France le plus aspiré des faveurs du ciel, che semble, que, oiicques y meisi pieds , et le plus en tranquillité et en paix, non merveilles se enconjoyssant et coilaudant ceste entrée, melraveille, en commenchement dé règne, de la mettre en mémoire par expression singulière-

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