‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 132 sur 494 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Comment ceulx de Paris préparèrent leurs rues de pe^

sonnages et bystoires.

En ceste ville de Meaulx , le roy séjourna par aulcuns jours. Si fîst le duc avecques lui. Et pendiuit ce temps s'appreslèrent Parisiens pour recepvoir le roy , et firent ung grand appareil. Firent sur le pont Louis , de la porte où del)voit entrer, une grande barge toute argentée à deux chasteaux devant et derrière là où il y avoit des personnages, et au milieu de la nef estoient les trois estas de France par figure. En la himne avoit ung petit enffant vestn d'habit royal , portant sceptre et couronne; et estoit ladicte hunnc faicle en forme d'une fleur de lis d'or. Au dessus d'icellui enffant tout au plus haut avoit deuxongels qui tenoient la couronne deseur le chief dudict enfant ; et entre la porte et la nef avoit ung drap vermeil pour donner face à la' barge argentée. Et estoit ce faict en signifiance des armes de Paris. Firent aussi une fontaine bien richement ouvrée dont yssoient chincq manières de diverses liqueurs. Au jour de rentrée firent des aultres mîstèrcs et notables et beaulx , comme de la ramembranche de la passion de Nostre Seigneur. A la porte des paintres firent sur les six lettres du mot de France les personnages qui s'y entendent. Aux Saincts-Innocens firent le personnage de sainct Ystasse chassant le cherf. A la porte du Chastellet firent une grande fleur de lis haulle de quatre hommes, avecques la prise de la bastille de Dieppe. Et sur le pont du chambge firent le bapiisemcnt du roy Clovis aveucques le mistère de la sainte ampoule , venant du ciel semblablement^etde la mutation des armes des fleurs de lis. Si pleut ainsi au roy que le duc son oncle feist son entrée

à Paris premier que ly,et aîlastvcoirclouyr le contenuement des Parisiens, et puis que reveuist pour tout bon, qui estoit ordonné et pris pour contenuement le derrenier d'aoust à^ tout chascun. Et le fist ainsi le duc de Bourgoingne ; et s'en alla à Paris où n'avoit esté passé vingt-neufans;etfist son entrée, nonen pompes ne en manière excessive, mais tout simplement et en grand multitude de nobles princes et barons, tous de son sang et de sa maison. Poiur le quel duc veoir entrer, avoit telles presses par rue et tant de monde aux fencstres , seigneurs, dames et damoiselles, que à paines en seroit à faire le nombre. N'osoient touttesvoies crier Noël, car leur avoit esté deffendu expressément, jà-soit ce que à dur s'en lindrent pluiseurs, et àaulcun en eschappa le ton. Mais ce que n'osoient desgorgier par cryer Noël , se monstroient ils par multitude de bénédictions, aultres qui aultre-tant volloient,et par monstrer cueur ouvert et espanny de joye ; car de tout le monde fut conjoy â'uiig affect corage. Et en cest estât s'en alla logicr au quartier des halles en ^on hostel d'Artois , jà-soit ce que à tout temps le roy l'avolt volû faire logier en Thostel à Sainct-Pol qui é^t le logis réal. Mais oncques ne s'y veùli aâi^ntir le duc , disant que à ly n'appertqnoit si grand honneur ; et en oultre né volut laissîer , ce disoit, rhostel et lieu où tous ses devanôlire'rs comtes avoient apris de logier ; car par c6 faire il desconforteroit une multitude dfe monde qui avoient une anchicnne faveur envers ly et une dilection cordialle. Dont, pour leur satisfaire en leur longue attente que avoient eue les vouloit aller visiter et prendre son repaire aveucques eulx; car sçavoit bien que jà loing temps , de Taultre roy, ils avoient beaucop de reproeuves et de laidaiges à sa cause , et avoient esté tenus suspects et escharnués de tous les habitans des aultres quar tiers, jusques que meismes les bourgoisies de tous les quartiers de la ville , quand se trouvèrent d'aventure aveucques ceulx du quartier des halles , leur dirent : « Eh ! comment ! tel et tel vous puez les harengs ! wCommo s'ils vouloient dire: «Vous puez entre nous; vous estes bourguinottes , et si en avez une belle attente. «.Et ce d" »« desri-

sion; comme 9e ji

jouys de Cé (|àé éspéroient ; aussi n'y avoit il point d'apparence. Et aveucqaes ce , à celle J^eure d'alors estoit le nom de nourgong[ne tellement descrié , tellement avieuty et condampné en Paris entre cealx qui se vouloient couvrir soubs aulcune gratuité dépendant du roy , que homme ne femme à paine en osoicnt parler ne faire aulcune estime ; et tout pour complaire au roy en celle povre passion ; et le quel meisme le désiroit ainsy l'avoir faict.

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