CHAPITRE XXXVIL
Comment la dachesse d'Orléans Tint rtn le doc son onde pour le mener aox joustes.
Or u'estoit encores arrivé le duc de Bourgongne ne le duc d'Orléans ; et estoit venue la ducesse d'Orliens , sa niepce , le quécir à son hostel d'Artois. H^ais le duc , parceque son cheval n estoit encoire amené ^ ne pov^it sitost monter comme eust bien volu , si lui tardoit trop. Enfin voyant sa uiepce à cheval qui l'aiteoduit , soubdaicement sans mot dire s'escueiilit et monta deirière sa niepce ; et commencherent à trotter i>amiy les rues , en grand joye de tous les voy;uis qui alloient di-
enucs et faites devant la Bastille de Sainci- | sant : - El velà ung humain prinche î velà ung
£14«l] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. —!'• PART. i^
sei{][neur doot ung monde seroit estoré de ravoir tel ! Que benoît soit il, et tous ceulx qui Faymeiit ! Etquen*est tel nostre roy, et ainsi humain , qui ne se veste que d'une povre robbe grise mal chainte et mal facbonnée atout ung mescbantx^happellet; et ne bet riens que joye.» Tels et semblables mots alloit disant le commun peuple de Paris par là où passoit le duc de Bourgongne monté derrière sa niepce ; et n'y avoit aultre bruict par les rues que de son faict qui donnoit joye à tous. Si vinrent ainsi jusquessur les renés, là où le bourt estoit) préparé pour le duc d'Orléans et ly, ensemble la ducesse sa niepce ; et là desccndans montèrent sur ledict bourt pour voir les jousteurs, qui durement travaillèrent pour acquérir los. Or n'y estoit pointée roy ;.et n'y avoit volu venir au descouvert; et s'estoit muchié en une fenestre derrière aulcunes dammes de Paris pour non estre congneu , mais, a voit la plaine veue des joustes tout à son aise. Touttesvoies ne se sçavoit tant muchier ne fuindre que pluiseurs ne se perchussent qu'il y estoit et qu'il ne jugast des colps aveucques les aultres.
Quand donqucs ces joustes avoient duré jà une bonne espasse , survint tout derrenier ung josne chevalier de Braibant que le roy avoit amené du pays et retenu à ly , noouné messire Fédéric de Wytem. Et estoit ycellui chevalier housse et couvert, homme et cheval, tout de peaulxde chevreulx armés de bois, et monté à l'advantage pour acquérir bruict. Si vint rilllant parmy les jousteurs , et fist merveilles de bien employer son bois. Et tant avoit bon cheval et luy bon vouloir que tantost n' estoit ne bruict ne criée que de son faict; et ne dura riens devant luy, sauve touttesvoies que messire Adolf de Clèves aveucques pluiseurs aultres firent bon dcbvoir. Mais touchant du prix et l'honneur du jour» certes, par jugement des dames et des seigneurs, il fut jugié le donner et appertenir audict chevalier messire Fédéric; et de faict fut apportée la lanche d*or garnie de trois dyamants assis en pointe en manière de rochet. Et atant je me passe des joustes qui furent faictes à Paris dont maint ans avoit passol (juc nulles telles ne s y firent et à paiiies oncques touchant richesses dabilleniens, et de ce qui en ensieuvy après, c'estoit le
bancquet que le duc avoit faict appoimier e^ son hostel d'Artois , et faict semond^e touttes les dammes de Paris, ensemble aussi touttela seignorie de France à portes ouvertes et tables habandonnées à tout le monde. Et an effecst avoit faict appointier cent plats de viande d'ordinaire aveucques les sieultes, etsy estoffés et garnis que nuls oncques ne furent meilleurs , ne plus riches ne mieulx assoufiîs ne plus haultement servis. Ad ces joustes jousta ung noble escuyer, vice comte de Meaulx et frère aii seigneur de Cressel ; mais pour ce que de ce faire n'avoit demandé congié au roy , le roy le priva de tous ses oflSces de son estât et le mist hors de sa maison y en murmures de pluiseurs.