‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 154 sur 494 · CHAPITRE XXXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYIII

Da baqcqaet que fist le duc k tous lf« seigneurs et

dammes de Paris.

Les joustes faictes doncques , daçunes et damoyselles se thirèrent vers l'hostel d'Artois. Pareillement tous les seigneurs du sang et ieus grands barons de Franche se rendirent tous ad ce banquet , là où la multitude estoit telle que merveille seroit à conter. Et n'y avoit rieus que faulte de lieu pour seoir. Si estoient touttesvoies touttes les salles et toutte^s les cham* bres plaines là où on povoit asseoir gens. Le> duc d'Orléans avoit sa chambre à par ly, e.t son buffet richement paré de grosse vaisselle, et sur la table touttes les appartenances que à ung roy souQhroient; mais le diic de Bourgongne tint la grand salle aveucques la ducesse d'Orléans et les aultres dammes, ensemble aveucques ses nepveux ,'ducs et comtes , et les aultres princes de Franche en grand nombre, tous assis à une table là où l'honneur du monde se povoit veoir, et la gloire de noblesse humaine estre percheue en ung assamblemeot de soupper , s il eust pieu au roy d*y estre aveucques les aullres, ainsi que le duc lui avoit prié et comme il avoit eu espoir qu il y seroit ; mais n y f ust point ; ains luy aveucques Guillaume Bische s*es(oient allés esbattre auliro pari en lu ville , ce disoit-on , en secret aveucques aulcunes dammes. Dont plus avant

GEORGE CHASTELLAIN

ii*en fiy meotioD. Mais s'il eost pleo aa roy (Ty esireTenn, Too me dist poor vray que lors lé doc eost renoaTellé droh là les reulx aultrefois hActs h Lille portant plostost secourir à la chrestienté alleocontre des ennemis de Dieu , là où il avoit le cuer, devant tout rien aultre. Laquelle chose /s*ain$i feust advenue et qu*il y eost peu traire le roy et les Franchois, râdvanchement se feust tantost trouvé en cesie besongne, et legière exécution. Or n'y f ost il point ; et par ainsi demora tout en son ▼iel ploy.

Ad ce banquet furent les ducs d*Orliens , de Bourbon et de Clëves , les comtes de CbaroloiSf d*Angoalesme , de Nevers, d'Estampes , de Montpensier» de Laval , de La Marche , de Vendosme , de Harcourt , de Thancarville , de Sainct-Pol et de Dunois; messire Adolf de Clèves , Philippe de Savoye , tous les frères du duc de Bourbon , deux évesques et deux chevaliers , messire Jacques de Luxembourg, et le seigneur de Fiennes, sans multitude d aultres barons et grans seigneurs en si grand nombre , et pareillement de dames, que annuy seroit de 'les compter ; car tout y estoit rechen et bien venu , ceux qui se voloient présenter à estre servi. Dont pluiseurs de diverses marches y vindrent , non point pour soupper, mais pour veoir Testât et la magnificence du cas, en quoy se contentèrent plus qu'en la viande. Si n'en voeul plus rien dire touchant grandesse d'une chose non faicte depuis longtemps pareille , foi*s que le duc avoit faict faire , en-my le grand salle d'Artois, ung dressoir faict en manière d'ung chasteau rond, à douze degrés de hault , plain de vaisselle dorée en pots et en flasconsde diverses fâchons, montans, comme on me recordoit , jusques à six mille marcs d'argent doré, sans celle qui esloit au plus hault de fin or chargié de riche pierre de mervilleux prix, et sans quattre licornes qui là estoient assises à quattre quariés , dont la roaindre .avoit cincq pieds de hault. Et me dit l'on lors par vray record , car moy n'y estoie point, que de vie d'homme n'avoil esté veu ne ymaginé telle; extrémité de richesse en ung drechoir, qui à tous lez et par devant et par derrière se povoit regarder et approcbier de tous yeulx , qui tant s'y amusèrent

que ne s*en povoient retraire. Se y avoit il deux aultres buffès chargiés de vaiselle Uancbe pour servir la salle en général , dont Textime fut faicte grande et mervilleose. Et sembloit alors à multitude 'de Francbois qoi oncques n'avoient veu le doc de Boorgoingne , que c^estoit une chose admirable da faict dudict duc de Bourgoingne , et que voirement c'estoit bien le duc sans pareil et sans compaîgnon , et que Ton dobvoit redoubler en faict de puissance , et bien honnourer et loer sur tous en oeuvre glorieuse et magnifique. Et certes, comme recordé roè fut, se la richesse y estoit grande et la mise non espargniée , si ne fut oncques chose sy très bien entreseigniée ne si bien condoîcte par ceulx qui en avoient la charge comme ceste fut; là où trois maistres d'hostel , notables chevaliers trestous , messire Jehan Bastard de Renty, messire Michau de Hanges, messire Jehan de Kestergaltc , amann de Broaxelles , requirent Tappertenir du los comme souverains conduiseurs. Et en effect fut la chose tellement conduite et si plantureusement que, par Tabondance de viande qui restoit superflue , le lendemain au matin furent donnés quarante plats de viande aux povres de Dieu parmy la ville ; car tant y avoit de demorant qu'on n'en savoit que faire.

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