CHAPITRE XLIV
Comment le doc se part; de Farii ei corameol il fut festoyé & Beiuretoir pu lecomledeSajacl-Pol.
En Testât et manièrejque avez oy s'en est parly le duc de Bourgoiogne de Paris, en telle grâce et faveur et en tel regret de peuple que, de mémoire d'liomme,il n'esl trouvé queoucques prinche en vydast si bicnvolu , ne de qui on ï'eisl tant de glorieux compte comme de ses fais après son eslonge. Or ainsi que debvoit passer pays, le comte de Sainct-Pol qui esioit rentré en grâce , délibéra de le festoyer en sa maison à Beaurevolr. Et en effcct lerechupt et le festoya baultement, comme bien le sçavoit
GEORGE CHASTELLAIN
faire , car il estoit moult puissant seigneur et riche. Donequcs de là passant par Cambray , s'en vint à Valencliiennes, là où avoit mis jour au légat du pappe , évesque d'Arras ; semblablement à l'ambassade d'Angleterre du roy Edouard , qui y arriva par ung mardy, huitiesme d'octobre , lorsque le duc y estoit arrivé devant. Et furent chiefs de cest ambassade, ung cbevalier de Tordre de la Gerretière nonuné messire Jehan Wennesor et ung aultre nommé messire Jehan Glaix , portant le nouvel collier du roy , la rose blance et le soleil , et ung seigneur d'église du pays de Bourdelois, nommé Tarchidiacre de Bourdeaux, notable homme et bon clercq, qui tous ensamble povoient eslre au nombre de chincquante chevaux ou environ. Et eulx approchant la ville de Vallenchiennes , envoya le duc audevant de eulx Tévesque de Tournay aveucques ceulx du conseil. Envoya aussi grand part de sa baronnie et des nobles de son hostel pour les bienvignier. Et tous ensamble les menèrent descendre en leur logis , là où ils furent aisiés et compleus de tout ce qu'il estoit possible de faire et de penser, et tout aux despens et provision du duc jusques ung denier près , d'autant qu'ils y estoient. Dont la première nuyt passée, le lendemain, qui estoit ung merquedy du vespre, le duc les manda quérir notablement pour venir devers ly en une sallelte , là où il avoit emprès ly le comte d'Estampes , le comte de Sainct- Pol , l'archevesque de Lyon , l'évesquc de Liège, messire AdolC de Clèves, messire Jaques de Bourbon, le seigneur de Ci-oy, le marescal de Bourgoiugne et multitude d'aultres nobles et haulx barons que je trespasse pour brief. Et là venans les dis ambassadeurs mirent genoulx à terre et présenlèrcni leurs lettres, lesquelles veues dirent leur créanche ; dont la plus généralle et celle qui se faisoit en publicque , si estoit : que le roy d'Angleterre présentement régnant les envoyoit vers ly, près estre venu à chief de ses afl'aires , pour le remerchier de tout son coer.de vraves et enthières faveurs que ly et les siens avoient trouvé en ly au temps de liiii(î dont il estoit maintenant à bras doseure. Dont , et pour plus conserver et confei mer lollo faveur enccni- menchée, qui tant lui avoit donné fruiel, et
pour tant plus estre conjoings en amour fSerme l'ung aveucques l'aultre , le roy Edouard envoyoit devers ly lui rendre grâce en ung endroit de ce qui estoit passé , et prier et requerre pour le futur temps que l'amour y puisse demorcrestaUect ferme entre eulx deux, covime qui plus en estoit désirant que de nulle rien du monde ; faisant dire oultre ce et remouk trer audict duc : que de sa main et nulle aultre, après Dieu , il tenoit et possessoit la couronne d'Angleterre; et n'en debvoit grâce ne recongnoissance à mortel homme qu'à luy seul; dont il requeroit et avoit requis à Dieu pour vie et espasse de le recongnoistre envers ly.
Cecy,à tant que j'en aprîslors, fut la g^ënéralle et la substance du premier soir que proposèrent devant le duc , sauve que ly dirent bien : que aulcunes choses leur avmt chargée leur roy de dire en privé et à !part au dict duc , de quoy, quand il lui plairoit , feust à ly, fenst'à ses commis , en secret ils feroient voulentiers l'adverience. Et à tant se levèrent. Et les rechupt le duc moult haultement et de grand cuer, et les fist conjoyr de tout ce que l'on povoit aviser par devises; et prinrent vins et espices. Et après avoir eu devises longue espasse aveucques ung et aveucques aultre de touttes choses diverses, prindrent congié; et furent menés en leurs ostelë, jusques le lendemain, que ceulx du privé conseil du duc, l'évesquc de Tournay , le seigneur de Croy , le marescal de Bourgoingne , le seigneur de Créqui , le bastard de Sainct-Pol et aùltres allèrent devers pour oyr ce que plus avant voldroient dire en secret, par charge de leur maistre. Et là venus, convindrent en chambre close , là où par belles et maintes raisons allignées, et pour venir par persuasions à leurs fins prétendues, conimenchièrent à cheoir en Testroit d'allianche pour le roy leur maistre , remonstrant : le temps en quel il sourdoit, son éage, la recommendaiion de sa personne, sa puissanche et seignourie, et puis la grand et ardantc afl'eclion qu'il avoit envers la maison doBourgoinf,no pour y estre alyé, et finablemenl par regards que Icdict roy leur maistre estoit jeusnc et à marier , et ledict duc avoit une niepce en sa maison , belle damoise'ilc cl de sa nouiiiuro; rt(iui^ comme nulle amour itv pourroit eolre pluseniérincequcp;ir
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alliance de inaria;;:e , lediet roy d'Angleterre désiroit que il venlsist entendre aa mariage de la damoiselle de Bourbon sa niepce aveuc> ques ly, comme qui estoit d'éage , et convegnable à sa haulleur ; et en ce fais^. lediet duc acquerroit pour ly et pour les siens amour qui jamais ne seroit enfreinte de leur vivant, et par quoy grand joye et grand paix se pourroit ensievir aux deux parties. Et en effect proposèrent ceste naatière de si bonne fachon que Thonneur en demora envers eulx de bien causer leur demande, et non mains à ceulx de la part du duc en rcspondre sagement, là où gisoit tout le diflicille du cas ; car estoit chose de grand poix, et souverainement pour le duc de Bourgoingne qui en ceste matière ychy debvoit avoir cent yeulx ouvers pour regarder à touttes circonstances qui y estoient à Tenthour. Doncques touttesvoies une seulle finablemcnt povoit clorre touttes les aultres, c*estoit que chascun en son umbre se renforche volentier et grandist allencontre d'ung aultre non bien proppre , ou temporise aveucques les aultres que lui peuvent faire service et amour, poset que tenu n'y soit. Et par ainsi Taliance du roy d'Angleterre Edouard requise au duc de Bourgoingne n'estoil que raisonnable , et bien comme qui plus utile ne povoit quérir pour celle heure ; et au duc de Bourgoingne elle n'esloit que raisonnable aussi d'y entendre, pour cause qu'en l'acquest d'ung roy d'Angleterre, sien par alliance et par aultres faveurs , il y chéoit ung grand proffît et rcnforchement , tant qu'à ly et qu'à ses pays; et seroit une sa niepce, dont il en| avoit pluiseurs et haultement logées aussi , mariée à ung des plus puissans rbys de la terre ; dont rien que bien n'en povoit advenir au lignage.