CHAPITRE LVIII
Comment le rov commenclia a faire moult de nouTelletés et comniencha l'on à le congnoistre.
Ce roy Loys pour ce temps chy se tenoit encoire en Touraine , la où tousjours aveucques le temps et de jour en jour avisoit souldainement de maintes estrangelés; et de sa proppre teste embracha moult de choses a tous lez sur un colp, et desquelles aussi ne vint ghaire de frùict ne d'effect ; sinon que à luy meismes donna paine et à aultrui admiration sans plus de ses moddes. Envoya ambassades dehors subittement , conclut manaches , à tel fut, en manières d'indignation , raist sus des nouvelletés voluntaires, aulcunes mal aggréablés et de povre espoir ,aultres préjudiciablesà homme de tous estas, Kst des mariages et alliances telles qu'il les songea , et dejosnesenflans sy bien que des vieux. Il donna sa fille née à Genappes, au fils du]duc de Calabre héi itier de Loraine , et fist le mariage du second fils de Bourbon , nepveu au duc de Bc»urgoingne , à la fille du duc d'Orliens, aulire niepce du dict duc venue de deux sœurs. Monstra moult de SIS meurs che nouveau roy à son premier régner, et donna à congnoistre que , ce que par longs ans avant la mort de son père il avoit esté crému de pluiseurs qu'il ne venist à régner , ce n'estoit pas sans cause ; car dès le temps de la Praguerie , là où ses meors
CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. — P* PART. lÔO
commenchoient à estre coii{;neus en leur bourgeon, y perchupt on ce que on y trouva depuis , jà-soit que longuement Tavoit bien sceu discimuler : c'estoit de plus faire et user de proppre que par conseil , et plus par volunté que par raison. Qui mal siet à ung prince , non pas tant seullement à ung roi le souverain du monde , mais à ung noble homme le plus povre de la terre, avoit encore tout son estât tout tel que soUoit mener àOenappeSj et ne les changea de long temps après. Menoit povre despense. A peu de gens, synon à ses mignons , il presta large main ; mais à moult il recoppa et rethira devers ly la libéralité du père. Il diminua les estas en sa maison ; et les veslemens de soye , et les pompes des nobles hommes il condempna par defl'enses ; les trésors du royalme fist tout tourner devers ly. Et là où les fruis solloient aller en diverses mains qui en vivoient , grand part en print devers ly, par signe et apparence do convoitise. Il voult visiter les marches et confins de son royalme , avoir congnoissance de tout et de tous; et pour ce faire se party de Tours lui sixiesme, là où il fist cryerà son de trompe : que nul , sus paine de mort , ne s'avanchast de le sieuvir. Et estoient ly et ses compaignons abilliés de gros drap gris , rudement , en manière de pèlerin ; avoient chascun une grosse rude patrenostre pendue au col, qui estoit de boisiEt délaissant son chemin vers Poitiers, alla visilter toutte Guienne, tout Bourdeloiset touttes les marches et contrées comprises dedens. Et jà- soit ce que la famé courust qu'il allast ainsi seul, tousjours le costioit à ung logis près la garde de son corps, qui estoient environ six vingt hommes combatans. Sy n'y ayoit homme en son royalme , nourry ne appelé de ceste compaignie , qui oneques le sievist. Si passa une saison en ceste Visitation faire, qui estoit estrange à ung tel roy, mais certes, en qualité aulcune, digne de los, par ce qu'elle mouvoit de vertu et de vaillant esperit , et qui povoit rendre fruict si la poursieulte et les dépendances eussent esté touttes de meismes. Car certainement plus actif engin ne plus esprit soubtil n'a voit eu longuement par avant en France que cestui, ne mieulx recueillant en ly touttes choses par une légière conception. Mais le
volloir ouvrer et faire de sa teste, et présumer de son proppre sens devant aultrui conseil , lui fist donner des nettes en couvertes bouches, firent engendrer froidures en coeurs de ses subgects envers ly, et acquérir renommée non convegnable à son estât, et peu d'amour et de grâce de son peuple qui se troUvoit pis qu'aveucques son père, jà soit-il que le coeur de ly estoit noble et son engin soublil par merveilles. Mes la multitude de son embrassier lui fist peu estraindre en la mulliformité de sonastivementconclure, el lui fist faire souventchose estrange. Dont, par ce qu'en sa coulpe avoit du los et du blasme , les mille qui y debvoient estre participans s'en povoient parer de la coulpe.