CHAPITRE LXII
Comment maistre Rolland Pippe se rua par désespoir .^, en ung puis à firnxellcs.
Le duc de Bourgoingne estant encoîre mallade, à très grand dur se povoit ressouldre , par ce que devenu estoit jà anchien et tant mis au bas que plus grâce de Dieu, par pryère de son peuple , le tenoit en estre que povoir de nature. Dont de tout le temps que jà avoit duré sa maladie^ par l'espace bien de quatre mois, durant lequel temps n'avoit oncques oy nouvelles du roy , sinon froides envers ly et plus de mélancolie dignes que aultrement , comme cy après se dira. Sy m'en t^jis à tant , et viens à maistre Rolland Pippe dont cy devant est faicte mention, qui s'esloitrué en ung puis à Bruges , et rescous par sa femme et ses serviteurs, et depuis avoit mengié ses mains; et reoiis en bon ploy, mandé à Bruxelles pour venir à son maistre le comte de Charolois , y vint et y fut rechupt, et gracieusement supporté , pour cause de l'accident passé ; et ne cuidoit on fors qu'il deust csjre homme de bien et bien sensé comme aultresfois. ^y advînt ainsi,' que la ducesse mère du comte estoit là et qu'elle voloit traire raison des officiers de son fils, comme qui avoit tout son faict en sa main. Si feist doulchement arraisonner ceslui maistre Rolland pour une somme de deniers deue par ly. Dont ledict maistre Rolland , entrant en mélancolie , et sieuvy de près de cellui qui aultresfois l'avoit tenu , ung soir que gens de bien Taltendoient au soupper , envoya louites ses gens arrière
IM
GEORGE CHASTELLAIN
de ly à fsâulx fi^ettaj^; et caïuoe ye seiiioit à «oliitude pour faire esploil , prist une gibl>ebièi'e que porUM! â 6a ciaiuture et la uiist eu sou beiiig ; et veuu à uug f hiîs . 8ur jour faillaot, eoiprèb m>o logib, t»e Ix^uia dedens, 6a teste devaut, et be laibba cUeoir au foud ; la où |>re&lenieut , couiioe je oy dire , uue l'emiiie après vjut fiour pujTMer eaue , qui dedeos le puis oy telle et hi borrible ooyse que, touite espo-
son Ilaolpliiné et es Savoie /«! que ettoît daulpbÎD, &es gens soUoient avoir i municatioD et hantise aveooqnes le FraiAcliisque duc de Milan et avencqa» ks gens, et q ue. ad cause de celle oomainiiicaiiai, il s'engendra une anûstié envers ledkx de Milan, et luy portoît le ^iamlphin favear^ v^odlui de Milan mainlenant vovant son voisa di temps passé estre devenn roy , dâibén de
ventée de |>eur, s'en fuy, et s*en alla faire le ' l'envoyer conjoyr en son nouvel règne et de
coule à S4fs voisins. I>es quels y allant en Biultitu^le, et fas^tans le fons de leurs seaulx, y sentirent euipebchefnent et (;rand encombre ; et fîiiablemeat , après diligence qui y fut mise fktpuv M;avôir que c*est/>it , maistre Holland le mihi^vMa et de niale heure né fut trouvé chel v. et thiré hors. A voit su gibix^ssière en son seing et quiii/e florins de Khin dedans, liont les int4frpréialions lurent faictes diversement , tant de la persfiune comme de sa manière de faire ; mais nul puur Tlieure d'alors n>n osa parler au duc, [K)ur cause que l'oevre en es- Uni triste et laccident mélancolieux pour uog mallade.
CliAPITRK LXIII.
CoiiiiiieiK le roy envoyn en divers lieux de ses aiiihassadeuri ; et couiiiieiit le duc de Milan lui envoya «uibasHAdes.
Le roy en ce temps ychy uvoit régné environ syx mois. Dont , dès le premier jour qu*onc(|n(ïH prist couronne^ no cessa en teste de Hiibtiller et meitrc iiouvclletés , comme se foutie la lerre doiisi clieoir en sa disposition. Kt tant eu embrassa ù son premier entrer en règne, (pie ù paiiie à nn^; 1res prudent (;t puis saut roy longuement régnant esioii possible d*en traire bonne yssu(i ; i uninie <le Paris sy losi tpii» se sentit couronné, envoya à touUe3 les nations d'ilalieiaux ungs mander amiliié, aux aullres munasche ; eiquéroit, ce sembloii, à donner à 4'on{;noislre à cliascun coninuMil «sli>ii iMilré en rè{îne nouvt»au roy , el que loulle nation chresiionue pourtant sVn devoit «enliren nnt^ manière ou enanllre, comme bit»n vray est. Mais tels ras se doibvent l'aire à poix el à mesure et en temps ei en lieu *ù comme du ten>ps que soUoit dcmorcr eu
luy offrir honneur et servioe de son poroir. Et en effect niist svs une fannlte et n jble bassade des barons de son pavs, et vcelie voya à Tours. De laquelle quand le roy en fut adverty, envoyai ande^'ant sa clievailerie aveucques plusieurs prinches de son sang, et les fist solennellement recepvoir â Tours , et par plus grande cérémonie qu'il se duisoit, clie disoit-ou lors. Mais i penser faict qae ce faisoit-il pour tant mieulx venir h aulcune fin où il tendoit, comme , s*il le povoit gaignier sien, le remannant dltalie par ce moyen ploieroit devant ly . Si leur fist le roy graml chiëre ; et les festoya et conjoyt ; et enquist moult de Testât de leur duc, qui pour ce temps là estoit mallade et avoit langui une espasse. Le seigneur de Cbimay , nommé messire Jebaa dcCroy, enestoitvenu tout fi'escliement aussi, et cstoit meismes à Tours à Tlieure quand ceste ambassade y arriva, et lequel avoit laissé le duc de Milan mallade. Ycellui de Croy tendoit fort à retourner vers son maistre le duc, lequel dès le parlement de Paris Tavoit envoyé vers le duc de Milan pour avoir passage et conduite en ses terres et parmy ses seignories en l'emprise de son voyage. Et lequel s'estoit olFert en tout eu duc do Bourgoingne touchant cecliy et plus grand cliose; car lui présenloit corps, et biens et pays et seignories, ettoutcequ^avoît au monde, jusque» à femmes et enfans , et de le servir meismes et accompaignier en son voyage , se à Dieu piaisoit que recouvrer peusi sa santé. Et si désiroilnu)ult à retourner ledictCi*oy devers le- (|uel, du gré et congiédu rov. Si party de Tours el vint à Bruxelles, là où trouva uneaultre ambassade du duc de Milan , chargée sur la matière (|uo ledict Croy avoit esté devers ly. Si tist le duc liaultement recepvoir et festoyer les Miluuuois^ tant pour rexposemeng
de leur charge qui esloit agréable , comme pour ce queledîctduc de Milan leur maîstre Tavoit déservy en maintes manières envers ly, par ses gens, prinches et barons passans par ses pays, aux quels avoit faict honneur et chières les non pareilles de la terre ; si désiroit bien le duc de Bourgoingne rendre tel pour tel, et de recongnoislre d'où estoit meu le bénéfice premier de francq noble coraige. Mais comme Milannois de leur costé sçavoient leur maistre avoir longuement langui et que cela lenr estoit matière de mélancolie et d avoir le cuer pensant en arrière, encoire leur vint matière de tristour plus grande ; car vindrent nouvelles que leur prinche , le duc de Milan, estoit mort. Dont leur annuy s'accrut au double, jàsoit ce que n'en feust rien ; car vesqui longuement depuis et régna fort et puissant, comme il apparra par les comptes qui s'en feront et^qui seront dicts, meismes de nostre matière.