CHAPITRE LXI
Comment le duc Philippe rencheost la deuzlesmc fois en
griesve maladie.
Le duc de Bour^joingne en ce temps encoire estoil griefvement malade. Geste maladie lui prist d'une fièvre très aspfe, au comchement de laquelle touttesvoies , par aydde de médechins, fut mitiguce et réduite à ploy de bon espoir. Mais la rencheute y sounint qui donna la manace de la mort. Si vou!t Dieu ainsi , que la ducesse y estoit, son fils pareilloment le comte do Charolois, et le comte de Sainot-Pol. Dont quand ce vint à la rencheute là où yisoit le péril , ledict de Ciiarolois meu de bonne nature filialle, se attendrisi moult ; et pensant plustost remedyer en paternel mal par pryore du peuple que par secours de inédechin , envova subitlement à tous lez mossaiges dehors à touttes les bonnes villes des pays, leur si>;niffyer son grief affin do pryor Di«'U et do faire pi*ocession pour lui eu rad\anohomoni do sa ^'^urison. Et tellement se monsira on ceohy \ray et naturel que tout lo mo^vlo lui on donna K>. Et on effeci en furoni tV.is W> drbxvlrs p.jr ttlle humilîiê ol ;îvd:'ui oii um:: s ît s \ .î'.^ s. i^uo k.v somî»!able il u'oi^i raômolro eu i.^ js,ri <u fa;ci de prjer
CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. —!'• PART. Idt
et de fondre en larmes. Car oncques prinche n'avoît esté veu si aymé de ses subjects , ne tant souspiré en cueur de le perdre si tost , qui réputé estoit ^ et à eulx et à aultrui , le brach de protection et la forme et règle de Thonneur de preud'homie du monde. Une entre touttes les aultres villes des pays , Abbeville , qui est ville royalle , fist en cest endroit chose singulière, parquoy elle requiert aussi ung singulier compte qui moult la glorîffye. Il est vray que comme les messagiers avoienl commandement partout d'aller à touite haste du monde battans et férans et sans prendre repos , celli qui venoit vers Abbeville , il y arriva tout tard en la nuyct , à telle heure que la moillié du peuple estoit couchiéc. Faisant touttesvoies ses cris aux portes pour susciter le guet, fut faict entrée; et vindrent vers ly les aulcuns des gouverneurs et des principaulx pour enquérir de sa haste si importune et la cause de son venir. Si leur bailla les lettres de par le comte de Charolois , et leur dist de bouche che qu'il sçavoit du cas, qui tous surpris de ces nouvelles se thirèrent ensemble , visitèrent les lettres et les conchuprent en dolleur. Et prestement , d'une ardant amour pytoyable , envoyèrent en la grande église sonner toutes les clocques, par tel estonnement que tout le monde s'esveilloit du cas; et ne sçavoit nul que che vouloit dire, car c'estoit chose toutte extraordinaire et non oncques oyc plus. Si se levèrent grans et menus; et par tourbes et multitudes s'en vindrent en ladicte , enquérir de ce merveille. Aultres thirèrent par troppeaux vers les seigneurs, là où ils les pcnsoicnt assemblés. Et là venus et informés de la cause de cesle sonnerie et des lettres envoyées, tournèrent à clameurs et à cris et à battre maiuf par compassion. Et concluans tous ensamble et d'une commune voix de eulx mettre en oration dévote toute celle nuyct pour leur prinche {lisant en péril , tous s'en allèrent en la grande église de Sainct-Effrem , misrent jus le corps saint , firent de grandes allumeries merveilleuses , firent sonner les cloches loutle nuyt , se coniindrcnt à gcnoulx , joindirent les mains , fondoiont larmes par ondées , esternissoieiîl leurs corps à terre tout plat en grand nombre. Et non cessèrent de orcr et de
pryer, plorer et gémir toutte nuyt jusques beau jour. Et matin firent leur procession généralle, leur messe et sermons, là où amour se monstra oultrc passe et si grande que jamais à dix fois près on ne l'y eust espéré tel. Parquoy il sembleroit que ce leur mouvoît de divine inspiration, qui désiroit estre requis du peuple pour ce prince, affin de monstrer ses vertus en ly et sa grâce pour aulcune fin , et affin aussi que le mallade tant plus se tenist obligié envers ly, comme plus se trouveroit cscappé d'ung grand péril par aultrui pryère que la syenne. ,