‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 175 sur 494 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Gomment le roy d^ Angleterre fist faire processions et scniKms pour faire déprécalion pour le dict duc malade.

Lu nouvelle de ceste maladie et du péril

en quel gisoit le prince s'espandy en diverses régions par les marchans de Bruges , qui ce segnifièrent en Angleterre et en Espagne. Dont ceulx de Lond res , meismes le roy Édouart, en firent processions généralles, sermons et dévottcs solemnités , là où communes pryères furent enjoinctes à tout Tirniverscl peuple pour ce prince , comme cely du monde à qui le royalme d'Angleterre estoit plus tenu , che fut dict lors , et de qui dépendoit le salut et toutte la tranquillité d'icellui. Laquelle chose sambic estre estrange, entre touttes aultres choses advenues, [que les ennemis naturels de la couronne franchoise prient et fâchent processions en leur souveraine cité pour le plus vray amy d'icelle , car oncques cas semblable n*est advenu jusques ad ce jour. Par quoyjl convient dire, ou que l'émouvement en est venu de Dieu qui ainsy Ta volu , ou son eur terrien a esté plus grant et plus merveillable que de nul auitre. Pareillement en Paris , le hault glorieux trosne de France, et là où, du temps du roy Charles defunct , on n'eust osé nommer le nom de ly qu'à dangier, là se firent admirables clameurs et pryères pour ly, aussi processions généralles , cessations de labeur, sermons publicques, solempnelles messes^ èsquelles tout le peuple fut exhorté de fafre ses pryères à Dieu , pour le salut du royalme et pour le vray pilier et sousteneur de l'honneur de la couronne de France. Et tant y monstrèrent ardeur et affection que , pour leur proppre roy , tant peust estre aymé , ne eussent peu faire plus. Che sont doncques deux cas admirables ychy et non oys oncques paravant , comme de deulx diverses royalmes ennemis Tung à l'aultre porter ceste dilection à ung tie^ch , dont de tous les deulx il avoit esté hay ', mais ainsi scet Dieu muer les cuers des hommes , et tourner là où il luy plaist , et après baynne portée contre déserte, faire monstrer dilection débitoire après bonté congneue. Si n'est pas scullement merveille de ces deulx royalmes envers lesquels ce prinche ycy avoiL déservi qu'on en priast , mais ce qu'il faut à amirer sur tout, c'est des Liégois qui l'avoient hay de mort. Ceulx là en leur cite souveraine en firent processions comme les aullres , et en ^firent solempnelles

GEORGE CHASTELLAIN

pryèrcs et dévotions*, comme tons meus à doileur de sa perte. Dont pour ce que l'interprétation y povoît esirc doubtense, comme aulcuns leur demandèrent dont ce leur mouvoit , ils respondirent : que constraincte leur csioit d'avoir tousjoursvoysin et voysins, et que pourtant, tant que ce prince, ou aultre après Iv, tiendroit les seifoiories touttes ensemble comme cestui les tenoit , il leur estoit nécessaire de unité avecque ly et de temporisier. Dont, pour ce qu'ils congnoissoient cestui en sa liaulte conduitte et sens, etavoientlonjbement vescu emprès, ils prioient Dieu que lon{juement le leur {;ardast,car estoient plus asseurs de ce que congnoissoient , que de ce qui estoit à venir. Et jà-soit-il, ce dirent encore, que murmure eussent maintenu pluiseurs fois et questions contre iy , en apparence de débat, touUesvoies scntoient que son sens et sa gratuité leur avoient esté proufifitabies à eulx meismes plus que leur mérir; et tousjours les avoît traictiés en justice ; en quoy certes , et seloncq le jugement qu'il s'en puelt traire , ils lui donnèrent ung très cler tillre, et à eulx proppre, qui leur cas recongnoissoient,, une loenge de chose bien faite*

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