‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 189 sur 494 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Comment ichascnn mnHnnroitXIéemont de 1* prînsc de ce Johan Toustain , et comment fut mené k llîpplemonde.

murmure ; et ne faisoicni nobles gens et aultres que oreiller ensemble , ei tenir devises de cestuy accident ; et n'y avoit homme qui ne s'esbayst , comme se cornes eussent eu en la teste, quand, par une nuyt entre deiilx jours , la fortune d^ung si grand homme estoit changée et muée en confuse délcncion de main mise , pour crime de lèzc magesté divine et humaine ; et de quoy son exaltucion par vivant eue estoit maintenant dt'priniée en la boiice des hommes, comme du plus mauvais du monde. Or convinrent le seigneur d'Aussi et le seigneur de Cricnccnr, au milieu d'culx deux , sans lyens et sans riens , an milieu de la ville , par Bruxelles avecques les arcliicrs de corps d'entre. Et eulx venus hors la porte au mylieu des champs , fut commandé lors aux archiers de non aller avant ; et les deux chevaliers menèrent tandis Jehan Toustain a part; et tyra cely d'Aussi hors de son sein lors unes lettres , lesquelles il bailla à lyre au dict Jehan. Dont ly qui les congnoissoit , car les avoit escriptes, devint tout mort en les lisant; et percent lors que son cas estoit tout attaint. Si Ini dirent les chevaliers : « Or chà ! Jehan ! vous voyez ce qui est; il nous convient faire ce qui nous est commandé. Il fault que nous vous menons prisonnier. » Et alors firent descendre aulcuns arcliiers , et luy firent oster les espérons, et le lyèrent très bien de cordes ; et en cest estât le menèrent an chasteau de Ripplemonde , an quel , soingneusement gardé par les chevaliers qui n'en bougèrent, le lendemain y vint meismes le comte dé Charolois , le seigneur de Croy , aveucqnes ly le bastard de Bourgoingne et l'évesque de Tournay, pour Tinterroguer au vif. Et de foit, sans gehayne et sans riens , confessa tout son cas et son mauvais en^prendre; mes n'en cuidoit morir pourtant. Et ftit pris aussi et mis au meisme Heu Jehan de Vy, l'accuseur , sans savoir l'ung de l'auUrc ; et pareillement fut examiné cely aussi, et gehainé jtisques à soy accuser en crime digne de mort. Or avoit le comte ung peur en ly : si d'aventure il diffSroiH longuement à faire juilicé dé ce mauvais homme » que Mr micnns moyens venus Bruxelles à ceste heure estoit plaine de i du dm w V ji extresme

GEORGE CHASTEUAIN.

rigueur, ce Jehan icy trouvast sauveté et évasion. Or désiroit fort le comte à prévenir à ce et à en mettre le dangier dehors. £t de faict , par le conseil de ceulx qu*il avoit admenés avec ly, estoit condescendu en sa mort , ains tost que tard. Et de fait le fist confesser par ung maistre Ënguerrand, son confesseur, docteur jacopin , lequel Tadvertit de son salut , en ly disant en brief que morir ly convenoit, ce que ne voloit croire. Et estriva longuement contre ly , comme si espoir eust, en qui que fust, de son eschapper. Enfin toutesfois tant le lui dict aigrement et trcncliamment , que son présomptueux penser se mattist. Et se confessa une fois , deux fois , trois fois par poses , et par Tincitation du bon confesseur .'qui quéroit son salut , avec vive attainte peut cstre de son mauvais secret. Si advint que , entre aultres choses , il voulsist dire et révéler au comte aucunes choses , lesquelles il désiroit moult qu'il les sceust après sa mort; et estoicnt choses comme Ton disoit bien abhominables , en Toyc du confesseur, entendant au salut du confessant et pareillement à Tutilité du comte pour Ten advenir tempre et d'heure , lui disant : *^ Jehan , mon amy ! vous estes maintenant en vostre derrenier, là ou ne devez avoir regard à nulle riens terrienne , fors à Dieu seul et à vostre âme. Et congnoissant que vous ne povez plus sauver icellequepar vérité dire , et recongnoistre vos pechiés , je vous enjoins doncqucs, pour toute penitance , que les mcismes mots que vous me dites , vous les exposez à monseigneur le comte en Kccret ; car moy qui suis ung povre mendiant , ne sauroie tels mois mettre avant , ne en feroïc à croire. Et pourtant, se vous voulez sauver vostre âme et obéyr à vostre pénitence en ce monde , f[)ictes ce que je vous ordonne. — Voire! ce dict Jehan Toustain, cl comment le lui diroie-je hélas! il nevouldroit point pju'Icr à moy. — Si fera , ce dict le confesseur; j'espère de vous y faire parler. '« Si alla devers le comte ; et lui conta non pas sa confession , mes la nécessité salutaire qui gisoit en parler à luy. Si y alla le comte; et descendi en une terrace de »>lastnî/ là 011 Jehan Toustain estoit jà tout Ki en sa chemise , comme eu la main du

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bourreau. Et là le dict Jehan parla an comte à part , et lui dist ce qu'avoit dict au confesseur. Dont le comte , en oyant parler le pécheur , mua couleur souvent , et fit continuellement le signe de la croix, paradmiracion de ce que lui disoit; et plain de peur et hyde se retray devers ses 'gens en une chambre, de laquelle par une treille il veit exécuter |le malheureux ; lequel en la^main du bourreau , et à l'heure qu'on lui avoit bendé les yeux , tourna à parier à Dieu en sa grosse naturelle langue bourguinotte, la plus grosse et rude qu*oncqi/es on i'avoit oy , formant ses mots en sa grosse primitive nature , et disant qu'oncques si grand pécheur ne fut comme luy. Finâblement il tourna en regret sur sa femme et enfans , là où maistre Enguerrand Tincrépa arrière , disant : « Gomment déà! Jelian! vous m'aviez promis qu'à nulle riens terrienne vous ne viseriez , fors seulement à Dieu prier mercy. Voulez-vous cbangier vostre bon propos? Mon ami, tournez tout vostre cuer à Dieu ; et ne vous chaille du surplus. Rendez à Dieu vostre âme et vostre cuer; car il est icy qui vous attent. — Eh bien! beau père, ce dict, je me rends doncques du tout à sa miséricorde ; et vous meismes priez Dieu pour moy. » Et prestement la teste lui vola jus avec le mo.t, et fina. Et tout à coup , Jehan de Vy, qui estoit prisonnier à par soy en h meisme place , fut envoyé quérir pour le mener à la mort. Lequel , quand vit le confesseur qui de cela l'advertit, durement esUriva à l'encontre, disant : « Gomment déà ! j'ay accusé h trayson, et sauvé de mort monseigneur de Gharolois , et me Tcult-on faire mourir! Où est trouvé ce droit , ne où est cuer d'homme qui pourroit consentir à ce? je ne crerai, tant que je vive, que ce tort me doit estre fait par monseigneur ne par aultre. — Déa ! ce dict-on lors, l'estrlver ny vaut riens ; vous estes mort et condempné ; et est mort vostre aucteur Jehan Toustain , et en deux pièces ; par ainsi avisez à vostre âme , car venir vous y fault. — Sainct Jehan! non feray, ce dict lors Jehan de Vy. Si je ne vois le corps de Jehan Toustain au point où vous dictes , jà ne croiray que mort soit ne quo jo doye morir aussi. Mes vous me voulez espouveuier peut Icsivc , pour aultres fins.

[1402] CHRONIQUE DES DtCS DE — Jeban! l'cspouvanremenio'y esi aulire que tout à certes pour vous. Venez et vous veneK ce que vous quépez. ■■ Si alla sans retourner, et se confessa; et IJna par l'espée comme l'aultrc. Dont dommage fut et pitié qu'onques naquirent en ce monde , par espécial l'un , pour les conséquences qui en ensuyrcnt. Ce Jehan Tousiain estait vilain serf de tuute anciiieuneté au prieur de saînct Jehan de Lonnc eu Bourgoingne ; lequel , fortune depuis mena tantliault, quenultunt fut; ce qu'on aniiroil, car tant estoit puissant d'argent , et de dievance, tant en crédeoce et en aucloriié avecques son niaislre, que tous genoulx lui ployoient , et toutes faces lui monslroient révérences ; jà-soit ce que sa personne n' estoit bflle ne révérende , ne n'avuit meurs en tuy ni parolle par quoy homme y prîst gnice. Airs estoil rudde en son parler, despil aux moindres, fier envers ses meilleurs, conw vuiteux oullre mesure, rapineux à tous lez, triant de bouce; aimoit vilains et musclians gens, et de nul ne tenoit compte , ni non de ceulx. là où pouvoit avoir acqucst ; lu\urieux «toit; moult avoit face boulUc , yeutx comme bœuf boulans dehors, col court, paroUc légière, corps rondelet et courtes jambes. Et entre les aultres de son temps c' estoit cely où moins sembloil avoir dévocion ; car disoil OD qu'à paine le visi on jamais oyr dévote- Bient messe', ne aulniosne charitable faire , qui toulesvoics avoit trop le pourquoi. Dbnt pour fin toute qui se peult dire de ly, estoit Joui descongneu et ingrat envers Dieu et le monde, en semblant; et bien parut par les ouvres , qui le conduirent à fin de

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