‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 188 sur 494 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Comment Jehan Touslain fut mené à Kipplemonde.

"•nt le dimenchc matin, que Johan Tousit csu*e amené ù Rippiemonde par

Taggréement du duc ; et s*estoiC le doc allé esbattre bien matin en son parc à Braxelleé , pour eslonger le dict Jehan , et pour doiotner lieu à ceulx qui le dévoient elttmënér ; ctf meismes le duc lui avoit dit qit*il feiist présC pour s'en aller aveucques le seigneur fkusÀ. Si s'alla housser, et coinmanda i son batbièr de soy apprester aussi, là oh il le iiiéinrôit Si estoit ledict Jehan en doubte dé ôiaK mesure ; et s'estoit bien péreen que sur Idy avoit grand guet tonte la nnyt passée ël meisme à celle heure passée enicore. Si pri^ nng arc et des fièschés et fist semblant d7gnorer tout ; et s'en alla an pai*c avec son maistre , tyrant aux daims. Et tonsjonrs lé syèvy avoit l'oeil sur luy et le doc de Bourgo%gne, et aulcuns aultresqui oncqiiesn'etÉ pél^dirent la veue. Si lui redit enfin le duc ^*il s'alast housser et byr messe, et qu'après. il alast aveucques le seignent* d'Aussi. Si alisi housser, et commanda & ^h bàSrbièr de sby apprester pour aller tant seulement eoix deiit à l'cebat ; et le seigneur d' Aiîi;ii , qui savoH ce que devoit faîire, s'appresb séifiàblslble^ ment; et avoit devers ly tons lès archîërs de corps du comte son tnaistré , et hé fitfsoient qu'attendre la venue dûdict toii^in. Le quel , à tout son grand ferdedù dii! liîi pcsoit, se passa legièrement de la ttiéssé; et soy mettant devant l'huyà de sa cbânlbré, faisant dci bon compaignbn , réqnéroit nng cliascnn pour venir disner àvéncques ly , qui quasi ne trouva âme iqui ne lé fuyist. Enfin toutesvoies print un petit clergeaii', nommé Poncelet , qui le compaigna , car espoir ne savoit riens de son cas. bonôt lé dis-^ ner faict , et que le duc estoit à sa messe , Toustain monta contre mont, cuidant venir en l'oratoire devers le duc , comme il avoîi apprins auparavant. Si bncha, et ne lui responpondit ùme , car avoit défendu le duc que nul ne lui onvrist. Enfin toutesvoies nhg clerc de chapelle lui entré , par son impcrttiner huchicr lui ouvrit Thuys [un peu. Et Itiy violentemcnt et comme sans honte et révérence, entra dedens , enflammé comme ung sanglier devant les chiens, et disant irrévérammeut au duc :« Véez-moy ici ; que voulez -vous que je face ? où vrai je ?— Je vous ay dict , ce dict le duc lors , que vous en allez avec le seigneur

[Ii«4] CHRONIQUE DES DUCS DE BOUHGOGNE,— IP PART.

d'Anssî, là oh îi vous mcnra ! — ^\^dîre ! ce dîct ToustaÎD, lors est-ce tout? Est-ce qne j'aurai de mon service ? Par la mort ! dtg^ne beau sire , j*ài bien employé mon temps. Il me vauldroit mîeuix avoir servi un porchicr. » Et atout le mot , despiicment et plain de félonie , sans pToycr {;cnonlx ne sans dire ung mot courtois, pan de Toratoire, et lyre rhuys après luy si rndemeht qu'oncques il'avoit esté veu itiit pareil. Bien entendu loutesvoies que le duc , sur son si vilain parler derfenier , lui respondit froidement : « Jehan , Jehan ! je t'ay nourri trop gras. »> Et disoit vray; car oncques chair de vilain si grassement nourrie ne fut en tel honneur oultre son mérir. Si eschéyt que le seigneur de Croy et son frère , messire Jehan , èstoiênt pour celle heure en Toratoire , lors où ce Jehan se maintint ainsi , qni de son vilain dire et mésuser envers un tel duc avoient crainte et fréeur de Toyr, disans qu'oncques pire nourreçon n'avoit esté veue ne si vilaine. Jehan Toustain doncqncs, atout son barbier tant seulement , monté et acoustré , entra en la maison du seigtienr d'Aussi , au milieu d'une belle place qui là estott , et la quelle trouva plaine d'archiers de corps montés et habilliés en leur dcu. Aux quels, comme il les survéyt , parla à haute voix di* sarit : « Quefiiites vous ici, ribandai Ile?. allez vous boire en taverne? où voulez vous aller ?» Et tournant son langaige vers le seigneur d'Aussi : « Or chà ! longuet ! ne serez vous prest meshuy ? >» Et faisoît ainsi à courage faînt, comme se riens luy fust de son dangier, côrbbien que à imaginer fait , comme j'entendis , qup le duc lui avoit dict aucunement le cas. Mes le meschant se fyoit tant de son maistre , qu'à paine doubtoit il son meschief et qn'enKn n'en vuydast sain et saulf; car estoit puissant, et si aveuglé en sa fortune que nulle riens ne povOit l'éspouiranter, ce luy sembloît.

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