‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 201 sur 494 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Gomment le seneschal ptirla pour et au nom de la royne «lu duc Philippe.

Geste première devise ainsy faicte, la royne, tournant l'oeil vers son chevalier le seneschal, luy dit que parler voulsist pour elle et

jaulx sauroit faire que ly.

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GEORGE CHASTELLAIN

Si se mîst le séfteschal à genôulx ; et comme coQStumicr de beau parler/mieux que homme de France en estât de chevalier , commença à dire t « Mon très redoublé seigneur, Jà-soit il que' peti coustumier soie de vray dire , et, qu'en manière d^un mondain parler, mes propres amis meisni^es ne me croient pas tousjours , toutésToies présentement , contraire de mon usage , me Toy et tréuve codstraint de difevray, et de tous dire, combien qu'en vis, celle Teirité que j'ai conceue et acceptée en charge. Mon tfèsredoubté seigneur, veci que là roynë d'Angleterre , transmise devers vous de parlé roy son mary , est libéralement venue, meisitie de propre courage, pour soy parer et excuser envers vous de multitude de rapports à vous fiiits , tous tendans à une fin de dure inimitié envers vostre seigneurie plus que d'autre vivant ; et par les quels rapports , comnfie la royne ici en présent , ensemble son mary, ont peu concevoir et entendre, vous ave2 peu avoir^cuer indigné contre eulx , et Don bon , comme non merveilles ; car s'ainsi eêtoit comme Ton vous a fait' à croire , ce TOUS sefolt matère de juste inimitié devoir fermer et avoir formée contre eulx, et de quoy s^en donueroient le tort. Mon très redoubté seigneur, le roy d'AUgleterre et la royne cy présent , vous reputent entre tous les princes chrestiens ung de singulière recommandation ; et ensieuvant la généralité des hommes et les voix qui voilent par les régions , vous recommandent le plus souverain en gloire et en terrien honneur des princes vivans, et là où plus reposent et reluysent glorieux faits , vertus, bontés et clarté de renommée, jusques meismes à la rondeur de la terre estre plaine par singularité de Tostre famé ; là où >oy, aujourd'hui , ne de Tong temps , ne devant vous , tant ay t labouré ne tant ayt eu de bon heur, et avancement ne a sceu parattaindre. Par quoy, quand vous estes le prince en terre de vostre estât qui n'avez pareil , et que vraytembiable est que ce meisme soit en vous par quoy les bouches vous eslievent et préfèrent, et que meismes vivans livres et recors en sont pleins , et les ont veus , ne me puis deffier doncques, qu'en ensieuvant le tiltre de vos vieilles meurs, ne les doyez desployer au-

envers amis et ennemis avez grftce el fait d'avoir esté piteux et tyrable à clémence , ft oyr constamment excusation , à jvérité sentir et entendre, et après innocence sentue en cuer perplex , de revocquer vostre indignacion et de la muer en amour et digne affection. Ne doyez aussi maintenant envers vostre prochain sang vous monstrer tel , et qui estes ung des haults du monde, et dessoubsDieu et dessoubs fortune plus aspiré de faveur, avoir compassion et regarid en envers vos consamblablés venus h décadence , là où vertu et haultesse de cuer, par nature de l'estat , vous doivent mener triste. O doncques, mon trèa redoubté seigneur, qui voyez la royne ici présente , vostre si prochaine en sang comme chascun scet, avoir esté l'une des plus haultes princesses du monde et des plus puissantes , et estre tournée maintenant par tyraYmie, par cruaulté, par desléaulté d'homme, et par perverse variable fortune non jamès oye telle , en misérable povreté, en expulsion de son thronne , et en toute confuse subversion de son estât; certes , a espoir icelle , et ne s'en peut deffier aussi , et moi aussi peu , que ne doyez par compassion la regarder ; et posé qu'à vous riens ne impute de son infortune , . et ne content à vous traire en sa querelle , que ne doiez vouloir au moins son bien , son honneur et son ressoudre devant ses ennemis forfaitem^, qui riens ne vous sont, fors d'autant comme ils ont sentu et sentent que de vostre part leur est venu leur prévaloir sur icelle , qni aultrement ne vous sont riens de sang ne d'obligacion , si non que, en vous informant sur ceste noble royne et son mary pour vous indigner contre eulx, vous ont fait eslonger de charité naturelle , là où vous la debviez , pour leur prester faveur non desservie, pai^dulacion cauteleuse. Mon très redoubté seigneur , bien scevent et de long temps le roy et la royne présente : que divers maulvais langaiges vous ont esté recordés d'iceulx , et que mains pesans fardeaux leur ont esté mis sur le dos touchant vostre seigneurie , et dont meismes ceulx qui ce vous ont fait accroire et sur les quels on se veult rapporter scevent bien que le tort en est devers eulx ; et ne sauroient mettre avant ne

jourd'huy semblables à Tostrc nature , qui maintenir estre vray , comme : que le roy

i44fâ] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. — IP PART, 227

Henry et la myhe présente doivent ûToir citiis ôii pHipoêé de vous conrîr sus , aveaccfuès les Franchois , et qiie à eéslfe câttée les FYttifchom iMaintëtiiiiis leur parti» contraire do dw d' Yorck , doivent ttVolr tendu louSjburs pour deprftner TauUre; la quelle chose n'appert. AirtS , èe Frarichois sôftt vetiuS en lenr a^, du requis eii faveilr , Ce n'ont fait Ibrs èii droite juste et léalè querelle et liltt^ raisonnable , comtfiè qui aU roy d'Anglètefrc fletiry et ù sa femme prësehie doiveitt, îîelort Dieu et raison , selon droit d'honttbiir et de nature ^ porter faveur, là où le dirt it)y Henry est nepveu au roy Charles derrcnier mort, fils de sa seur, laroyne présente , niepce de la royfio de France vivant aujourd'hui, fille de sou fiérë, mariée meisntes et doiiiiée e^ôUsè par le roy Cliarles , que Dietf ay t ï et livrée en sa maison au roy Henry de présent, ffidintenn lors et encore vray héritier de la couronne angfloise , possesseur paisible du royaltne sans contradiction. Dont depuis , en Tessourse et en la côntinuance de là rébellion contre luy de cèulic de son sang , et à cause dé non souflVables ne tbllerables entreprises faits par iceulx contre leur vray et naturel seigneur sodverain , le roy sùsdict et la royne , non merveilles , ont quis et requis confort à ceidt ùh espoir leur a donné à entendre que deflfendre on tes detolt d*oppression. Dont , si FTanchois y ont volù vacquer, ils ont fait leur debvoir comme tenus par sang , et si les oppressés ont quis leur assistance de leur main , ce leur a faict contraincte de leur dur affeire. Mes pourtant R*at^uê point ane ceste qnestion ne se AiisoiL au contraire de vous , qui au débat eswurs contre le roy Henry n*avfez coulpe ne cause. Bien est vray et clèrement congneu du dict roy et de la royne présente $ et bieif Font peu avoir dict : que s'il vous eust pieu amant favoriser avecques eulx eomme avecques le paity contraire , tl leur en feust de mieult , et ne faussent pas venus à ceste fin. »

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