CHAPITRE XYIII
Comment la roync d*Angletcrre se présentoil tout humble, lÀ 011 auparavant elle s'estoit mainlenuela plus fière qui vesquit.
Moult sembloit estre chose eslrange et digne d'admiracion que la venue de ceste royne icy devers le duc en telle humilité et con- Iraincte, qui jnsques à ores avoit porté le renom d'avoir esté la plus fyèrc envers ly et la plus qui vesquit, et de qui les haines, comme soit qu'elle s'en estoit excusée , es-. toient plus apparues et prouvées, combien que le duc lors, par pitié do haut couraigc les laissa couler sans en faire poix. Si en faisoient les imes bouches et les aultres diverses interprëticions, disans aulcuns : que moult estoit chose esmerveillablc et quasi de Dieu dressée , que non pas tant seulement ceste royne, mes tous aultres du monde ennemis à ce prince , Dieu les lui envoya en ses mains humiliés. Et en avoit -on tant veu d'expérience avant cest, que tout oeil se povoit esmerveiller de l'aventure et de sa glorieuse fortune. Aultres disoient : que c'esloit péohié de son grand orgueil passé qui l'amenoit à ceste nécessité ,
par recongnoissance de son tort qu'elle avoit eu contre ly. Aultres disoient : que c'estoic ung vrai jugement de Dieu, suspendu longuement depuis la mort du roy Ricbart , le quel piteusement et en grand dueil avoit esté privé de sa couronne , et confusément mis à mort par son propre sang ; dont Dieu , maintenant, sur le troisiesme hou* envoya la vengeance du délict, en le souffirant despouillé de la coronne mal acquise, et estre depuis misérablement et à toute povrefé sans avoir pied de terre sien ; et de quoy ceste royne ici, cause et esmouveresse de tout par les parties qu'elle avoit prinses du régnant de son mary, portoit lapugniciondeméiie. Dont, parce qu'elle voyoit maintenant et sentoit la congrégacîon des deux rois de France et d'Angleterre estre à Sainct-Omer pour faire treivcs entre les deux royaulmes , doubtant ce pouvoir trouver en son grief préjudice , venoit à mercy maintenant à ce duc qui cause estoit et mouvement de ceste convencion , et avoit les deux roys et leur royaulme en sa main pour les mettre en concorde , là où de Henry le débouté ne de sa querelle ne seroit faicte mencion, ce pensoit , si non par ramentevance d'elle -, qui meismes s'y estoit venue ofirir en confiance de sage et de prochaine parente de ly elle , comme au derrenier refuge. Et certes vray fut ; car au monde n'avoit recours nul que cestuy , ni en son père le roy de Cécile qui riens n'y povoit , ni en son cousin germain le roy de France , de qui le roy Eduart ne tenoit compte, ne en son oncle aussi le comte du Maine qui trop y estoit feble , ne en quelconcque aultre de réal sang franchois , par ce que fortune alors estoit toute muée et devenue aultre que ne soloit estre du temps du roy Charles , en qui se soloit fyer d'afde et de confort par son hault sens et régner ; dont seulement , comme exemple et preuve, estoit remets ce bon chevalier messire Pierre de Brezé , grand séncschal (4), de
(1) Pien-e de Brezé , comte de Maulévrier, sénéctial d'Anjou , de Poitou et de Normandie , dont George CliastcUain parle dans tontes circonstances afec tant d'éloges , fut tué à la bataille de MonUhéry le 44 juillet 1465. Il y commandait Tavant-garde et était vèta de la cotte d'armes du roi qu'il avait prise pour donner lechaDgcàreonemi.
qui tout le surplus des Franchois avoit tiré service léal et chevaleureux exploit jusques à non en povoir plus , et le quel maintenant , avec le iu)ttvei roy Loys regnmit , n'avoit ne auctorité ne povoir ; ains comme se Ton Teust voulu perdre y ainsi que Jason fut envoyé en Golcos, fut envoyé àveucques cesle royne en Angleterre combattre là sa querelle , lorsque Henry expuls vivement de son royalme vivoit mendis et par emprunt en Ëscosse ; certes là où cestuy chevalier telement se porta et tant y monstra de sa vertu, que, au contraire de ceulx qui quéroicnt peut estre son mal et son perdre, il multiplia et accreut sa gloire et refortifia sa fortune. Et n*avoit point tenu en son hault vouloir que son maistre le roy Henry, le quel il servoit , ne fust ressours en honneur. Mes là où les dispose-, mens célestes contredisent aux labeurs terriennes et humains exploits , là se monstrent vertus et haults couraigès pour néant , ce luy sembloit, et ne s'en pcult traire efficace.