‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 204 sur 494 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Conuneut la royne avoit espoir, par la prière du duc que son affaire serolt favorisée.

S EStoit venue doncques ceste royne ici, comme j'ai dit , à son dernier refuge , le.duc de Bourgoigne , après avoir essayé sa fortune en tous endroits d'armes , de sièges et de batailles en la main du seneschal , et tout en vain. .Parquoy non ayant mes espoir en vaincre par force, jugea povoir estre possible de soy relever par pryères, et non en aultre main que par celle du duc son cousin, le .quel sentoit estre la cremeur de France et ' d'Angleterre, et en qui seul les deux faveurs tournoyent leur révérence; comme de qui nul des deux roys n'avoit honte de confesser et de dire publiquement : que leur couronne, leur régner et leur estât tenoient do luy, et que de leur prospérité et victoire ne fust riens, si non soubs son ombre. Parquoy, quand elle vit que les plus haulx et les plus puissans roys de la terre , et non pas tant seulement eulx deulx , mès^quasi toute là crestiennctc cstoit en cestc congaoissance > jugea

bien estre convenable qu'elle, povre, misérable royne sa parente, y povoit et devoit venir à recours devant tous vivans , quand nul n'avoit en la terre pour celle heure , qui en son dur et mal-eureux mes-avcnir lui povoit donner consolacion d'aulcune bonne attente , se lui seul non. £t par ainsi, comme diverses gens en faisoient leurs interprétacions, y avoit eu diverses causes aussi en ceste sa venue devers le duc, par longues méditacions digérées, et des quelles le bon duc nul n'accepta eu vanité ne en élacion de cuer, mès^en simple charitable regard à noblesse , et à toute entière intencion de bien faire pour Tonneur de Dieu , à qui , non à soy propre ne à son mérir, il imputoit l'onneur de ceste besoingne , et de mainte autre , comme qui ce sçay et puis aOirmer de luy : que là en ses haulx et vieulx jourstous les grands honneurs du nionde sur. luy se surfondoient ; et certes, comme plus lui en survenoient etsurcroissoient de jour en aultre, comme plus en fuyoit la gloire et le loer des hommes , et plus se ressentoit humble et moins digne d'en avoir grâce.

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