‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 206 sur 494 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Comment la royne et son fils passant par ceste forest trouva ung brigand , et de la pitoyable complainte que elle ût.

Or y avoit en celle forest coustumier repaire de brigans , et dont la famé par pays portoit d'estre impitéables meurdriers coppegorges. Si advint, et conune Dieu veult peut estre pour tant plus faire mytérienlx Finfortune de ceste royne , qu*ainsi que toute se tourmenioit en sa doloreuse adversité , et se lamentoit à son escuier de son ennuy , survint ung brigant hydeux et horrible en veue, prest et adonné à faire tout mal. Et meu comme visant proye à soy rassaisîer, ce lui scmbloit, en ce que avoit de coustume, approucha à la royne à intencion de y mettre main ; et pensant la calengier et ce qu'elle

très } mes après prise obtenue. Gomme doncques ceste noble royne véit ce ^ et ne pensoit fors que mort tousjours , de quel lez que venir pourroit, fust du costé des ennemis dont elle estoit escbappée , fut du costé des brigans dont maintenant véoit Tévident exemple, angoisses à tous lez à double mort la surprindrent ; et voyant que du péril ne povoit eschapper, si non par grâce de Dieu meismes, appela à venir devers elle le brigant , et le prévint en parolle ; et monstrant que d'elle ne lui estoit riens , morut ou non , envers seule amour maternelle y tourna ses yeulx vers luy en disant ces parolles : « 0 hoqime né de bonqe beiu*e^ se tu , après tant de maulx que tu peux avoir fais» te convertir puisses ji faire ung bien dont par tous siècles sera mémoire. Tu es, comme je suppose , ennemy à tous passans , et de nullui amé, doublé et cremu comme la mort, car tu la portes es mains ^ et ne sceus jusques aujourd'hui ne n'agoustas jamès que c'est de compassion ne de pitié , si non que le sang chrestien que tu as fait randir sur terre t'a peu commovoir l'humanité plus que de beste meue. Or a esté aultresfois ton usage de que* rir ce en quoy tu penses exercer ta cruaulté, et de mettre tes ^espies et aguets pour saisir es mams les humains corps. £t moy ores, non pourgeltée ni^circuie de tes las, te voy appelant meismes, et priant que tu viengnes vers moy, comme se lasse feusse et ennuyée desormès de vivre , et non ayant eure d'eschapper tes cruelles.mains. Et certes, bieo le dois penser esure tel , qui meismes à ceste intencion te fais approche , sauve merci que je demande. Dont , pour ce que tu n'en fus oncqnes coustumier, et que^ton cuer est cruel , et qa'oncquçs telle prise ne te cbeut èa mains , je , pour vaincre ton ancien usage et le faire tourner à pitié, te viens ruer entre tes mains , la misérable et doloreuse royne d'Angleterre , ta princesse , k plus avieuf ie de fortune qui régnast , et la plus percée d'amers aguUons de mort dont jamès veu fut en livres. 0 homme , se tu as aulcune cpngnoissance du nom de Dieu, ne se ton humanité a conceu aulcune chose de sa passion , nostre saluf, si te prenne pitié doncques, en |)<>rtoit , no varia en faiie comme des aul- 1 Toimeur d*ic«Ue , de ma inisère \ et qui ne re-

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fuse an fort la cruaultc estre monsirée en moy , saulve au moins et espargne de mort ce jouvenceau, le fruit de ma ventrée, lageniture et seul unicque fils de lon^ roy , futur vray hoir, se Dieu plait, du réanime dont tu es suppos; saulve le et lui baille garant entre les bras. C'est ton roy à venir, et celuy dont lescieulx prendront la bonté à lui faicte et la te mectront au front devant Dieu , la où de mille ans peult esire , non dès le commencement du monde , ne fut jamès monstrée si glorieuse ouvre , quand tu , cruel des cruels , en Fespargne et sauveté d'ung seul enfant, auras sauvé cent milliers de vies par pitié non apprinse. 0! etcomme eurcusetacrudélité, alors que tirée à compassion effacera toutes inhumainetés passées , et comme bien eurc Testât du brigant , quand capable d'une royne d'Angleterre et de son liis pour povoir occire , aura esté faict salutaire refuge de leurs vies; contraire condicion non à croire oncque soyc ! ô homme ! gaigne Dieu aujourd'hui en ta part, pour délaisser une triste mère ; et en donnant

vie à la morante, sauve aussi de mort en

aultrui mains l'innocent réal sang que je te

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