‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 205 sur 494 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Comment le duc print congié d^elle et s'en'alla h Sainct- Onicr, lui promettant d'avoir son cas pour recommandé.

Tant seulement demora une nuyt le duc à Sainct-Pol emprès la royne angloise ; et le lendemain , par un vendredi matin , fit venir la ducesse de Bourbon sa sœur devers elle , print moult humblement congié à icelle royne en ly offrant son povoir, lui promist d'avoir ses affaires pour recommandé , et de non souffrir jamès , en tant qu'il pourroit , qu'aulcunes choses fussent faictes à Sainct-Omer en son préjudice. Mes comme le roy franchois meismesy avoit ses ambassadeurs et ses gens, desquels elle se devoit fyer, ce disoit, comme qui tenus estoient à elle , ne voult pas prendre toute la charge sur luy, de peur des aventures et des conclusions qui là serolent prinses, ne sçavoit quelles. Contente moult haultement ladite royne, ce luy mist le cuer en paix et en repos plus qu'oncques n avoit eu ; plorst de joye et de pitié à lui dire aflieu ^ et

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bénissoit Teurc quand oneques s^estoit travailliée de venyr versly; etcÛsoit que jamès si bon exploit n'avoit fait depuis sa foitune muée. Le duc monta à cheval et s'en alla. Et prestement lay party et que environ po- 'voit estre près d'une lieue, vint ung chevalier vers elle , et lui porta deux mille escus d'or avec ung riche diamant, que le duc lui fit pryer qu'elle le presist en gré. £t estoit le diamant de grosse estime. A ses trois damoiselles fit donner à chascune cent couronnes d'or , aussi cent escus d'or au grand seneschai , et deux cens aultrcs escus à ung chevalier son parent , nommé messire Jehan Charbonnel. £t fit faire ce personnage après son parlement, pour fuyr les reniercimens des ungs et des aultres , de quoy ne quéroit la gloire. ;

. Vint doncques la ducesse de Bourbon devers elle h Sainct-Pol , là où arrière eut ung nouvel rasscmLlcment, moitié de ris moitié de pleurs. Se conjoyrent amiabloment ensemble comme deux scurs , là où la royne conta de SCS aventures à la ducesse qui moult y prist de pitié , et desquelles nulles semblables ailleurs ne sont trouvées ou livres , tant en cas de povrcté et de misérable estroicle faim comme de dan(;icr et de péril de mort par maintes fois entre les mains de ses ennemis , disant que trouvée s'cstoit, Tespace de cincq jours durant , que son mary, le roy son fils et elle n'avoient pour eulx trois (|ue ung harenc, et non pas du pain pour nourriture d' ung jour; et que par ung jour solempnel, s'estoit trouvée à la messe , non ayant ung noir denier pour offrir; parquoy mendicque et disetteuse, pria à ung archier oscoi de lui prester aulcune chose , qui demy à dur et à regret luy tira ung gros d'Escosso de sa bourse et le luy presta. Conta aussi comment , à la derrenière mal-eurée desconfilure où elle fut prinse et saisie, elle fut robhée et pillée de tout son vaillant, de ses royaulx joyaulxetabis^de ses grosses vassellcs , et des trésors les quels cuidoit aller sauver on Escoc(ï ; et les quelles loiilos priiiscs, qui liens no lui estuientjau re- {;aîd clu surplus, fui prinse ineismes et saisie nu c jrps , vaillamment arraisonnée , courrue sus à ospée traiclc , prins(î pour Tatour du

chief; pour luy tranchicr le col , mcnassée de J pour cutendre à leurs propres vies.

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divers toumens et de erudëUtét > Bi ce elki, ruée à genoulx et les mains jointes , fémiSf sant et plorant , prya que , pour bomieur de divûie pitié et humaine . et rhonnear de toute noblesse, souverainement de femidne aatore, la voulsissent prendre à merey, et qu^ea prenant compassion de son povre maNeuré oorps , voulsissent recongnoistre au moins , comme^malheurease qu'elle estoit là c«lre leurs mains , que toutesvoies estait elle fille de roy , et aullrefoîs eulx mêmes ravoienl recongieue et tenue pour leur royne ; parquoy , se maintenantleiips nMiins se souUloient en son sang , la cruaulté en demoreroit em-r preinte en la mémoire des hommes par tous siècles. En disant ces paroles, tousjours plouroit si fondamment , qu^U n'y avoil créature raisonnable qui n*en deust prendre pitié, avec ce que persévérammenl s^escrioit sur la misé^ ricorde de Dieu ; dont les deux concourent la clameur; car prestement et comme par envoi de Dieu, commença*ung tel discord et desroy entre ceulx qui Tavoient prinse , pour cause du butin et du gaing de sa despouille , que furieusement tuans Tun Taullre , comme gens enragés, n'entendirent plus à la très doloreuse descoofortée royne leur princesse , mais Tabandonnèrent, fuyans Tun ci Taultre là par impétueuse fureur, pour tuer ou estre; occis, affin d'entendre et ravir leur proie à part , Tung d'ung cosié , laultre de Taultre ; dont il en ensuivy grosse occision. Sur quoy, quand ceste povre royne vit ce , et que luy sembloit bien que c'estoit ung dmit divin envoy, parla piteusement à ung escuyer qu'elle vit là , et luy prya que , en onneur de la passion de Nostre Sauveur Jesus-Christ il prinl pitié d*elle , et de luy aider qu'elle peust estre sauvée. Si la regarda l'escuyer, et Dieu lui 0t concevoir une pitié envers elle , par la quelle il lui dist : « Madame , montez darrière moy, et monseigneur le prince devant, et je vous saulveray ou je y mourray, combien que la moiri m'y est plus apparente que aultrement. » Si monta la rovne et son fils. El donna Dieu tel amusèment à tous les aultres que nul d'eux oncques ne perceust leur partement; ne s'ils le perceurent, si ne leur en estoit riens

Or y avoit il une prouchaiae fore8t du lieu où cecy aviné. Si ue dédira la royne, fors csire en icelle pour estre hors de la veue des aultres. Si y tira tout droit Tescuier, non pas sans peur. Et tant fist qu'en la forest entrèrent sans encombre , là où n'avoit arbre toutesvoies , qui ne semblast à la royne que ce ne fust ung homme à espée traicle et qui ne lui jBscriast : « A Ja mort ! » Car avoit la cervelle et toutes les veines du corps pleines de crudelles menasses et impressions qui luy représentoient mort, dont jamès ne cuidoit eschapper. Avoit touttesvoies tousjours ung regard sur sou fils plus que sur elle; et disoit que au fort , de ly ne povoit chaloir si elle moroit ou non ; mes de son fils , réputoit la pitié trop grande se perdicion en estoit faicte ; car c'esioît le vray hoir de la couronne , et par qui vie une fois , elle avoit espoir, tout retourneroit à sa droicture. Si avoit tant grande et extrême^ paour de cest enfant que , non chaillant de sa vie propre à sauver , ne quéroit que la sauveté de son fils ; car ne pensoit jamais vuyder de ceste foresl saus estre rattaincte arrière de ses ennemis , là où en la mort de^tous les deux , et de lescuyer aveucques, n'y avoit point d'espargne.

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