‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 208 sur 494 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Comment le brigant, voyant le desconfortè semblant de la royne , amoUi de compaasion, commença h plourer.

A ces mots, ou ancques près en substance, la povre royne arraisonna le brigant ; le quel voiant ses larmes et son desconforté semblant, ensemble et qu'elle estoit royne du pays, print une amère pitié en ly; et suscité du Sainct Ësperit qui Tamôlist en cuer, prist meismes à plourer aveucques elle et de soy ruer à ses pieds , disant : qu'ains morroit de mille morts , et d'autant de tourmens, premier qu il abandonnast le noble fils et ne le menast au port de salut, maugré tous hommes. Et priant mercy à la royne de ses mesfaicts , comme s'elle portast sceptre en Londres, voa à Dieu et au monde de non jamès renurer en cest estât et d'amender sa vie en observacion de miséricorde. Et prist le fils assez en haste , car peur chassoit la royne que ne fust rattaincle , par quoy ne quéroit riens que d'estre quicte de l'enfamt, et de le mettre en la main de Dieu pour le conduire. D'elle meismes ne faisoit poix , mes le fils seulement lui suflisoit d'absconser, non sa propre personne ; ainsy baisant son fils plorant et gémissant , le laissa entre les mains du brigant , qui noblement en fist son debvoir depuis. Et la royne tyrant pays en la garde de Dieu, darrière Tescuier, suradressemenl doeil, tendoit vers une marche estrange , où trouver pensoit sou mary le roy. Au quel parvenue par longs annuyeux travaul\ , lui conta les aventures telles que avez oycs. Et quasi eu semblable forme lescoitfa

aussi à la ducesse de Bourbon sa cousine , pour lui faire feste do-son mal-eur. La quelle y printgrand pitié, et disoit :que certes, sans avoir passé Teslroit de la mort, fortune jamès de si liaulte princesse comme elle, n'avoit esté de plus dure affaire ;~ et que à cause de ce , se Dieu ne la relevoit en lui changeant sa mal-eure , elle devroit estre mise au livre des nobles femmes maleureuses , Foutre passe de toutes. Et à bien Tentendre , disoit vray. Car n'a esté veu jamès ne ouy, queung tel prince et une telle princesse chrestienne, sans avoir esté de vie énorme, par quoy provocassentDieu' contre eulx , et sans estre entrés en possession de leur réanime par tyrannie et forfait , 'aient esté si despitement choulés aulx pieds de fortune, que eulx, estans roy et royne , de nature vrais hoirs et antiques possesseurs, n'aient conservé pied de terre qui leur soit maison pour eulx retraire, si non d'emprunt , ^denier noir ni blanc pour éntretenement de leur vie , et non obstant toute expulsion dehors de leur propre, aveucques confusion de pluiseurs cruelles batailles dépressives , non avoir demouré emprës eulx ne foy ne'loyaullé de vassal , ne serment ne hommage , ne quelquoncque révérence ne fidélité de service ; et puis, qui plus est ceste povre royne avoir esté sur le pas de la mort , confuse entre les mains de ses féodaux , fuyr seule par les champs comme une misérable meschante , estre' constraincte, par avis d'ung mieulx faire , de meture et laissier son fils en la main d'ung brigant meurdrier , lui requérir sauvement de la vie , et qui à regret Teust mis par avant en garde du plus grand de son sang , Ta commis mainte nanten une main desfiable, toute rice de Faventure ! Certes, ne sçay comment ores en ce présent cestui cas peult sonner aux escoutans; mes aux voians lors, il sambloit estre esmerveillable , et le plus en toute condicion que gaires fut oncques.

Or entendez icy , vous les hommes , mirez vous icy , vous les princes et les rois , qui au temps de vos prospérités que n'assavorez, avez les cuersen hault orgueil, vivez tous fichés en vanités et en temporelles gloires, tous vos désirs et senÀue^s appétis à peu de égard , ne dont tout vous procède; et présumez

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