CHAPITRE IIL
Bc8 grandes lamentations que fit madame la dachesse
Michielle.
^ «Misérable chctive femme, parée au deliors d'ung hault resplendissant tiltre , et par dedcns la plus doloreuse qui vive , malheurée lillederoy, triste créature adoIée,chartnère d'annuy et esclave de fortune, née pour vivre en confusion , et vivant pour morir en reproche, femme non dame, mais serve ahontic au monde et clicutc d'ung hauït glorieux liironno en fangeuse crolièrc de pleur , là où le remanant do mes jours , qui trop seront longs , se parfera en clameurs et en angois-
commeucèrent à ouvrir, et lèvres et langue j seus dcsconlbrs , que mauWiciç l'cure do ma
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CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE
naissance y ne que engendrée fus ne conceue en ventre de royne, quand moy meismes abhomine mon estre , despite mon vivre , et do moy propre je recuelle horreur, et désire, contre conseil de nature , exlrôme malcdiclioD d'infortune : c'est que je ne fusse en csire, ne que jamais ne puisse rien devenir; au moips n'aroye-je corps ahonty de repreuve , ne cuersubjectà passion, ne ame à perpétuelle morsure de renommée. Que a Dieu plcust Ores , et mon chois fut mon désir, et qui de riens suis produite en estre par luy, que arrière me convertisse en riens par son povoir, (m au moms ponr fin de mon mal me donfidst mort pour repos. Cy dict , là fait ; car le reèpit d'une heure m*est nng delay de mille ans. O Michielle de France! Michielle, tu souhaides , 6t si sces bien que tu labeures en vain; tu souhaides en mfofttme, povre fille, tu tonfaaides toute désespérée. Dont se tes soukais ne portent fruit , au moins portent-ils tfsmoignage de ton annuy. Qui hier ne cuidoies que fortune eust osé attrister la fille ffxmg roy, la mignofjne d'uufj empereur firançois dont le thronne resplend comme le cîel , o folle abusée , rencontrée de ta meisme ftrfye qtd te frappe au front, or te appert qii*elle ne de toy ne de luy elle fait extime , tte se elle ressongne la menasse de Tun, ne se elle s'atfiuse en Tamilyé de l'autre. Certes nenny ! ne de ton ris ne d'autrny couroux ne luy est se peu non. 0 folle orgueilleuse fortune , despite ennemye de paix et meurtrière des cuers, comme tes sonbdainsexploix m'assagissent de tes meurs, et h ma dure cuisance me font exemple de ton estre , qui hier me tenoies encoires à compaingne , huy à ta serve , hier fiere en amour d'aultrui , huy toute indigne d'estre amée. 0 noble roy Charles ! et que ne sont les plains et les plours de ta fille en ton giron , qui toute bruslée en amour n'ose sourdre les yeulx à qui longuement ay donné bras de repos , sollas de nuyt, et les privés accollemens d'amour. Dont rebouléeet confuse désormais, me condempne indigne, non pour ma coulpe, ne pour mon dclict propre , mais par. la perversité de mon eur qui en mon propre sang me scandalise. 0 Charles , ô Cliarlcs ! 6 malhcurc daulphin ! Wtrt fils de roy niuinlcnant que jo pliûudS; et
se , tu as prins ton esfre au meismes vaisseau de nous autres; faut il pourtant que je , fille innocente , compère ton crime , et que je te clame à frère , qui abhomine estre ta seur. 0 cuer forlignié , autre à ton père , et tout estrainge au noble et très hault sang de ta mère, qui darrainement ne nous viens tous ahonter les premiers, et enmeubler nostre anciene clarté, partonmesprins; queàmal-heure oncques fut ung bcrs , ung giron pour toy et nous. Trop a esté mortelle fortune à meà bons frères et à toy trop amye , quant du moins parent a fait ung si hault héritier , incontinent commectant faulte avec entrée de seigneurie. 0 que ta jouvent a fait ung povre venir, ung povre commencement d'arrivée , conduite par faulx hommes, par fimlx desloyaulx murtrîers et parjures , qui , soubs Tumbré de ta présence innocente , ont exécuté leur long propos et tout soullié ton premier harnois du sang , là où j'espoire tu ignoroies le fait. O quel parement à toy avoir tel sieute , tels chevaliers en ton ost , et en tes sièges tels consaulx, qui pour couvrir et parer leurvilônnie ternissent meismes et laidengnent ta royalle haulteur. 0 honneur de jadis , et en quels mains souffres -tu cheoir maintenant les royaulx enffans , que anciennement on souloit instruire en vertus, si enduire à bienfait, et si retraire de vices. N'est-il besoing , plus huy que jamais , que ung fils de roy soit une perle impollue , une escharboucle rayant qui autrui adresche et soy meismes s'esclère? Ouy , las ouyl besoing faitril largement, et plus que oncques. Dont se fortune t'a esté escharse de beaux preud'hommes norisseurs, si sera-elle large toutesvoies à te faire multitude d'annuy et comblesse de maulx qui l'aherdront , toy , ton royaulme et ton peuple par divine sentence , par mérie pugnicioa et par vengancc du crymc commis en tes yeulx , que je vouldroye non eslre né , et moy telle, ou que la faulte de tonmeschief nepeust donner à souffrir à mon innocence , qui envis reboutéc , meurs ahontye , et relenquis derrière moi ce seul que j'aime pays nouveau, née de ce monde à regret par toy, 6 homicide de ta seur, mieulx séant à ta couronne que . nul autre fleuron. Jleniylas! ctiétiVQ crOtiH lure, Hemy lus! Hemy! Hem y! t
GEORGE CHASTELLAIN