CHAPITRE LVL
ComiQent le roy , après qiril avoît rachatées les terres dessus dictes , tendoit encore à plus haulte fin.
Le roy tous-jours pendant ce temps faisoit grand cbière , et complaisoit à son bel oncle , là où il pooit, en paroles, comme il sçayoit bien faire , jà soit il que le duc ne le requist de riens; mes ly de I y meismes le fit aiasy par ung contentement dont le tendoit à pestre ; car béoit encore le roy à plus avant et à plus haulte fin ^ comme de ravoir la comté de Bouloingne en sa main , le plus chier quasi et le plus précieulxanglet de France, pour les vaillans corps qui y naissent , nobles hommes et archiers. Et sembloit au roy que facilement y pervenroil , pour ce que le duc estoit tout indigné contre son fils, et que par ainsi , par ung despist contre ly, il donroit legièrement ce qu on luy demanderoit. Car meismes sçavoit bien, et Tentendoit clèrement, que se ce n'eust esté Tindignacionprise à rencontre de son fils, à qui il plaingnoit pour lors sa haulte future succession, jamès ne feust parvenu au radial des terres de Somme si mollement ni à si peu de bargaing ; car père et fils eussent mis des débats avant bien grands et raisonnables , premier que les rendre. El comme la vertu de la paix contenoit et contient que tout feust paraccompli d'un costé et d*uultrc , par ung et entier conlract de pro-
messe et de serment que ly le roy meismes , à Saint Thierry, présens ses princes et barons, repromit et reconferma en parole de roy de tenir entier et estable et de Taccomplir. Et ce fit-il par cautele, et à cause qu*il dcsiroit que le duc le refeist aultre tel, et qu en après le comte, qui estoit son hoir et lequel le roy craiguoit que ce ne feust une fiere teste à avoir affiures avecques ly en temps advenir , feist la promesse maintenant comme son père. Dont , par Tobligation qui maintenant s'estoit renouvellëe par le duc, et fuite toute de nouvel par le comte sur les condicions y mises ^ ne (ÛiBcaltoit point de ravoir ses terres quand Toudn»!. Et du remanant qui estoit JÉultre l'argent qu'on en devroit rendre, il trsmroit, cepensoit, au mieulx qu'il polroit, (J^me desja a montré et obtenu par l'inconvénient qu'il a trouvé entre le père et le fils, là où , par rendre et offrir seulement l'argent, toutes aultres condicions et poins mises darrière , il est venu à ses fins , et n'a en riens esté constraint de paraccomplir ce par quoy non fait, on pooit justement restiver à sa demande. C'estoient les amendes honorables et les diverses fondacions qui se debvcûent faire ; lesquelles on' a lessié couler maintenant par discorde entrevenue ; et n'en a chaiUu au duc den faire grand poix, pour tant plus complaire au roy. Lequel joyeusement l't pris en gré, et en a levé ce qu'il quéroit à très bon compte. Et par ainsi, comme j'ay dit, qu'encore atout ceci il béoit plus avant , c'estoit à la comté de Bouloingne , certes tout ainsi avoit il espoir de y povoir advenir, et que le duc n'en feroit point de pois , par ceste discorde. Dont , pour attempter le cas envoia lesdgneur de la Tour, cely qui se nomma comte de Bouloingne d'eritage, devers le duc. Et vint icelluy seigneur de la Tour renK)nstrer au duc : comment que jà feust -il ainsy que le roy Charles luy avoit transporté la comté de Bouloingne à la vie de ly et de son fils , par le traitié de la paix , toutesfois cstoit-ce son propre héritage et appertenir; et en ce le roy luy avoit fait tort, et transporté en aultruy main , pour son privé bien ; ce que faire ne povoit , car n'y avoit riens. Et pourtant prya cestuy seigneur de la Tour Immblenienl au duc , qu'en ceci voulsist avoir regard , et que par conscience
de ly et de son noble corage il peust revenir au sien et à la restitucion de ses terres. Si entendit bien le duc que c^estoit uog personnage forgié , et qu'on Tenoit quérir eau de loing puits^ et respondit disant : « Seigneur de la Tour, je ne vouldroie riens de Taultrui ; ne ne me fait , grâce à Dieu ! besoing la comté de Bonloinge , que je tiens de tout temps. Je Tai débattue à y ayoir le droit et la vraye succession. Dont après, quand c'est venu ù la paix faire entre le roy desfunt et moy, pour non moy eslongier de mon droit en cecy , ne TOUS du yostre, ceste comté m'a esté baillée et laissée par provision , le vivant de mon fils et de moy. Et vous doit et devoit le roy mort pourvedir jusques à ce, par manière de recompense. Je m'attiens à ce qu'en avez fait, et que le' roy en a fait aussy ; et me tiens à ce qui m'a esté donné par contract de perpétuelle paix, que je ne vouldroie enfraindre^ ne souffrir aussi. Et pour tant, me semble que n'avez cause de me demander ceste comté; car, quand droit y ariez , si n'en est point l'heure venue qui vous y vaille. » Le seigneur de la Tour répliqua , doulcement toujours, comme qui sçavoit bien que le hault parler n'estoit point pour ly. Et eust bien volu trouver le duc plus souple et plus mol en bouce ; mes voyoit bien qu'il y perdoit temps. Dont pour celle première fois s'en tint à tant et ne l'en pressa plus ; mes depuis en fit renouveller sa cause par le roy , qui arrière trouva le duc froid en responce et n'y pourfita riens. Et à la tierche fois que cely de la Tour vit soy perdre temps, et que riens n'obtenroit de sa prière, requist enfin au duc qu'il luy pleust le faire pourveoir d'autant comme le traictié de la paix portoit, jusques au terme ordonné, et que moyennant ce il ne le presseroit jamès, ne son fils sivcucques, jusques au dit terme venu. Si respondit le duc : qu'ù ly n'estoit pointa faire de le pourveoir, ne d'en faire la poursieute; mes estoit à faire au roy qui en avoit prise la charge devers ly ; mes volentiers luy aideroit en ce qu'il porroit, et là où le cas s*y offriroit. G'estoit tout ce que pooit avoir du duc, lG(|uel pour celle heure dist à aulcun de ses privés. «On tournoie beaucoup autour demoy, et me quierl-on de loing pour avoir la oontté de Bouloingne ; mes ce sera la deroièrt |M<
de terre que j*aye au monde, dont jamès je me pense desfaire. Ils ont beau tendre sur moy ceulx qui me quièrent , mes ils ne me trouveront jamès là où ils eontendent. »
Dont en après, quand le roy oyt et percent que le seigneur de la Tour tendoil à la récompense, et avoit peur que le duc n'en feist le pourchas pour ly, fut content que de tous poinç on se teust de ceste comté de Bouloingne, tant pour ung que pour aultre , et que plus n'en feust mémoire , do peur qne la recompense n'en deust arriver à sa charge.