CHAPITRE LXVIL
Comment le comte de Sainct-Pol se tint quelqae peu de temps en Fonlaine-rBvesque.
Tout esbalii partit doncques le comte de Saint-Pol de Bruges , en attente d'estre banni de jour en aultre. Et vint reprendre son haleine ung petit en Fontaine-l'Évesque qui est terre de Hainault. Et là de pluiseurs marches on lui vint offrir places en Ardennes et ailleurs pour soy y tenir. Mes encore non venu au derrenier destroit, n'en prist nulles, et en renvoya les offrans ; car sçavoit bien qu'il con-* venoit avoir trois deffaults contre ly , premier que estre banny, dont n'en avoit passé que le premier. Si disoit lors , que assez varia , sur Ham en Yermandois , qui est place forte et bien garnie , de s'aller tenir là banni, et d'at« tendre là son dernier mésavenîr. Mes desconseîllé de l'oultrage et de péril qui y gisoit, ne le fit pas. Si fit que sage. Et toujours avoit gens allans et venans, tant devers le roy comme devers le duc et le comte de Charolois, pour vuydier hors de ce danger par moyen ; lequel ne se trouva pas bien ayse , pour cause que la discorde entre le père et le fils se grandissoit toujours , et de laquelle on imputa que cestuy de Saint-Pol y avoit grand coulpe. Par quoy il sembleroit que IK% estoit tout ayse de son eslonge d'emprès f ;-car par y eslrc demoré , jamès père et fils
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GEORGE CHASTELI.ÂIN,
peut esire ne fussonl venus à accord, ci moins encore ceux de Croy ù leur paix devers le comte do Cliarolois, pai-ce que cely de Saint Pol les bayoit, et induisoil le tomle son muistrc à les hayr plus que oncqucs par avant. Et par ainsi il pourroit semliler que cest ujourncincnt du comte de Saiut-Pol , et le danger en quoy se Irouvoit , que jamès n'auroil esté forgié par seus pour venir à aulcunes fias; si estoit il utile loutesvotcs et rendant grand fruit , pour venir à contcniement entre père et fils, ci à recouvrement de paix à ceux de Croy qui d'ennuy eu Ibndoient, car jamès paix ne se Irouveroil entre le père et le âla,, estoit apparent, que ceulx. de Croy n'eussent pai\ aussi , loul par ung ensemble; ce que ccly de Saint-Pol eust empecliié peut estre pour cause de eulx , car c'estoit cely seul au monde , avecques aulcuns aultres notés, en qui le comte plus créuit , et par qui tout se faisoit et laissoit. Or y avoit lejeusne duc de Gheldie, séjournant à Bruges Jâ longuement , cl attendant à foire ses nopces avecque damoiselle Katherine de Bourbon. Sy luyannuyoit moult, et desiroit l'abrégeance du cas . a quoy ne pot avenir si tost; car desiroil fort la ducesse de Bourbon que la fille ta comtesse de Cliarolois y Tust; et attendoit-an de jour en aullre que l'accord se feroît entre le père et le fils par aulcun divin moyen, et que par ainsi tout se pourroit trouver ensemble, fils et fille , et se feroient les nopces joyeusement. Mes on y cspéroit en vain; et en estoit le rapprochement mal prest encore, comme longuement que on bèoit après, car y Talloit avoir pluiseurs mystères enire eulx et de grands moyens, premier que de venir à ce , comme se dira après. Et pourtant fallut-il annoncer les nopces, et s'en délivrer sans plus aliendre à riens. Et furent ordonnées à faire par ung dimanche dix-neuf viesme de décembre , dontjetouchcraycy après, mes que j'ay enirelaché le mandement que le duc avoît fait ù tous ceulx qui avoient voé es pays de deçà d'aller a\ecqueslyen Turquie: que fussent en Bruges tous ensemble le quinziesme de décembre , que tous obéissans y comparussent, de Flandres. d'Artois, d« Drabant, de liuynault. Et le seizième du nesme moi's,
l'évesquc de Tournay , ensemble messire Simon de Lalaing , reiournans do devers dos H'O saint pore, entrèrent en Bi'ugcs à tout ce qu'avoient exploiciié touchant lesainl voyage. Et venus devers le duc , lut coulèrent le propos du père saint et de ce qu'il avoit disposé à l'aire ; lui contèrent le commun accord des nacions d'Italie et le parofTrement en quoy se mettoient, aveucqties la grande et ardente diligence des Veniciens qui aultre chose n'affecloient que de l'avoir pour leurcliieF. Si lui firent record aussi de la U'èshaulte etsolempnclle remonstraoce que ledict père saint avoil faite devant rassemblement des nacions en public consistoire , par manière de persuasion ; et comment, après eulx avoir trouve et oy tout ce qui se disoit et faisoit, eulx, en ensuivant leur cliaige de ly acceptée , l'avoient oLligié personnellement de soy trouver prest atout son armée en la prochaine saison, sur la fin de may, îi Romme , devers ledict saint père , pour de là en avant partir et aller avecque ly par mer et par terre en la conduite de NoslreSei[;nenr, et pour la sainte foy delfcndre. Dont eulx ayant fait leur record, lors tenoil-on en bon escient le voyage, et voyoit-on que point n'y avoit de recule. Si en y avoit des murmurans beaucop et des mordans sur ledict évesque; et desquels aulcuns en couvert, aulcuns en public, bii impuloient cest obligement en grand charge. El disoient que légierté et grand folie estoit, et follement présumé de ly, d'avoir obligté ung tel prince, et de tel poix , et venu jà à si vieil éage ; que nulle riens n'estoit plus dangereuse que sa vie , et le faire aller perdre et morir , et laissier ses pays orphelins et despourvus de confort , qui tant esloient grans et de grans poix, et tant environnés d'apparens périls moult à craindre. Si fut l'évesque assez entrepris de tels murmures, pour cause du fardeau qui pesoit- Mes avoit bon di^llcndre, ce disoit, et de quy ne seroil point desavoé de chose faicte. Si en parla au duc, et luyconla leur murmure conire luy; le quel luy drst qu'il ne s'esmcust de riens, car estoit bien content de ly ,, et n'avoit il nulluy à rendre compte de son aft'au-e que à sa par-* sonne. Et en cll'eci, ça plain assemblent de sou conseil et des nobles <le sa mai
noo acquiescer et consentir en sou délibéré propos, sans riens y rompre. £t laissa-on pai< sible révesque de Touinay, pour Tadveu qu'il avoit si cler ; et cbascun se prépara , Tung plus lentement , Taultre plus tost , sur toute aventure de ce qu'il adviendroit, faulte od adresse. Or furent fais convenus ensem* ble tous les nobles mandés, est à savoir qui avoient fait veux d'aller en ce voyage, pour savoir de eulx tous et de cbascun quelle vouloir avoient en leur veu fait, ou de l'accomplir ou de le non poursuire ; car sur cela le duc voloit fonder partie de son fait. Si furent en ceste congregacion de pai* le duc, premièrement l'évesque de Tournay, le seigneur de Ci*oy, son frère messire Jeban, le seigneur de la Rocbe , messire Symon de Lalaing , et pluiseurs aultres du conseil du duc. Et la , par une ouverture et par manière de r6« nouvellance de la longue et ancienne voulcnté du duc , leur fut remonstré en gros ce que nostre saint père luy avoit mandé nouvelle* ment, et que force luyestoit, tant pour propre honneur rendre comme pour obéir et entendre au faict de Dieu et de sainte Église , d aller maintenant en personne contre les Turcs, et d'emprendre le voyage pieça en ly propre; par quoi , comme il estoit notoire pour l'univers monde , comme jadis en la ville de Lille il en fit les vœulx, et à cause de ly multitude d'aultres nobles hommes , chevaliers et escuyers s'obligèrent ensemble, en tant maintenant quand la chose eslraignoit au droit fort du pomt, desiroit à sçavoir de chascun disiinc* tement , se en ensuivant meurs et condicions de noble homme, vouldroit poursuyr et meure à effect son veu promis, à fin de savoir sur quoi et sur qui se voudroit fonder et édifficr son exercite. Dont ceulx qui avoicntbonne et estable voulenté tele aujourd'huy comme alors , prioit que declairer le voulsissent; et qui estoient ou seroient refroidis et mués de propos, que pareillement se descouvrissent aussi, pour les mettre hors du nombre. A ces paroles eust-on vcuvisaiges muer, et muser esperis à tels en y avoit , qui cuidans estrc quitcs de leurs veulx par aucunes condicions prises, de terme ou d'aultre accident, se trouvoient maintenant forcés de respondre à leur hon- A^br ou à leur honte et confusion. Lu perceu
dist touthault: « Vous aulcuns, qui murmurez contre l'évesque de Tournay et lui imputez à charge Tobligement qu'il a fait de ma personne , je veul que vous sachiez il Ta fait de mon commandement et de mon plaisir; et me plalt , et en suis joyeux ; car je luy avois ordonné et enjoint de ainsy faire , si le cas se oflroit. Peut estre qu'il en y a devers vous qui mieulx aimassiez la rompture que l'aller avant , et pour ce en murmurent. Et si en y a qui m'ont persuadé et persuadent que moy je demeure ;et y envoie aulirui , et al|eguans pluiseurs dangers de ma personne , de mon vieil éage , de mes pays et seigqeuries , conseillent et tendent à fin que j'y envoyé prince aulcun de mon sang etque j!y espargne mon corps, mes entendent bien tous ceulx qui en ce laborent et ont laboré , jp n6 les tiens pas à mes léaulx amis, mes à mes parfais ennemis , droitement contraires à Dieu et à mon salut, quand pour servir Dieu en l'opportun aflaire de son peuple chrestien me veuillent contrarier en ma devocion. Je veul bien que le monde sache, sans moy vanter, que cestuy affaire de Dieu me va- devant le mien propre , et le salut de mon ame avant le repos de mon corps; et n'est lïi parens, ni enfans, ni dangier de pays ne de subgects, ne nulle rien terrienne que je ne postpose en la main de Dieu pour ceci entendre. Dieu a gouverné tout jusques ici , et en fera bien à son plaisir. Au surplus tousjours me suis perceu de sa grâce jusques à maintenant. Si me dois moins deflier de sa bonté quand je scray en son service, moins encore mes hommes et mes subgects qui sont à ly à pourvoir , et lesquels , comme instrument de sa glorieuse main , j'ai gouverné en sa miséricorde jusqu'à ce présent jour, en félicité et en paix. »