CHAPITRE LXVI
Comment le comte de Sainct-Pol après ung adjoumement devant le roy trouva en son conseil deux ex- , pédiens.
, Or estoit le comte de Sainct-Pol adjoumé devant le roy sur les peines devant dites ; et avoit esté contraint et mené à celle nécessité comme par le seigneur de Croy , le quel il héoyt. Il fit son moyen vers le roy pour avoir ung prolongement ; le quel à grand peine il obtint, et encore bien petit. Si en fut le dict comte bien perplex; car ne vcoit homme vivant par qui moyen cspérast venir à sa paix , qui mal estoit du duc son prince , et à sa desserte , mal du seigneur de Croy , le quel povoit moult du roy en son faict , et mal volu au roy comme pour sa vie. Dont le seul homme eu qui se fioit , c'csloit le comte de Charolois son maisire, et cely n'avoit povoir ny oscoul. Si entra en beaucop de varincions touchant ce (jue dcvroit faire désormcs , ou si
ou non , ou s'il s'en iroit au hault et au loing après son ban , ou s'il se tiendroit en aucunes de ses places hors du réaulmé, dont il en avoit de bonnes. Si se conclud finablement à deulx choses. L'une sy estoit: qu'il envoyeroitl'ung de ses fils nommé Pierre, beau chevalier', devers le roy; et là venu , il qui estoit chevalier hault et de grand courage demanderoit au roy congié de partir; et lecongié obtenu, jetteroit son gaig^e devant le /*oy, disant : que s'il y avoit homme au rcalme de France qui Youlsist chargier son père de quelconque chose qui féust contre honneur et contre debvoir , et que ung noble seigneur tel que son père ne deust et ne peust faire sans blasme et sans reprinse, il estoit et seroit content de le combattre devant le roy, et tellement s'y porter, sy avoit espoir, que l'honneur en demoureroit devers ly , et le blasme devers les imposans. Geste charge prist voulentiers et de grand cuer le jeusne chevalier, nommé seigneur de Roussy. Et quand il ^fut avisé et conclud du père, il s'en alla devant le roy , là où il se trouvoit, en Ponthieu ; et fit cestuy personnaige tant haultement et fièrement parlant, que on s'esmerveilloit de sa manière, et tellement que le roy mesmes lui dist : « Beau seigneur, parlez ung peu plus bas, et fefroidez vostre sang. Yous estes mallement esmeu , comme qui se jouast. » Et l'aultre dist : « Par la mort ! beau seigneur , il n'y a que refroidcr. Je suis homme pour le dire, et de nom et de maison ; et pour faire ceci et plus grand chose si besongnoit. Si y a nul qui accuse monseigneur mon père et par qui vous estes informé contre ly, si se sent** avoir bonne lance , si saille avant. S'il est gentilhomme , il ne devra riens vouloir dire en derrière d'ung bon chevalier, qu'il ne le maintiengne en devant. Viengne quel qu'il soit et se monstre, et je suis tout prest ici pour faire et dire mon Jdebvoir , selon cequll appartient. Et vous , sire , qui estes roy, ne me devez nier la bataille par raison, se par bataille j'offre à prouver menteurs cculx qui accusent monseigneur mon père à tort. »>Lc roy eust esté voulentiers quitte du parlant, mes ne savoit trouver voie; car Taultre toujours s^eschaufî»e laisseroit convaincre par contumasse, ou j fuit plus en plus, et tellement que enfin te^
roy dist : « Pour l'amour de Dieu ! emmenez ce fol dehors , il nous fait tout peur. >\. Si convint que les princes et les grands barons qui là estoient lui rompissent son parler, et remmenassent dehors de la chambre pour contenter le roy, et non moins pour le rappaiser en son sang esmeu; car y avoit beaucop d'amis et de favorisans , et desquels il estoit autant prisé et loé de s'estre monstre homme de courage , comme repris de pluiseurs aultres , qui le povoient blasmer de paroles légièrcment vuidées. Et à tant , sans tirer aultre effect de son offrir devant le roy , ledict de Roussi, troisième fils du comte, en danger, retourna devers son père, à tout ce que avoit dict et faict, là où je le laisse. Et viens au second point de la conclusion que cestuy comte de Sainct-Pol avoit délibéré en luy, c'estoit que , par moyen , il iroit devers le duc à Bruges, pour là soy rendre à ly, et pour savoir se par ly et par sa grâce ne pourroit tant faire que le dangier en quoy il estoit fust comme en doulceur, et que le roy se peust tenir à content de ly, sans le prendre à telle rigueur. Si y alla ledict comte par le moyen que vous ay dict. Et lui fit le duc bonne chière ; mes en fin de compte, quand cp vint à parler et à faire mencion du dangier auquel le roy voloit mettre ledict de Sainct-Pol, et que meismes iceluy demanda au duc, disant : « Mon- ^seigneur, que dois-je faire si le roy me bannit de son royaulme ? » Le duc luy respondit : » Beau cousin , si le roy vous bannit de son réaulme , je ne vous voudroie ne porter ne soustenir contre ly en nuls de mes pays. Si avisez à ce que vous aurez à faire. » Et alors voyant comment le duc qui estoit très puissant prince en Tempire lui rcfusoit là la retraicte, là où le roy n'avoit nulle juridiction , si se tint à moult cstonné, et dict: << Ha! monseigneur, doncqnes j'ay des enfans beaucop, et qui ont assez ; et n'en suis pas en soucy. Mes que feray-je doncques d'une seule fille que j'ay, qui est à marier? où la marierai-je?» Et le duc luy respondit : « Beau cousin , vous en ferez à vostre discrétion. Le roy, je pense , ne prendra nul maltalent à belles filles. Mes si je vous puis aydcTy ,i« «nus avilAraî voulentiers. » Ceci se dîsoii ^
risée , denû ii%|
Pol il lui touchoit au cuer ; et ne fut oncques jusques à celle heure si en perplexité de chose, que quand il oy t que en Hainault et ailleurs , là où il avoit belles terres et places, le duc ne le vouloit garder ne luy donner aveu de soy y retraire ; combien que le duc meisAies se fouloit en cela , car les terres et seigneuries qu'il avoit en l'empire, haulteset puissantes, le roy n'y avoit que congnoitre et n'y quéroit riens; et pour tant il se fouloit soy mesmes et non moins ses subgects. Mes il sembleroit que ce n'estoit que une faincte , pour tant plus donner peur au dit comte, lequel il avoit contre cuer pour ses longues et pluiseurs de- * mérites envers ly , et dont aultrefois luy avoit fait pardon, et tousjours revenoit en nouvelle offense. ,