‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 252 sur 494 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

Comment le duc , empeschc k faire son royale par désordre entre Iv et son fils , envoya devers son dit fils le bastard de Bourgoingne(i).

De ceste rcsponsc se trouva moult aise le duc, et rimprima fort en cuer ; et faisant fondement sur le nouveau rcprometlre , disposa du surplus par diligence , afin de venir à Tef-

(i) Cet intitulé, ^li manque au manuscrit d'Arras , m*est fourni par la table du manuscrit de Paris.

îLLAIN. [146Î]

fect Et entre tous aultres affaires du monde que pooit avoir , et les quels aulcuns plus , aultres moins, pooient donner empeschement icioo rompture, ne estoitque ung seul , et le quel pour le poix de ly et pour la difficulté qui y ffsoil^ ne or, ne chevance , ne pooir de gens, ne bon voloir, tout ne pooit servir riens ne pronfiter au parfeict de ce voyage que premièrement cestuy ne fust vuydié. C*estoit que le comte de Cbarolois venist vers son père , et le contentast en son courroulx ; et que le dncle receupt ensa grâce comme son bon fils, et se remist en faire la paix de sa conscience touchant oeUuy affaire. Car comme il ne pooit partir de ses pays de par deçà sans contenter les subgects et lespourvmr de bon gouvernement , ne pooit faire fondement sur riens aussi tout en vain, sans vuydier de ceste discorde. Et à ce furent enclins tous preud^bommes , tous nobles chevaliers et escuyers qui en moroient d*annuy , et ne désiroient fors que la paix s*en fust, tant pour ung que pour aultre , comme pour pluiseurs regards qu*avoient , qui estoient contraires et dommageables à tous les deulx , comme pour h nécessité des divers pays aux quels pour les garder de la gueule du Ion, il failloitpourveoir. La ducesse de Bourbon y laboniroit, qui point n'en estoit oye. Pareillement seigneivs et pluiseurs nobles, et tout en vain. La clergie et les dévotes personnes s'y emploièrent , et n'y firent ouvre aulcune ; et les villes , et les bons subjects par multitude en supplièrent , dont la seule compassion que le duc avoit de eulx , lui commovoit le courage. Or y avoit ung grand dangier ici, et de compassion digne entre le père et le fils ; et qui bien en sauroit ou vouldroit escrutiner le fous en son vray vif, de legîer pourroit cheoir en mauvais jugement de Tung contre ranltrc , et d'en mettre le tort où point n'auroit de coulpe ; car, à oyr conter ce différent entre îc père et le fils , et comment ils estoient en corage non d'ung assentement , il sembleroit que le comte en eust le tort devers ly , et que en son mesprendre seroit cause du couroux de son père justement fondé; et à Taultre lei» qui regarderoit les causes et les actions que avoit le comte , et les quelles luy estoient maière de douleur et regret, il semUeroiC

tl462j CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.— IP PART, 888

que le père n'eust cause de rigueur envers son fils , ne par quoy paix ne s'y trouvast légière. Car, à dire vray, le fils ne se monstroit en riens d^béissant au père , ne en riens emprenant sur luy par bauUeur ; mes seulement se doloit d*aulcunes personnes d'entour de ly, et les quels le duc son père portoit et soustenoit contre ly, et en ruyne meismes , ce disoit , d'ambedeul]( leurs personnes; et se doloit et complaignoit à Dieu et au monde du meschief que ces gens ci lui brassoient et préparoient par long couverts traits ; et que ly , qui estoit père , ung sage glorieux viellart, s'en lassoit mener et abuser ainsi , en ruyne de son propre enfant. Et par ainsi, à prendre la querelle de ce comte en son droit vif sourgeon, là où ne se trouve rébellion ne insurrection contre son père , ne oeuvre de fait, ne violent exploit, fors doléances et remonstrances pitoyables pour informer son père de vérité , point n'en devroit estre mis le blasme de la discorde devers le fils qui en rien des-voloit à son père , fors en ce qu'il voloit parer et justifier ceulx sur les quels il mettoit charge; et le père à Taultre lez, comme son fils se maintint roide et aigre en Taccusacion de cestes gens , et qu'il considéroit qu'il les héoit et tendoit à destruire , et les enchâsser d'emprès ly, ly pareillement, non soy vuellant submettre à Tappétit de son fils, ne soy déporter de ses vieulx serviteurs non attains en faulte , les para et porta encontre son fils y non acoutant à sa doléance. Et ainsy le père avoit le droit paternel devers ly , et la haulteur de se pouvoir couroucier encontre son fils , pour légièrement croire et donner à charge aux gens ; et le fils avoit le droit de pitié devers ly, qui soy voyant en branle et en manasce de grands divers dangiers évidens, et de quoy ne pooit estre ne oy ne creu, dont constrainct par amertume de cuer , s'en alla complaindre au peuple de son père , aflin de l'advertir de la piteuse cause et querelle qu il avoit et en quoy ilrequéroitascoutance. Si que pour donner clarté du cas , n'y avoit point tant matère de merveillance entre le père et le fils justement causée, comme il avoit traverse de maleur entre les deulx, pour ambedeux faire perdre; car cuidoit et auûnteiioit

chascua avoir le bon droit deven ly. h v ,

Le père toutes fois, après tous regards, souffrit aller vers son fils lebastart de Bourgoingne, son naturel, quirien n'y fit; le seigneur d'Aussy pareillement; ung aultre après, maistre Anthoine Haveron , protonotaire ; qui tous y battirent vent et ne porent trouver voyes ne manières de le faire venir devers le duc , pour cause de Ceulx dont il se doloit, et dont il avoit en pourpos de faire sa doléance publiquement devant les estats des pays de son père , pour cause du tort qu'ils luy tenoient et des fins à quoy ils béoient, et longuement avoient taschié , ce disoit , et de quoy Dieu et homme debvoient avoir horreur. Si en retourna chascun sans rien feire ; et par l'indisposition des choses qui se continuèrent en dur laissèrent ce qui leiur estoit impossible de le commuer en aultre ploy. Et convint faire les nopces du duc de Guéries et de. Katherine de Bourbon, sans comte et comtesse.

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