CHAPITRE LXXXII
Comment les estais et les députés des divers pays partirent d'Anvers et tirèrent envers Bruges.
Atant partirent d'Anvers les députés des divers pays du duc , et tirèrent envers Bruges là où estoit la journée du duc, le neuviesme jour, et le comte s'en alla ù Gand, pour approcliier son père , h inlencion de se mettre à bon devoir envers ly , mes que ooy peust estre et recou aussi en raison. GiT' doloit grandement de ceulx de Croy;4Mi bien cause de le faire, cedisoit, plm^
CnnONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE, —II" PART.
que n'avoit monstre. El pour laot que iceiils les dessus dicts seroienl cmprès ly, jiimi^s n'y meltroit le pié; car le hcoient de maiilvaise mopl, de haine volunlaire, et ne tasclioient qu'à le déshériter el à le grever de corps, par sorceries et malvais ars, tant en «a personne, ce disoit, comme en sa femme la comtesse, afin qu'elle ne poriast {>énéracioi]. Elmesme l'avoit dict ainsi et donne à congnoislre aux estas en Anvers. Dont pour ce qu'il les ttéoit pour tels énormes cas et mësiis contre ly , et qu'il ne les voloit prendre en sa grâce , eulx, pour maintenir leur orgueil, s'estoient ojoinis etfortilié du roy, qui aullre-tel comme eulx etàleur inciiacionlebéoitdemorl.ei ncquéroit ne ne béoit qu'ft ce que la maison de BourfToingne feust mise à ruync cl n bas ; de quny cestesgensicy , pour eulx faire grans et forts, seroienirinstrumentdu roy, par lequel il venroit au dcsseurede son conlendre. Et mesmes yavoiljiigrandcommenchement;car, parleur moyen et conseil à deux len , les terres sur Somme avoieni esté rachall^es et restituées, et une grand part de noblesse de Picardie tirée hors de |ia main de son père ; dont le cuer lay cuisoit amèrement , et tant plus encore comme il voyoitceste machlnacion esire procédée de ceux qui esloieut subgects et les plus prochains de son père , el les quels de source el de venue n'estoienl qrie genliisbommes comme autircs , eslevés [par fortune emprès le duc. Dont le baull degré où s'estoient mis, les fuisoit descongnoisirc , et rompre et babandonner honneur et léaulté , non chaloir de honte , ne de maléiice, ne de prise norriture , ne de religion , ne d'ordre , ne de quoy le monde leur pooit donner malédiction et perpétuel blasme; mes obstines et conclus en voloir porter leur pan par le raoîen du roy^conire ly persevérammcni , en leur fierté et orgueil , espei-oient pooip vaincre et eulx saulver contre sa main, et meismes luy faire empeachement en temps avenir, se le père failloit, d'une partie de ses pays, par les places fpi'ils avoient en leui-s mains, et les LqueUentendoient à mettre en la main du roy î ly, «t lesavoieiit promises; car disoit, 1 nieismes je l'ay ov mtc le roy s'en esioil Bintc; laqucUecho' -i comme
s «JOiie en u ui
devoit bien eslrc matère de doléance et de grand annuy, et d'avoir bien contre cuei^ J cestes gens brasseurs de si malvaîse euvre ^ et de quoy Dieu, quand les bommes le voul-^ droieni ou le pourroienl porter par vertu , ly, par divine justice, en puniroit lard ou tost l'orgueil et l'ofTense , quand , sur tout péchié aullre, comme grandqu'il peust cslre, Dieuliet et abhomine l'homme ingrat, le descongnoissant du bénéfice receu , et le persécuteur de son prince et seigneur, rendant mal pour bien. Et par ainsi, comme cestes doléances et amertumes se logeoient et bosteloient au cuer de ce noble prince ainsi mené , ne sambicroit merveilles se point ne se voloit trouver emprès son père t.int qu'ils y seroienl, quand meismes il en scnloit son père deceu et abusé et en voye de perdicion toute clère ; combien que le père ne le voloit, ne ne le pooit croire, tant j'avoicnt endormi ; mes nonobstantce, les peiis enfans â peine s'en percevoicnt , et tout ic monde, grans et menus , en parloient et murmuroient |contre eulx ; mes c'cstoit h crainte et ii couverte , pour leur auclorité.