CHAPITRE LXXXIV
Comment le duc ne se tint point bien content des estas , ponr la legière obéissance monstrée à son fils , lui encore Tirant.
• Le neuviesme doncques de janvier, le duc $e présenta en salle devant les estas de ses pays; et assis en banc paré de drap d'or, fit pourposer par la bouce de Févesque de Tournay '.comment de tout temps, parTaide de Dieu , il les avoit gouvernés en paix et en bonne prospérité , et s'estoit exposé pour eulx de tout son pooir, pour leur estre protecteur et défendeur encontre toutes nacions , à péril grand de sa personne et de ses nobles, et à grans frais et missions de sa chevance; et aussi comme il s'estoit porté envers eulx , comme par raison faire debvoit. Et eulx aussi de tout temps et jusqu'à ce jour luy avoient esté bons et léaulx subgects, ce de quoy, comme cely qui en avoit bonne mémoire , le Toloit bien recongnoislre, et les en mercyoit de bon cuer. Mes pour ce que son fils le comte de Gharolois les avoit eu mandés par avant à venir en Anvers devers ly, ce que faire ne debvoit et ne pooit, se donna merveille comment eulx y avoient obéi si légièrement , considéré que à nul n'appertenoit de faire mandement sur eulx, qu'à luy seul , tant qu'il seroit en vie. Si s'en tenoit à moins bien content du dict son fils et de eulx , de legière obéissance portant soupecbon. JSi fit re-
en la garde et protection de ses pays et de ses subgects, comme ung bon prince; car leur tranquilité et salut lui estoit autant , ce fit dire, comme sa propre âme; et devant toute affection, celle envers eulx estoit la première. Mes pour ce que son dict fils , six jours par avant , s'estoit dolu à eulx par soupecbon ou par.faulx domier-à-entendre de ly etd'aulcuns de ses proposemens , fit tirer avant lors une cednile, par la main de maistre Martin de Steenberg, secrétaire, laquelle contenoit aulcuns poins, les quels maistre Martin lisy à haulte voix. £t faisoient mencion que ledict comte leur avoit donné à entendre que le duc son père, par indignadon prise contre ly, en partant de ses pays pour aUer en Turquie , lesseroit ses pays de dechà la mer en la main du roy de France , et seroit gouverneur dessoubs ly principal et sur le tout le seigneur de Gimay , est assavoir messire Jehan de Groy, cbief de ses hayneux , et pareillement les pays de Hollande , de Zellande et de Frise , il les lesseroit en la main du roy Eduard d'Angleterre en gouverne , et demorroit par ainsy bastard du tout et forclos de sucession. Les quelles paroUes dictes .ainsy et proférées par son fils, quand les oyt résumer, prist la parolle luy meismes, et soy excusant du^cas, dist : qu'oncques n'en avoit eu volonté , et que son fils n'estoit que ung menteur en cely endroit ; et se donnoit merveilles d'où pouvoient sourdre et movoir telles frivoles. £t alors commencha à résumer les offenses que son fils luy avoit faictes, passé a longs ans. Et prenant pié au débat qui s'ensuit entre le seigneur de Quievraing et celuy de Uemeryes , à cause de Testât de chambrelen , dist : que son fils avoit volu proférer et donner lieu
au seigneur de Hemeries devant cely de corder encoire -.comment ledict son fils, par | Quievraing, qui estoit gentilhomme de toutdiverses manières et termes qu'il tint et jà tes lingnes , et l'aultre ne l'estoit qu'à demi.
longuement avoit tenu, n'estoit point bien en sa grâce ; et mettoit en tant de manières le tort devers ly, qu'il n'avoit point cause aussi d'en estre bien content , jà soit ce que moult luy toumoit à dur et à grand grief Targu qu'il y pi*enoit, pour cause du sainct voyage de la croix qu'il avoit empris ; avant le quel toutesvoies il dcsiroit à pourveoir et à ordonner en ses ailaires, et principoleffleut
Et à ceste cause, et pour ce qu'il pvoît vola garder noblesse et observer ordre et droic* ture f le dict son fils se enfelly, et argua à rencontre de ly , disant : que jamès celuy de Quievraing n'aroit lieu emprès ly , mes cely de Hemeries , à qui il avoit donné Testât , en demorroit en Tonneur. Résuma arrière par manière d'offence, comment, par aulcuns ans
passés, la comtesse de Charoloîs estant
CimONIQUE DES DUCS DE nOURCOGNE.— II' TAlïT.
lade, li , c'est assavoir le duc , csunt veou visiter sa belle fille , le dict soii fils un retour on sa chambre, luy vint prier qu'il lui voulsist buîllier en don la comté de Guines ; sur quoy illuyrespondit : qu'il n'en eslolt pas encore conseillié. Et adoncques sun tils tout aaimo du refus, dent avoir respondu , ce dict. '■ Monseigneur, si le sire de Croy lit vous eust demandée , vous luy anci tanlost donnée, et ne eussiez point fait tel pois. — Sainct-Jehan! ce distle duc alors, neferoye. — Sainct-Jehan! si auriez, cedist le comte; j'en suis certain. •> El conta commeat, en ceste allirmative et négative , il l'argua trois ou quatre fois , jusqups à le provitquer à mutacion de aang en fiel. Fioablement , touiesvuies louchanl cely endroit, il conta comment, nia reqiieste
(du bastard de Bourgoingne et du scif;neur d'Ausi , il lui pardonnna et avoil pardonné ceste rudesse maintenue contre ly. Et estoit •a ce temporel que le duc de Sombresct estoit descendu par de cbft h Guines , et niaiiitenoil b guerre contraire à ceux de Calais et du comte de ^VarMic. Le quel de Sumbrcsel , cousin issu de germain au dict comte , après que sentu avuil que fortune le
Icontrurioit aussi bien par dechà la mer comme eu Angleterre, et que le séjour par dedii'i lui estoit attente d'extrême péril , es- Uit venu à Ardre parler au dict comte et le çonjuyr. Et après longues devis&s et bonnes «bières prises ensemble, comme parens à |>arens, cely de Sofflbreset pria à son cousin que labourer voulsist envers son père , qu'il peust avoir saulf conduist pour passer purement parmi ses pays; car désiroit aller en Prance visiter le roy Loys , qui encore maintenoit la querelle du roy Henry. Mes le comte , non obstant tuulies intercessions qu'il en fil envers son père , onc()ues ne put obtenir le dict sautr conduit ; car n'estoit le dnc nullement alTccté envers ly ne envers son parti à celle beure; et le comte s'en tint a t (r^g enllé encuer et en multalent , à cause du f refus. Et voluient maintenir les aulcuns , que . le refus de luconittî de Guines et de cesaulf- I conduit tout eori'esponduient ensemble et en > nng temps, et la diOiculté de l'une chose et l^le l'aultre estoit Hiatère enlie le p et T le fils il celle beurc d'argu
l'aultre ; et de quoy l'absoluciou s'en fit tout ett ung ensemble.
CnAP.ITRE LXXXV.
Comment le iliic se pl.iiniloil de son TiU el du toml« do SrIdcI-PuI , et d'aulciuiB de l'Iioslcl de son HU.
Après ce con(e, le duc commença à tourner sa parolle sur ceuls de l'osiel de son fils; et entre les aulires mîst eu Fi-unt durement le comte de Saioci-Pol, disant; qu'oncques, puis que cely ûvoit esté et pris entrée avecques soo Ris , son dict fils ne luy avoit esté obéissant ne humble comme par avant, aîns plus et plus fier et plus roide qu'oncques à nul jour. El se doloit durement le duc du dict Sainci-Pol, et de quoy il avoit la crédence et l'auctorilé qu'il avoit emprcsly, comme se dire voulsist, que jamèslefaitde son fils ne yroil bien pour honneur et pour tout , tant qu'il y scroit. Et allégua comment son fils dcbvoit avoir dict, pour ce que le dict de Saincl-Pol il sentoit mal en la grâce de son père el de cely de Croy, qui lui brassuit tout ce mal: ■' Haan! beau cousiu de Sainct-Pol est de mon seigneur et du roy repuisé à tous lez ; et ne tend-on qu'il le baculer à meschief et h luy faire tout grief, pour l'amour de moy. Ht je voe anlx sains qu'en lele coupe qu'il y buvra, je y bnvray moy, et en auray autre-tel que ly, " Et cecy le duc ramena en conte , disant ; » Ne sçay que mon lils fera , mes quant à moy je n'y vueil point boire, u Gemonstra anssi comment son fils estoit endormy et abliuvré de petites j^ens , et leur donnoît crédence et auclorité contraire de son , honneur , et mist en compte pour chief de eulx l'archïdiacro dAimebon et Guillaume de Bische , disant : que l'archidiacre avoit esté d»boulé ;de l'ostel de son nepveo d'Estampes',
par
s démérites et fautes commises. Dont ,
Irouvéses moyens devers son fils pour eslre à ly, avoit requis et faicl requerre au dict son fils qu'il le ^-oulsist melire en arrière de ly el s'en desfaire ; ce qii'oncques n'avoil volu faire , ce dist , à sa reqiieslp, El loucbant Guillaume de Bische, en qui le comie son fils s'appuyoit et se Pimdoit de sens et de dist : que c'estoil le pire subtil gar~
GEORGE CHASTEIIAIN,
son f[ui feust soubs la nue ; et pareillement messire Adrien de Bourse, le loul aultre-lel, du (|uel il luy desplaisoit du mariage de sa fille naturelle, ne qu'oncques l'avoit eue. Parlii pareillement d'un Tassin, arcliîer de son fils , ung manlvais garncmeni , ce disoil -. pareillemenl d'ung inaisire Anlhoine Micliiel, secrétaire eu Hullande , homme de maulvais aOairc et (leriUeux, que sou fils porloitj et disoit : " Tout ce que je liais , mon (ils l'aime et le recueille , et ceulx que j'ay 'en grâce , il les hait et déboute. Il ne cesse en. tout pooir d'enchassier d'en arrière de moy mes bons et léaulx serviteurs , le sire de Croy et les siens, disant qu'ils lui sont contraires. Mes je jure Dieu et la vierge Marie , et prens sur^û damnacion de]nion ûme, oncqucs le sire de Croy ne nul des siens ne me dirent ni ne firent cliose qui deusl ou peust porter préjudice au dict titon tils ; mes lousjours les ay trouvés bons et léaulx serviteurs en tous mes alTaires. "