CHAPITRE X
Comment le roy mena les ambassadeurs anglois h Dampicrre , et comment il les festoya.
Le roy Loys persuada moult et mania de belles paroles a ce maistrc Jehan Wannoloc ,
afin que il ,vouls!st tenir main à paix ou à longues trêves entre ly et le roy Eduard, monstrant que se à cela pooit venir, n'y espargneroit trésor ne avoir , et en satisferoit et rémunéreroit haultement ceulx qui le y serviroient. Dont , et afin que tant mieulx encore les peust gaignier devers ly et tirer fruict de son contendre , leur requist et leur mist jour de le venir veoir à Dampierre , trois lieues de là Hesdin, où estoit la royne ; et pria meismes au duc son bel oncle , qu'ils les y feist venir , car les festieroit entre les dames. Si y allèrent lesdicts Anglois; et y furent deux nuits festiës et honorés au posûble et raisonnable. Or avoit la royne avecques elle deux de ses seurs , filles du duc de Savoye, non mariées, et desquelles le roy tendoit fort et eust bien volu que le roy Eduard se feust volu condescendre à en prendre une , et que par vertu de ce mariage , combien qu'il Ini [coustast , il peust venir en alliance avecques ly de paix et de seurté. Si en parla audict de Wanneloc , et lui monstra la damoiselle , qui estoit belle et gente certes , et bien digne de royal lit. Et tendant à touttes fins que cecy se feist , \gki pria instanmient qu'il y voulsist laborer , et le guerredon lui en seroit rendu bien larjge. Si en remercia le roy le chevalier anglois de l'honneur qu^il lui ofiBrit, et promist que voirement en parleroit vplentiers à son maistre le roy Eduard ,'et y feroit son mieux du pooir qu'il avoit; et que voirement aussi la fille estoit belle et noble , et bien de value pour le plus hault roy du monde , ce sçavoit ; et ne poroit le roy Eduard que bien faire en elle , et grandement renforcier. Et usant de tous les beaux mos dont il sçavoit bien que user il convenoit au lieu, prist congié au roy, ensamble soncompaignon le capitaine de Guines ; et leur donna le roy belle vasselle. Et à tant se partirent de Dampierre , et revindrent à Uesdin, là où estoientjà venues les nouvelles du mariage pourparlé du roy Eduard , et dont ledict de Wanneloc entendoit bien là où on prétendoit , ne à quel fin on voloit traire ; car quelque samblant que feist au roy , ne le roy à ly, si y avoit-il bien autant fiance au costé du duc comme au coslé du roy Loys; car congnoissoit Tun et TaïUtre , et sçavQ/t bien qui estoit bon pèlerin.