‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 283 sur 494 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Comment le roy envoya la royne devers son oncle , et par ung dimenche après vespres entra en Hesdin.

Or ensievant touttes-fois , comme j'ai dict dessits, divers blandissemens que le roy imaginoit , et qui peuvent donner diverses occasions de penser à qui vouldroit escrutiner ceste matière , le roy , luy party de Hesdin , huit ou neuf jours après, envoya la royne devers son bel oncle; et, par un dimenche , après vespre , entra à Hesdin , le duc aveucques elle], qui estoit allé au-devant, atout la baronie de sa maison, qui moult estoit belle. Et entra la royne à cheval sur une basse haquenée blance , la princesse de Piémont sur aultre , et ses deux propres sœurs germaines avecques elle, à multitude d'autres dames et damoiselles de grand estât. Avoit esté commis "^ «n conduite

au comte d* ii^t

GEORGE CHASTEUAIN.

par estroîte commission, à ung gentil chevalier, mignon du roy au temps passé , le seigneur de GressQl , en qui le roy se fioit moult , pour cause de ses vertus et sens. Du festoy ne convient parler comment et en quelle manière , car tout y estoit ce qui appartenoit à deux lez, tant à la royale magesté d'une telle royne , comme à la haultesse et puissance d'ung tel duc , visité encore en sa propre maison. Et pour tant je m'en passe sur Tentendement des lisans qui, de tel cas et de telles personnes dont la matère parle , sçauront bien entendre à peu de paroles ce qui en pooit estre. Tous les soirs se firent les danses jusques à la jny-nuyt ; et tint la royne salle publicquement pour embellir la fcste. Là se trouv^^ le duc tousjours d'encoste elle assis d'ung lez à sa main droite, et au lez sénestre la -ducesse de Bourbon à force , car à envis et dur en prist Tonneur. La princesse de Piémont , fille au roy Charles deffunct, no fut oocques assise en banc; ains, seule et à part, elle estoit assise en bas sur ung quarreau de drap d'or aux pies de la royne ; 'ensemble la dame de Mauny , fille bastarde du roy Charles, estoit assise à basse terre ^ emprès la princesse. Là furent multipliées lesjoyes, et redoublées par tout possible; danses renouvelées de toutes fâchons ; dames lassées par hait (4) de courre; compaignons misa la grosse alaine; et là fut tout monstre ce qui estoit en homme et en femme de bon et de beau , de hait et de bon voloir on chascun. £t entre les aultres , y avoit une dame , femme au maisire-d'ostel de la royne , qui , par ses manières et beau port et danses , en blessa en cuer une dousaine , car estoit la droite gorgiasse, et le passe -bruit de la route. Je ne sçauroie escrire de ceste feste autrement, fors que , pour autant que la royne y estoit , et le duc et toutte sa famille se traveilloient à faire chière en tout ce qui estoit de pooir , de devoir et de bon voloir ; et n'y avoit chevance espargnée , puissance ne volenté fainte, ne nuls biens plaings: Meismes la royne ne s'en pot taire; mes dict que de son vivant n'avoit eu tant de bien , ne de joie ; mes lui cousteroit bjen

chier; car seipt ans après, elle le comparroit et en auroit regret, ce disoit-elle. La princesse de Piémont en dist autretant ; et moroit d'annuy , ce disoit , quand elle pensoit au département de telle chière. Les aultres dames en dessoubs certifioient que le moindre jour du bon temps de lyens valoit plus que tout ce qu'oncques avoient eu de plaisir en l'ostel de . leur maistresse , là où il les convenoit estre seules, dessevrées de toutes compaignies ] et de devisement d'ommes , mal logées et estroitement , loings de bonnes villes, en mescbantes places à l'esquart , serves et craintives , et pleines de dangier. Et dirent bien aussy en ensievant leur maistresse, que yoirement leur seroit celle chière bien vendue au retour devers le roy , par ung droit contraire. Et pour taat , puis qu*elles y estoient , elles en prendroient leur plein et leur soûl, tant qu'el'es y seroiem.

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