‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 285 sur 494 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Comment la rojne, le roardy après le disner, cnîdoit partir; méa il y cul novel eslrif entre le duc et la rojne.

Or vint le mardi , et disna la royne ; et avoit ordonné, dès la nnyt devant, que tout fcust

nous n'oserions trespasser son ordonnance. 7- Madame, monseigneur vous a envoyé icy, et in'a fait cest honneur \ si est bien mon espoir qu'il se fie bien en moi que vous estes bien. Ung jour plus ou moins entre ly et moi ne seront point cause de vostre grief par devers ly. » Et en ce pendant survindrent eulx entreférir de paroles semblables le comte d'Eu et le seigneur de Gressol , disons : » Certes , monseigneur , le demander ne se peult faire ; il est force que la royne se parle demain ; et n'y a point de remède ; et se faute y avoit , jamès nous n'en viendrions à nostre paix. » Souverainement le seigneur de Gressol en trembloit de peur; car il congnoissoit son maistre et sa commission. Si en requist et pria à genoux ! devant le duc par diverses fois, qui oncques n'y pot obtenir aultre chose, fors que la royne disneroit au demain , et puis après on concluroit du départir. Et le comte d'Eu voyant ceci , ejT considérant que le duc en saroit bien faire au fort , respondit et dit : a Or chù , monsei;;neur , sur vous je m'en attens; vous en sarez bien faire. Nous voua avons amenée la royne icy par l'ordonnance du roy , et nous la ramènerons arrière par devers ly , aussi quand il vous plaira. » Si n'y avoit cely des deux qui ne se tenist bien de rire2, quand ils virent que le parlement ne leur estoit octroyé ; mes mettant leur ;espoir sur le disner fait du lendemain , se fondoicnt de partir la journée et d'aller h giste à Dampierre , trois lieues. La royne meismes , à peine qu'elle ne ploroit de peur , tant frémissoit-elle du Ires-pas du roy , son seigneur ; et la princesse de Piémont, combien qu'elle sentoit et sçavoit bien que la royne avoit cause d'en avoir peur , si ne faisoit-elle que rllre ; et lui estoient roses en cuer le rehis dé son partir; meismes en réconfortoit la royne. Si firent toutes les autres.

BOURGOGNE. -IIP PART. 31»

prest et appointié pour partir, le disner fait. Là cnt-il novel estrif entre le duc et la royne ; là ot-il des argumens faits et de répliques de diverses excuses. La royne cuida vaincre par prier et par donner à entendre le dangier qu'elle y attendoit; et le duc se fortifia sur les raisons d'onneur par lesquelles ne la pooit souffrir partir, ce disoit, sans plus amplement en faire. Et somme toute , prié non prié , il rompy et refusa le parlement pour ce jour ; et constitua messire Adolf de Clèves, son nepveu , garde à la porte en bas , affin que nul n'en partist sans congié. Et le duc de Clèves ainsy fit ; et s'y porta , comme avoit le commandement. Si estoient tant aises , la princesse de Piémont et les autres dames , qu'elles en rirent de joie ; et ne savoit le sei^ gneur de Gressol trouver aultre réplique k ceste fois, que une seule, c'estoit que se la la royne ne partoit alors à ce mardi , elle ne poroit partir aussi le merquedy après , pour leslonocens; et par ainsi, ce seroit encore ung aultre jour de retardement , et mal sur mal , qui tout redonderoit sur ly. Et le duc respondy : qu'alors comme alors , du demain on s'aviseroit comme des autres jours; et quand à partir venroit , il ne le faudroit point lessier pour les Innocens , par espécial aux dames ; car elles ont une singulière loy . Et ainsy , pour fin de conte , le duc la tint pour ce mardy, pour lui faire cbière. Et quand ce vint au mer-» quedy , arrière la retint par puissance ; et n'y avoit ne prière , ne plorer , ne frémir de nulluy qui le peust vaincre. Ains dist à la royne : « Madame , monseigneur se peut bien fier de moi , et je sçay bien que si fait-il. Ge que je vous tiens, c'est pour lui faire honneur et amoiu*, comme je doy , et à vous ; je suis le premier per et doyen des pers de France ; et comme ayant celle prééminence sur tous aultres emprès monseigneur le roy , je vous retiens aujourd'huy de mon auctorité, car j'ai bien cely pooir pour vous faire honneur et révérence. « A ces mos , n'y avoit femme ne homme qui osast répliquer; et se tout chacun ; mes oncques femmes ne furent tant aises que estoient trestouttes de ccste amiable force ; ains eussent bien volu qu'on les eust continué huit jours encore pof satnblable mistèrç.

GEORGE CHASTELLAIN

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