‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 286 sur 494 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les meneurs de cestes danses et festes forent messire Adolf de ClèTes , le seigneur de Beaujeu et Jacques de Bourbon.

De cestes danses et festes furent cbiefs et meneursinessire Adolf de Clèves, le seigneur de Beaujeu , messire Jacques de Bourbon , frères , le seigneur d'Arguel , fils au prince d*Orenges, Henry de Neufchastel, messire Charles de Cbalon , messire Jeban de Groy , fils au seigneur de Croy, le seigneur de Senpy, messire Jean de la ViefviUe, ung nommé Jehan du Puis, et plusieurs autres chevaliers et escuyers, dont y en avoit grand nombre. Le seigneur de la Roche , nonuné messire Philippe Pot , tous ces soirs presque se tint à genoux d'emprès la royne , qui se devisoit à ly , et faisoit personnage entre son maistre et la royne, pour les tenir en terme tous deux ; car avoit le don de parler et de bon esprit en ly ; par quoi lui séoit bien et le sçavoit bien faire. Le seigneur de Quievrain à Taulire lez paroit bien son renc ; et là où il lui séoit faire son personnage , là fit onneur à la maison; car avoit beaucoup de grans biens en ly , et de sens et de meurs et de belle faconde en toutes matères. En y avoit aussy beaucoup d'autres qui paroient bien les rencs sans danser , et qui , de personne et d'estat, se raonstroient entre les dames : comme le seigneur d'Aubigny , Philippe de Bourbon , son frère , le seigneur de Tyanges , messire Tristan de Toulongeon , et Marc Bouton , et autres , sans les vieux et les chevaliers, de Tordre, que je ne mets point en conte. Et à tant je m'en passe , et viens au jeufdi que la royne disna arrière ; et le disner fait, partit en la compagnie du duc, qui la convoya une espascette hors de la ville ; là où au congié prendre avoit des grands remerciemens entre la royne et ly et la princesse , et d'annuyeux et durs regrets à toutes les dames , de leur partement si tost fait. A tant je les laisse , et reviens réduire à mémoire le roy Loys, roy de Cypre, fils au duc de Savoie (1) , frère à la royne de France :

(i) Louis de Piémont , comte de Genève , fils du duc JLouis de Savoie , devint par sou mariage avec Char-

lequel, après la royne estre partie de ht maison du duc , le roy Tenyoya à Hesdin visiter son bel oncle ; et y vint ledict roy accompagnié environ de cinquante chevaux siens ; car estoit expuls et dejetté hors de son royaume , comme vous savez par Thi»toire ici devant; et ne vivoit que de grâces et d^empmnt de ses amys et parens , lesquels estoit venu visiter, constramt, pour avoir leur aide et le recouvrement de son royaulme. Or, estoit vrai que le duc^ en la saison passée devant , n*y avoit que demi an , avoit envoyé une kirveUe (i) toute chargée de vivres pour advitaiUer le chameau de Seraine (2) , en Cypre, que le roy tenoit seul en soa royaulme ; et en toutte destresse de povreté et de més^ise, Tavoit tenu jusqu'à ce jour contre les Infidèles et son fils j^astard , tellement que la clameur de leur souiTretté longuement portée monta jusqu'au ciel ; et n'y avoit espoir de là tenir, sinon plus par miracle et grâce de Dieu que par humaine vertu ; car le roy meismes , autant que le moindre de sa maison , moroit de faim , et n'avoit de quoi leur faire bien ; si en estoit pris pitié au duc ; et en la compaignie de son navire envoyé en secours de la foi, sous son fils bastard, envoya ceste quervelle aussi toute à propre pour aller à Seraine .Favictaillier de vivres , qui montèrent |au prix de sept mille escus, comme me fut rapporté; et de quoi Toeuvre estoit méritoire et louable au monde, et de grand fruict et sustentation à la noblesse maintenue en cely dangier , et dont la souffrance estoit glorieuse pour eux. Et'pour ceste cause , ledict roy , pour en remercier le duc son bienfoiteur^ vint à Hesdm. Et alla au devant de ly toute la baronnie de Tostel , bien avant ; et fut logié en la maison du bailli de Hesdin, près de la porte par où il entra ; et voult ledict roy venir prestement et sans descendre , devers le duc , en son chasteau , le

lotte , fille de Jean de Lnsignan , le 7 octobre 1459, roi de Chypre , de Jérusalem et d'Arménie; mais il fut dépossédé de sa couronne par Jacques , archevêque de Nicosie, frère bâtard de sa femme. Gorhigos , qui était la dernière place possédée par Louis , fut livrée à Jacques en 4465 , par la trahison du gouverneur. A partir de cette époque , il ne fut plus roi que de nom.

(i) Caravelle.

(2) Keronia. .

chasteau , là où ils devisèrent longuement ensemble. Et remercia le roy allors le duc son oncle de ses bienfoits, qui estoient grans, et passoient , ce disoit , la charité de tous les princes] chrestiens et de ses propres parens ; par quoi il se réputoit plus tenu à ly aussy qu'à tous ceulx du monde ; et désiroit bien à vivre le temps qu'il le poroit desservir envers ly ; mes au fort , du non pooir qui restoit en ly , Dieu , espoir, le lui rendroit , ce disoit , en son lieu. Et alors lui fit prière que se d'aventure son navire devoit séjourner sur river à venir en aulcune mer ou port par de là , qu*il pleust au duc , qu'en lieu de riens faire ailleurs , il peut venir jusqu*en Gypre, en secours de son chasteau de Seraine et de son royaume ; car avoit espoir , ce disoit , que par le moyen Id'icellui il espoenteroit le roy ba^ tard sondébouteur, il rébouteroitses ennenîis et les Infidèles, et venrpit à défense et à la recouvrance de sa coronné et de sa gloire; et la famé et le perpétuel mérite demorroient à la maison de Bourgoingne , qui resplendissoit toute en telles œuvres costumière. Mes le duc regardant le poix de la requeste^ aveucques ce que volentiers feisteteust faict pour son cousin , dont le cas sentoit piteux , et souverainement pour l'augmentation de la foy, respondit doucement et dist:que bonnement n'estoit en ly de ce faire, ne de l'accorder ne de l'escondire ; car avoit submis son navire et ses gens à l'ordonnance du pape le sainct-père; par quoy, après l'avoir départi à ly et à son service, ne pooit estre honorable pour ly, ne faisable aussy, de le contourner ailleurs. Mes ^ si d'aventure on percheust que le pape ne se aidast ne servist de celle saison , luy concédoit qu'il ehvoyast devers ly et obtenist qu'il les peust mener en Gypre guerroyer les ennemis de la foi; et ly de sa personne en estoit content, et se submettoit entièrement à la volonté du saint-père. De ceste response estoit tant asoufi le roy de Gypre et ceulx de son conseil , que autant s'en tint à content de la parole comme de l'effect; car plus honorablement ne luy pooit-on respondre; ne luy n'avoit ne ne pooit avoir cause de plus avant surquerre. Et à lant , après vin pris et espices , partirent d'ensamble i et le duc le convoya jusques

visiter et remercier de ses bienfaicts; mes réplicquié par le seigneur de Groy et aultres , et par le seigneur de la Roche , qui fort s'y acquitta , ne fut souffert de ce faire ; car luy monstroit-on qu'il n'appartenoit point , et que s'il le faisoit, le duc s'enfuieroitàl'aultrelez, et s'en courrouceroit amèrement ; et disoient meismes, il viendroit devers ly. Sur quoi le jeusne roy respondit : « Si je cela pensoie , jamès je ne descenderoie du cheval , et m'en iroie dont je suis venu. Point n'appertient à ung si povre roy comme je suis , visitaoiôn ne onneur faite d*ung si hault duc conune il est. Au derrain , il descendy^et se logea ; et les seigneurs allés au devant prindrent congié et le laissèrent. Là pria ce jeusne roy au seigneur de la Roche , qui estoit le derrain partant , qu^il le recommandast humblement à son oncle ; et ledict de la Roche lui respondit en riant : « Par Dieu , sire , vous povez bien rhumblement lessier darrière; c'est trop à ung roy de soi humilier ainsy. U souffira bien à monseigneur ce que nous lui rapporterons de vostre bon voloir ; il n'est convoiteux d'onneur à ly non deu. » Et à tant se partit le chevalier, et vint foire la relacion à son maistre de ce conte qu'il avoit eu avecques le roy ; et en fut ris et tourné en bon ploy et en noble corage de jeusne homme.

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