‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 288 sur 494 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ConiinenI le iluc de Savoye vint à Hceilin p*r un riiniriiche nprés ïCHpm. w|)iioiiiie (l'iiwui, et coiiilucnl le duu nlla au deiaiil,

Par un dimence après vespres, septiesme d'aoust, vînt le duc de Savoie h Hesdîn; et estoil le duc de Bonrgoingnn allé au-devant de ly jus<|UPS un peu hors des portes. Et ce fit pour riionneur de ta royne plus que atiltrement, poune qu'elle estoit sa lillc , j5 soit-il que le duc et ly le Savoyen estoieni cousins {jermains ensemble, estans de frère fit de sœur; mes oscques ne cc»a ce duc de Doiirjïoinf[De , corn grand qu'il fcust , de faire honneur à aullrui , et feust encorre son moindre , pourveu qu'on portast nom de duc comme ly ; car en la venu du nom il égalisoit cliBCun portant le nom avec ly. La baronnie de l'Oslel alla ail-devanl de ly une demyc-lieue. Dont, h l'entrée que fit à lo ville lui esloit bon besoin ; car la compu{;nic de ly n'estoït pas de grand monstre. Avoit multitude de peuple pour le regarder venir; car se faisoit porter aux espaules en une litière par manière d'ung ficrire , \h ofi estoit assis dedans on une rlialcre converle de veloux bleu ; el le desseure de ly qui falsoil le ciel , estoit de velous bleu aussi franguié d'or et de soie ; esloit vestu d'une robe longue foiuxée de nmrtrrs , atout un)» grand collier d"or autour son col , garny de picrrio; et sambloil proprement ti veoir un personnage estrange, qui venisl d'ung pays longuement pcrdu.Leduc se meisi à sa desiro, et toujours clievaucha emprèa la litière jusqucs fi son descendre ; el au descendre le logea en 1.1 meismes place où avoit esté logié le roy j^ deux fois. Et là le fit penser et aîser de tout ce qui estoit possible; l<Httle3 ses gens livrer et fournir de tout ce qu'il falloit ; les nobles et lescliambellans servir en pareil comme le seigneur de Crov; el avoit-un commandement que tout ce que dcmuude- i

roient par toutes les ofliees, qu'on les en fournist. Ce duc Savoyen n'avoit nulles nobles gens siens, ne de son pays, réservé tant seulement le seigneur de Mont-Mnyou , nng grand baron de Savoye; et lui avoit baillé le roy toutes les gens qu'il avoii à sa poste; car le ,tenoit comme en tutelle depuis le fait (jue fit Philippe de Savoye , son fils , de quoy la duccsse morut de despit. Et par ainsy, et depuis qu'il avoit trouvé manière de. prendre et emprisonner ledici Philippe , et qu'il voyoil ledict duc savoyen ii'esloit point Iromrne pour soi gouverner de ly meismes, et qu'il estoil tout impotenieliuuiileqnasi au monde, lui osia tout ce qu'avoil de gens et de gouvernement ancien, réservé aulcuns de son conseil, qui s'enlendoient avecqucs ly; lui bailla toutes gens novelles pour l'uccompagnier el conduire ù la régie meismes que ly ledict roy leur bailla; oi y mist le marquis de Saluée, qui esloit son homme louites-fois et son parent, oi homme de vertu et de bon los. El y mIst aussy Cadorat , ung gentil eseuier, son moistre-d'osiel ; ung auiro , Bobinet , maisire des eaux et des forests de Lyon ; et plusieurs aultres dont les noms me sont esvnnouis, gens nobles el de finance, et par lesquels de tontes choses qui compétoieot à son estât , il se fulloit conduire , et ly meismeg obéir el soi régler seloncq eulx, qui estoit une grand servitude it ung prince. Disnoit à malin à huit ou à neuf heures , cl puis ralloit dui'mir tout nu; se rclevoîtsurhaullcnonne, el puis rulloit niangier de rechiel'; se recoueboit arriére pour dormir . et pais au relever souppoit , rechéanl en sa couce. Ainsi passOit son temps et ses jours en boire , en mangi«r et en dormir, toujours couchîé ou assis; i»ir ne pooit mettre pié devant aultre pour les goullL's el poacrises do son corps que en graisse avoit , et duit ainsy en pescés el en bestiales meurs avccques les femmes en chambre, alenli à peine et si mis au bas aveeques elle*, c'esl ii entendre sa femme, qucjusques à dévutder presque les fusées da fil qu'elles filoient. El pour tant , pour son inutilité et féminine civile condition, estoieot avenus infinis maux en son pays , sédieions , divisions entre les nobles, guerres, tumultes, bandes el pileuses oecisions de l'ung sur

Tanltre ; C9tir n'estoit ne honoré, ne douté , ne amé ne bien yoIu , parce qa*on n*y sentoit nulles vertus , fors tout le contraire de ce en quoi peuples, ne villes, ne cités, ne les nobles du pays porroient espérer salut. Et aînsy ayant vescu sans aulcun cler-fait, et usé de nom de prince soubs uùe meschante vie , au derrain se trouva perdu en Féage de cinquante ans, impotent et povre seloncq son mérir, et destitué de sa liberté et francise ; qui riens ne tenoit de France , fut mis en tutelle et en servitude de son franc patrimoine. Et me doubte , se Jehan Bocace eust vescu encore , il lui eust ordonné place (i) , je ne sçay où , en ung anglet , là où il eust été bien propre avecques les aultres.

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