CHAPITRE XVIII
Comment le duc de Savoye Tint devers le duc de Bour goingne, pour canse qu'il véoit son fils en daugier de prison , en la volenté du roy.
A qui demanderoit la cause pour quoy ce duc de Savoye icy estoit venu maintenant à Hesdin devers le duc de Bourgoingne, et vouidroit sçavoir pour qui ne pour quoi, certes je cuideroie que la cause y estoit petite et très sobre, sinon parce quUl alla vaucrant de ville en ville, ainsi que le roy l'envoya par cy et par là, de place à aultre , pour passer temps. Il s'en vint aussi devers son cousin le duc , pour le veoir en ses pays de dechà, où jamès n'avoit esté. Et se cause y avoit movant de lui , si estoit ce tant seulement pour ce qu'il véoit son fils Philippe en dangier de prison et en la volunté du roy , à quoy ne pooit remédier ; et espérant que par le moyen de ce duc , à qui le roy , ce lui sambloit , ne devoit riens refuser , il le peust tirer dehors, vint devers ly , affin de lui faire prière qu'il vonlsist estre moien de ceste délivrance, comme qui en estoit parin , et l'avoit levé de fons; nonobstant que voix couroit contre ledict duc de Savoye , que ly meismes couvertement avoit pourchassé
(i) Dans son livre intitulé :/>« easibuâ virontmêi fœminarvm illus trium ,\ih,X^ à Timitation dtiqiid Goor^c Cliastcllain a écrit un ouvrage %m Uêw^
malheureux.
devers le roy la correction de 'son fils, du fiât qu'il avoit fait et du gouvernement qu'il avoit pris maulgré ly en Savoie. Dont en après, quand il trouva son fils en tel dangier , et congneut que tout le monde cria contre ly, et nobles , et peuples, et que ledict son fils estoit plaint et amé de tout le monde, estoit venu maintenant à la repentance ; et qui avoit bouté Tespine au pied de son enfant , maintenant ne l'en sçavoit tirer dehors, ne lui procurer garison. Si se trouva à tous lez deceu et povrement traictié , et en soimeismes et en ses enfans , et [en |ses seigneuries et puissances , dont à tout il gisoit en aultrui mercy. Ce duc de Savoye estoit fils à Félix , qui se fit pape , et lequel , autant que ledict son père s'estoit monstre sage en gouvernement temporel , autant par ung contraire , après son père mort , se monstra de povre effect en tout; ets'afémina avec ces Cypriennes, femmes du subtil art, qui l'endormirent ; et autre-tel faisoient les hommes de celle nacion , en qui mains il gisoit tout. Estoit touttevoies belle personne et révérend de corps , hault et droit , et de bon visage ; et parla bien , mes peu y avoit d'effect ; et ce lui monstra-on bien quand , par sa niceté et povre vertu, estrange main le manioit tout ainsi que une pelotte; et le maistria en dedens son pays sans y oser contredire; et au derrain le fit venir à genoux baisier , subgect à aultrui volonté par constrainte. Et encore n estoit point seul cestui damage qu'il avoit pris de sa povre conduite, quand, s'il eust eu vertu ne aulcune valeur en ly, dès lors que le duc de Milan trespassa, le devancier du comte Francisque, il eust emporté Milan paisible devant tous ceux de la terre. Mes telle haulte fortune, fait à ymaginer, ne voloit point tourner en si efféminée main, qui tournoit meismes en gast le sien propre. Bien vingt-cinq jours demora à Hesdin , à grans irès et despens du duc de Bourgoingne ; et disoiton que, aveucques ce qu'il devint malade de gouttes , mal feust en estât pour partir de là. Si en vint l'aventure bien au gré du roy , de son long séjour , car c'estoit ce ijn'tt d^irott « pour tant plus amuser le duc * Blobre $ car tout son cuer
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mise el à laquelle ne pooit parvenir, ce sçavoil bien, se par ly non , au moins pour en tirer fruict-, combien que depuis , quand il en vit la longue tramée , et que le jour passa bien quinze jours, et que le duc meismes envola en Angleterre ung messagier pour avoir nouvelles du faict ou du failly, lui le roy imputa meismes ù son bel oncle la rupture, par doubte qu'il avoit que le duc ne se feust perceu de maie mesure en cesle amislié des Anglois aveucques ly , et que pour tant il la tenisl darrière ; comme le roy pooit bien ymaginer vrai toucliant que ledict son bel oncle s'en esloit bien perceu voirement , mais non pas touchant la rompture ; car ceste là vint meismes du costé des Angluis, par le maulvais pié qu'ils prindrent du costé de France , comme se dira en son lieu. Mes esloit tout notoire, et se percevoit-on publicquement, se une fois l'amistié se feust trouvée entre les deux roys, posé encore qu'elle feust redondée en fruict au duc pour faire ■on voloir, qui avoîl esté la cause pourquoy il la pourchassoit, &i feust elle uient-moins tournée une fois à (jrand Rrlef et damage de sa maison et en foule de ly ou de son fils. Meismes on le lui disoit assez, et lui moustroil-on au doy par vraies conjectures; et de quoy le roy meismes ne se sçavoil faindre , tel fois fut , et parquoy le doulite n'y estoit point sans cause, comme il se descouvrira cy-après plus à plein.