XXI
NOTICE
Bretagne, Il n y est question d'un duc *dc Bretagne que dans la première page , et cela lout-à-fait accessoirement, par sos liaisons avec le comte de Cbarrolais. Il contient en effet les six dernières années de Philippe-le- Bon, de 1461 à 1467, jusqu'à sa mort. Il est terminé par la table générale des six volumes in-folio, dont parait s'être composée dans cet exemplaire celte partie des chroniques de Bourgogne de George Ghastellain.
Le n° 8349 porte à tort le litre de Mémoires de Jean Lefebvre de Salnt-Remy, C'est la suite de la Chronique de Bourgogne de George Chasiellaiu. La table du n*» 8348 montre que ce volume suit le précédent sans laisser de lacune. La chronique de George Chasteilain va jusqu'en 1470. Il est fort probable que George Chastellain avait porté son récit jusqu'au moment de sa mort, arrivée le 20 roai*s 1474; c'est ce qu'indique clairement son continuateur, J. Molinet, qui ne commence qu*à celte année et qui déclare continuer son ami et son maître.
« Dommaige irréparable seroit à cesie magniGcque maison de Bourgogne, dit Molinet dans son second prologue , se tant de fières et merveilleuses emprinses , qui se forment continuellement de forts et vigoureux bras , se périssoient avec le sort des armes , sans les graver en solide mémorial. Le souverain plasmateur», qui tout soubmet à son indiction et dessoubs qui tremble toute chose créée, Tavoit pourveue d'homme tout propre à ce faire. Mais puis n'a guères l'a appelé à sa compaignie par mort naturelle , dont il a payé le tribut, sire George Cdastellain , homme très éloquent, cler d'esprit, très aigre d'engin , prompt en trois langages , très expert orateur, et le non pareil en son temps. C'est le vrai scribe et scient compilateur , qui , par son traict magistral , pcllifioit de précieuses gemmes les somptueux personnages de ce triumphant manoir. Immêinorable$ cantiques
tt produit en leurs iQuenges > Chansons çr^
phéynes^ Proverbes salomoniques , Tragédies , Comédies, Mètres virgilienê , et Sentences prosaicques sont dévolés par divers pays et contrées , Jusquea au saint siège apostolique et à la personne de Bostre siint père le pape. Pourquoi , très illustre prince Charles de Bour-* goingfne regardant la formosité de ses mœurs, la melliliue éloquence distilianle de sa bouche , et b subtilité de son art , le voult anoblir en ses jours ; et à la célébration et solemnité de la Thoison-d'Or- en Yalenciennes (4) , lui donna ordre de chevalerie ,*avec tiltre de Indiciaire , comme celui qui démonstroit par escripture autlienticque les admirables gestes des chevaliers et confrères de l'ordre. Or est[ce très illustre honune es vanoui de nos yeux; sa plume gist en repos; et son réfulgent esprit a pris céleste mansion. Grand planté de ses œu* vres sont démourées imparfaites, qui donneront labeur intollérable à eeulx qui voudront paratteindre à la fin de ses conceptions. — Moi doncques , le plus rude de tous les aultres, son très humble disciple , nourri en son escole plusieurs ans , et induit , sans y donner approche , en son élégant style , après qu'il eust rendu soa ame à son créateur , et que le corps fut livré à la terre , veuillant , selon la ténuité de mon engin , démener à conclusion finale aulcuns de ses principes, dont les Bioyeos sont de baulle recommandation , me tiray vers la sérénité de lostre ti es redoublé prince invaincu > estant en son siège de Nusse, el twidépriay en louCe humilité qu'il lui pleust moi donaer licence de parachever ce que mon tm honoré seigneur et maistre , que Dieu pai^MAt ! avoit encommancé; et icelui, de sa lién^poe gré , et en faveur de haults et puis- ' sans seigneurs mes médiateurs intercesseurs, le m'accorda libéralement , ja soit que j'en soye indigne et que les plus grands de son hostel, parfons historiens et de vive iutelli-
(1) En 1473.
Sm SIRE GEORGE CHASTELLAIN. xxii|
gence (1\ sçanroient miem conduire teste matière que je ne le sçanruie penser .Toiitesf ois, iceulx ententifs à choses ardues et de plus fructueux pois {^) « me laissent ceste grande cbarge es mains^ laquelle f ai embrassée en grande crainte. Mais sous leur bégnin support et favorable correction, mon intention est de VÊumMer plmsiturt emyert €$cripiê de U muum de mon dit seigneur] et maistre, tous désemparés, imparAûis et sans
ordre, pour Um mdaner en mulcu9U cerimim* ro/nmef par lui très grmndewient mcmmctt. Et jà soit que tm muleums d'iemàlm ii mit mm |M#if touckié du siège dé NuSse\ tOUtesfbis le |Aîn-
cipe de ma chronique sera au commencement du dit siège. »
Ces dernières années de la chronique de George Cbastellain n'étaient sans doote pas terminées ou mises en ordre au moment de la transcription du manuscrit S349 , qui me sembleétrele manuscrit même présenté à Charles-le-Téméraire|par Geoi^ Chastellain. Une très-belle miniature qui sera reprodm'te dsms toute sa vérité par M. le comte' de Bastard , dans son magnifique ouvrage , et dont il a bien voulu faire faire une réduction pour moi, représente George Chastellain oflrant son volume au nouveau duc as»s sur son trône.
MAKVscin noTBuan m la muonàQvi ra la crniusB.
Correspondance entre J. Bobertet,le8 seigneurs de Montferrand et de la Rière, et George ChasteUaio.
Voici rindication des diverses pièces, r 1. Lettres envoyées par Jehan Robertet secrétaire de monseigneur le duc de Bourbon,
(1) Il veut sans doute parler d'Olivier de La Marche, car Commines n'était pas connu alors comme écritain, el on en parlait peu sans doute à Charles- le-Téméraire.
(2) La Marche était souvent employé dans des négociations politiques.
à monseigneur de Montferrant , gourenieur de moasdgneur Jacques de Bourbon.
U s*e\ciise de ne pas être allé le voir i la cour^ et syoute :
• Je, à vostre requesteet soubsvostre ccmiseil , me suis enbardy d*escripre à Geoife 1 epîstre que vous envoyé avec les présentes enclose. » la prose , ne la rime , ne le françois, ne le latin , ne sont pas pour estre mis devant si cler orateur qu*il est ^ mais il fauk que je fasse comme louvrier qui avec ostil de dur fer tire le bon et piu* or de la parfonde mine. >»
U rengage à supprimer sa pièce s'il la tronve mauvaise ; « et se voyez que puisse seulement magnifester mon amoiv au dit George par icellui escript , vous plaise me recommander à lui. >»
U finit en disant :
~ • Au surplus, monseigneur de Mentferrant, pour ce que vous sçavei que , entre les vivans hommes francois, je suis icellui qui et* poir a plus amé, quéru, prisié et recueilli par de çà des hauts et accomplis fais du dit George , vous prie que par lee premiers venans vous plaise m*en envoyer aulcune cliose , ainsi que promis le m'avez. En moy recommandant à monseigneur de b Rière, etc. Escript à Daqs le 1" jour de mars.
2. Jehan Robertet à monseigneur de la Rière , escuier d'escuirie de madame de Bourbon.
Il s^excuse de sa négligence à lui escrire et ajoute :
«En oultre j'ay esté par aucun temps en la case nostre, en repos durant une partie de la brumal froidure; et] là recordaius sum verhi quod mihi disU monseigneur de Monferrant , vostre ennemy non mortel , c'est à sçavoîr : qu'il se faisoît fort de moy envoyei^ aulcuné insigne euvre du très copieux coffre de George
NOTICE
et de son éloquence procédant , dont tant 8uys y comme s^avez , désireusement affamé ; et au milieu de mon oyseuse , pour satisfaire à Tennortation de mon dit seigneur de Montferrant , j'ay fait une petite épistre au dit George de la première empainte de mon'povre engin , la quelle ^envoyé par ce porteur affin que par vous deux soit veue. »
Il lui recommande aussi de la brûler si elle lui déplaît , et de ne renvoyer qu'au cas où elle lui conviendrait. >
Escript à Daqs le 3 mars.
C'est la lettre à George Ghastellain par laquelle Robertet lui manifeste le désir de le connaitre.
« Non mie de mon audace , mais à la postulation de bon et sage escuier , comme je croy ton entier amy , Moniferrant , lequel , après plusieurs familières conférences eues entre nous de tes fais loables , m'a ennorté à t'escripre aucune chose. »
Le titre de l'épltre est :
Johannis Roherteti, incliti domini Borho' nii ducis êecretarii, ad clarisêitnum virum Georgium Castellain, inclUi et excelsi prin^ cipis et domini domini Burgundie ducis oraiorem esimium.
Suit la lettre latine qui précède les vers à la louange de Ghastellain et du duc de Bourgogne ; elle est datée
Es Monte Brisone , octoDo kalendarum octobris.
Il compare Ghastellain à Yalère et à Lucain.
Car ainsi qu'eiilx mainte guerre et estour As hautement puis escript h ton tour.
^ II l'élève au-dessus de .tous les faiseurs d'épitaphes , pour celles d'Hector et d'A-
En tons genres as escript et dicté Si baultement que cbascun se remire En maint lirre et en maint beau dicté Que tu as fait , comprins et médité.
Lyon bandé as haultement tissu Parlant des fais de ton César Auguste.
Puis que d'amours après en fus yssu Vifultrê d'amour ceint de mortel tissu , Longtemps a , fis de sa douleur auguste; Puis le Miroir des nobles bel et juste ; Throne asuré pour feu le bon roy Charles. Benoite soit bouche qui si bien parles !
De tes œuvres c^est la moindre partie.
Et jà soit ce que ton duc glorieux , Par sa vertu luisant et immortelle Ait desservi d'estre eslevé aux cieulx , ' Comme très hault prince victorieux , Tout enchâssé en mémoire éternelle , Bien lui duisoit aussi personne telle Que toi , George , qui de lui feis histoire Pour pardiirer à tousjours mais sa gloire.
Il dit que tout prendra fin^ mais que ses écrits vivront toujours.
Ce sont les huys et les clères fenestres Dont nous véons les faits de nos ancestres.
Il ajoute que personne plus que lui n OBt digne de tous les honneurs ; et termine en disant :
Je désire moult ton amours atraire , Pour toy servir quand te semblera bon Des biens que j'ay en Tostel de Bourbon..
A la suite de cette épitre en vers vient une lettre en prose de George Ghastellain à Moniferrant. Elle est écrite sur le ton de la plaisanterie. Il lui dit : qu'il en sera pour ses avances ; qu'il s'est trop tôt vanté d'avoir'quelque chose de lui ; qu'il ne se sent pas disposé. « Mais, dit-il en terminant , déçu dans ta vantise , tu en seras plus sage après et apprenderas à restraindre tes légers dévolemens sur autrui fiance. Fit^e et fay bien. »
SrR SmE GEORGE CHASTELU\IN\
^ Lettre da mtee à Montfemntet antres de ses amis qui, le i" a\ril, lui avaieiit enToyéh lettre de Roberteu
11 leur reproche de TaYoir mis dans rembarras. Il refuse pour le moment d'écnre ; mais il prendra aTis. Il regarde cela comme mie alEdre oik llionneur du pays bourguignon esimtères&é
« Non grand chose est à un George deffendre son honneur encontre un autre son honnourant , mais grand chose est deffendre rhonneur de la maison de Bourgongne encontre m autre qui honneur foit s à la sienne. »
« En Yalencbiennes. d
" Montferrant reçut ces lettres à Bruges et résolut de faire lui-même la réponse à Bo^ bertet que George Chastellain ne^faisait pas. Il suppose que douze dames lui apparaissent. Les douze dames lui adressent la parole et lui offrent de le tirer de Tembarras où il s'est mis pour George. Dans Tallocution il plaisante George. Après avoir loué Robertet qui revenait d'Italie, les douze dames critiquent George en jouant.
« Mais George qui est homme indoct , gros et mal propre à doctrine , peu nouri de nos fruits , moins aprins de nos meurs, lent à labeur , povre en rétention , et non si eureux encore que d'avoir veupour povoir oublier, mais cest homme fiandrin , homme de palus bestiauls , engroissé de meubles qui les organes encombrent, qui endorment les espéris et les vertus , et les opérations de Tame compriment et offusquent , icellui n'est pas à estre mis cy encontre, ô Montferrant, ne à prendre siège par équal avec nostre alléguié , car n'est que, ce que durement plains , ygnorant, bloisant de langue, gras de bouche et de palat , et tout enfangié d'
TMés c«rp«elles à h lauv^de b Mre. »
Elles dësàreni ^cre prKCsiêes à Robertet. MontfefraM le«r rêr«Ml qa d n apprwTe pas leur opinion sur George ei il vMMe soia ami ; mais il accepte leurs services en attendant que George se dêàde à écrire l«HBitee«
Montferrant «voie à George le MUthrt
des dûuu dmmet de rkètcri^me. Il a re^U sa
lettre k 8 mai à Bruges. Il lui raconta
comment les dames lui ont apparu , comment elles Tout prié d'envoyer leurs devises à Robertet , et conunent il ^eur a promis de lo faire ^ mais après avoir consulté George. Il lui demande donc son avis.
George repond à Montferrant 'qu*il ne contredira certainement pas les douze dames. Il rengage à envoyer son mistère et à le recommander lui-même à Valenciennes.
Montferrant écrit à Robertet et lui hAt son envoi <« car l'honneur sauf entre vous deux , il me semble qu'on tous respond » , lui dit-il, et il ajoute :
« Ce n'est ne le mien fait ne celui de George ce mistère droit cy ; c'est le vostre propre procuré de haulte main ; mais obligié en requeste, j'en suis l'envoyeur. Se riens y a du coffre de George, vous le trouverez à la fin ; mais le principal et la premier c'est ouvraige de femme, que George
ignore. »
Suit le poème des Douze dames de rhétorique qui sont :
Science. — Eloquence. — Gravité-de-sens* —Vieille-richesse acquisition.— MuUifonnc.
—Florie-méraoirc.— Noble-nature. —Claircinvenlion. — Précieuse-possession. —Dé luction - loable. — Glorieuse - achoisan
H?i NOTICE
^bacuoe représentée dans une' fort belle miniature accompagnée (l'un envoi dans lequel se trouvent les ver« qui développent Tidée dû Montferrant.
A la suite vient répltre en vers de George Chaslellaih Inî-méma.
Kecognoissant mn povra insuffisance
D'art m'est soliresse et de science aoiioise Et D*aj trésor d'e^ole ne çhevance. Dont , se rice^se esloit en nioy acquisç^ Feust quelque peu précieuse ou enquise , Se riens y a , nature le m'aYance
JTay oultre ce naturelle ferveur Vers les sachans qui sciences nourrissent ; J*ay en parler retliorical saveur ; Mais oultre mode ay-je amour et faveur Vers ceulx en qui meurs et vertus flourissent ; C91: q^an4.l^a^llés et richesses périssent En vertu seule ay choisi ma custode.
Dont se j'ay bien , si n'esse d*autre mode.
J'ay cuer tout humble et aux bons serviable , Corps k l'emploi d'amour rélributive ; J'ai féaulté constante et pcrdurable Vers mon amy , pour mort non séparable Se cas s'i oflVe ou cause préceptive.
If èe Je n'ay pas puiasanoe executive Ce sor^ au cuer ne propre à mon entente i Par quoi Tespoir y est de poxjre attente.
l^f^nite yÎQt me toitre en ppose qui «st un o^ipor^lmeqt à» Sjobertet sur la faveur qu'il awgua;
Leilre de'Robertet' à monseigneur de la Bière ; il le remercie de lui avoir produré la ftiveur d'une lettre de George.
« Certes , sa renommée n'est mie si grande enoores que son mérite requiert. Nul ne Tapprouce; il surmonte soy-mesmes de vraye el immortelle gloire. Son euvre a esté pré- •eotée par dom Martin Henriqucz de Castelle, il a huit jours , à monseigneur le duc noitre maistre, en un bancquct qui se faîsoit
ce jour, prise engrc de lui, louée de tous; et de moy après recueiliye en tel honneur et révérence qu il appartient à si hault et riche envoy.
« Escript à Mon, ce derrenier d'aoust. »]
Lettre de renvoi filial de Chastellain à Robertet ; il lui demande son amitié familière, j
tes vers de George Chastelhin , contenus dans ee beau manuscrit, sont certainement les plus poétiques et les plus noblemeqt pensés qui soient sortis de sa plume. U avait à cœur de ne pas se montrer au dessons de sa réputation aux yeux de la petite cour de Bourbon, près de laquelle ses amis Tavaient représenté comme le premier poète et !e premier prosateur des temps modernes. J'aurais cité ici la meilleure partie de sa réponse, si de jeunes savans, amis de la littérature et des arts du quinzième siècle, ne se proposaient de publier, de la manière la plus magnifique , le manuscrit que je mentionne. Les excellentes miniatures des Douze dames de rhétorique, qui sont comme de petits tableaux pleins de goût, y seront fidèlement reproduites.
1 vol. in-4o sur vélin , écriture] du quinzième siècle.
1" Miniature. Page 7, recto. Représentant Chastellain parlant avec la reine Marguerite.
2«. x\* verso. Chastellain , auquel apparaissent 5 squelettes dont 4 couronnés ; ce sont Richard, le roi d'Ecosse et son fils, Ladislas roi de Naples et sa mie.
3«. xxiv« recto. Chastellain et o squelettes, parmi lesquels Tcmpereur de Constantinaple récemment dépossédé par la conquête turque.
SUR SIRE GEORGE CHASTELLA^N
4*. XXIX* recto. Chastellain et la reine défaut
l le tombeau de Bocace , qoi se soulève et lui adresse la parole.
5*. XL*. Job , sur sou ftunier, et trois joueurs d*instrumens .
0*, jisv recto. Chastellaiu et la reine d'Angleterre assis.
7*. Lv recto. Chastellain et la même reine
d'AagletMTe.
S*. LX¥iii«. Chastellain et la reine , debout et parlant ( il cherche à] la consoler en multipliant les exemples et les préceptes ). On lit en tête du manuscrit :
Pluâieurs temonHraneei ^ êelon h Me de Jehan Bocace (1), par manière de consolation^ adreêchanê à la royne d'Angleterre (2), fille à Régnier, roy de Naples^ de CecUle et de Jérusalem.
Puis Tient la table des chapitres Apràs la première miniature « qui représente G. Chastellain conversant avec la reine Marguerite d'Angleterre , commence le Prologue ahisi qu*il suit :
• Une dame n'a guères démenant grant duel et soy complaignant à moy de Fortune , que dure et parverse lui avoîl procuré, ce disoit , importable annui , et donné nouvellement en son estât confuse morsure, icelle fiable de moy, comme son aceohité de long temps, moy requérant de seoir emprès elle, lui pleut amettre en devises touchant son cas; et telles foisfplourant, et telles fols détordant ses^mains par excès de son grîëf , me contraiogni mesmes larmoier soubs umble semblant par comjiasion de sa cause. Gomme doncques à
(i) Bocace « en effet écrit un onmge <ar la NohU malheureuse ; il a été traduit en français et imprimé in-folio.
(^) Marguerite d'Anjoo , fille de René et épouse 4e Henri VI. Après la défaite et la prise de son mari , en 1463 , elle parvint k fuir d'Angleterre et arriva à FB-
use. yo^êê la Cbrooiqua de G* ClMtlëlif *•-
xxvij
nous deux lors fut ung lieu propre à devises; et que à cause de longue habitude eue ensemble par norreture , n y avoit defiiance entre nous, par qnoy Tun ne parlast de franc este** macq à Tautre de son affaire : enfin me re« qnbt, qu*en faveur d'elle et par compasion de son annuy, comme piteux, ce me dist, coustumièrement sur nobles femmes désolées je voulsisse faire aucun petit traictié de fortune, et prenant pied sur son inconstance et dece veuse nature, je le feisse sy espécial que la doctrine lu! en peust tourner à fruit. Dont, comme par commun usaige de parler, je m'excusasse du faire et en feisse refus, disant que ma faculté estoit petite et peu souflisante à ce, enfin, toutes voies , pressé de ses larmes et vaincu de sa débonnaire prière, m'accorday à y entendre, et de ce qui me sei*oit possible, selon le gros rude engin qui estoit en moy, de le faire voulentiers en sa révérence, comme en ensieuvant une promesse à lui faicte. ^t après le congié pris ,' je'me resolvay de le mettre à effect et de labourer en la matière par tel seing qu'en brief je lui en ferois présent, par le Dieu aide.
» Gysant doncques par nuyt en ce seing eC fantasiant de quoy je serviroie ceste ouvre promise, ne comment j'approprieroie langaige à la matère de cas qui m'estoit révélé , non couchié encoires en lit, moy vestu, sur ung bancq , me trouvay entroublié ung peu envers Taube du jour. Et aiant l'imagination alors plaine des impressions du jour passé et les quelles apprîmes se ramentoiei^t à Tes* prit pour entrer en ouvre magnifique , ne sçay comment j'entray en une mistérieusc vision ; et me vint une voix semondre , ce mo sembloit, disant aguement: « Lieve toy sus, A George ! et viens obéir aux célestes ordonnances sur toy descretées , et par lesquelles, devant beaucop d'autres , tu seras béatiflié en honneur et donneras fruit et félicité à autrui par condicion que tu ygnores. Sus I soyes ysnel à ro'ensieuvir. Desvèi toy de tous au^
XXVllj
très encombres du monde pour donner lieu au nouvel escous ; et ne te soit rien terrienne tristour que tu véis oncques , pour te convertir à une seule dont le pleur se commuera en joye. Sus! homme bien euré! sus! viens rendre grâces à ton eur qui aujourd'hui te fait riche d'un haut acquest, quand par l'élection feûcte de ton seul corps, tu acquerras la bénédiction de cent mille hommes , et autant du noble sexe féminin espoir, en loenges et grâces. * l
» Sy n'y eust aultre mouvement en moy dAiit je me perceusse, fors qu'en vertu de la voix je me irouvay, ne sçay comment^ en une cimeutière plaine de tombes richement aornées de poinctes d'or et d'asur^ de diverses armes de seigneurs ; et avecq multitude de divers tiltres en lettres de couUeur estoient estoffées]aussy de diverses images de pourfire et d'albastre et de maintes aultres précieuses matières.
NOtîCË
Comment l'acteur décUlre les sercus des anchiens princes et de plenté de nations.
Comment Tactear deriae de sa vision sur le traitié, et da temple qu*il y apperceu.
S*ensient le contenu des mettres qne Tactenr trouve aa porUjil do temple.
6 strophes de 5 vers de 10 syllabes.
[ Cy commence Tactenr à compter la condicion et la nature du^temple , avec les*mistères quise monstrèrents pour venir à Tactainle de la principale cause sur qnoy M fondé ce livre.
Thistoire des grands hommes dé-
crite par Bocace , depuis Adam jusqu'au roi Jean de France.
Comment Tactenr devise de trois roys quUl perceut entrer an noble temple et de leurs contenances et conduite.
Le roi Richard II et les deux rois d'Ecosse^ père et fils (le dernier tué par un éclat de bombe).
Comment Tacteor devise d*nn roy et de sa mie se complaindans , et déclaire oultre sa vision.
Lancelot (Ladislas), roi de Naples, et sa mie (tous deux empoisonnés).
Comment Tacteur parlant de sa vision fait mémùite d'aucuns malheureux nol>les de Fk'ance.
« Vînt après ung comte d'Erminac], connestable de France ; liés avec lui, le cbancellier du roy et Remonnet de la Guerre, trainnés tous nnds par rues et quarrefours en toute dérision et crédulité par peuple esmeu. Dont eulx, aflin d'en complaindre leur maleur en ce temple et d'en reffreschier la mémoire en lieu deu , se vindrent ramentevoir droit cv
par lamentable estencion. Lesquels, comme fait avoient leur personnaige et prins banc , les sieuvy sur queue, Montagu, grand maistre d'ostel de France , lequel je congneu , par ce que pendu l'achoisy par dessous les aissielles sans teste amont , la teste sur ung fust. Dont luy, soy dolent de telle fin après tant de gloire obtenue, vint ramentevoir droit cy là peiwersité de sa fortune non jamais prédoubtée.
» Vint ung messire Othe de Granson après , chancelier de bault pris, mais non bien voulu
SUR SIRE GEORGE CHASTELLAIN. xxîx
de fortuné en son derrenîer, portant les manières de son finer en lice de gaige , là où , couchié à l'envers sur le sablon, monstra l'espée au fondement dont moru ouitre , qui yaincu lors, confus et plain de honte , aiant porté jusques à celle heure tiltre d'un des bons chevaliers du monde [et des plus exquis , se vint donloir droit cy à Fortune de quoy, sy ennemye envers lui après si longue félicité portée, ne lui avoit souffert yssuede mesmes et à l'avenant de son couraige ; et désiroit fort , ee sambloit , pour estre exemple à ceulx qui se présument en vain de leurs corps, estre receu droit cy et mis en ascont, car il se présentoit à ceste cause. »
Comment raclenr ramembre, parlant de sa vision/des cas d*aacwn malereox nobles d'Angleterre , de Bretaigne et d'aoltres pa>8.
Le maréchal de Rais, Humplîoy duc de Gloceslre , fils , frère et oncle d'ung roi d'Angleterre, Gilles de Brctaigne neveu du roy Charles de France , le comte de SulTolk ( monté jadis au trosne anglois). ,
Cy récite Tacteor en sa vision des cas d*un maleoreux noble de Castiile.
Alain de Lune (Alvarez de Luna).
Bécîte encores Facteur en sa vision de la fin de deux maleureux nobles cbevaliers de la court de Boiirgongne.
« Vindrent après deux chevaliers en manteaulx de larmes, espintelés de sang rouge parmi , et dont les corps dessoubs reluisoient comme véricle ; portoient ymages de haulte valeur, semblant de vertu et de noble affaire, mais de povre et escarse destinée enionguesse de vivre. L^in si cstoit messire Cornille, bastard de lourgoinfïnc, Tautre messire Jacques de La
Laing, fines en .subit, l'un d'une picque, l'autre d'un eop de canon. Sy se vindrent droit cy remonstrer avec les aultres, noa pour eulx douloir de leur mort ne des facteurs, mais pour arguer contre Fortune qui ne leur avoit souffert vie pour à hault contendre, et de quoy, avant demy vie , leur avoit préparé sy soudaine fin.
«Dont eulx, désirans à faire fuir vanité et orgueil en viguer de corps, présumption en jeune baceler, parleur exemple, se vindrent ramentevpir droit cy entre les maleureux, et allégans devoir estre receus en cestui temple , prouvoient leurs cas estre mélablesausy eo recort de livre.
L*acteur récite en sa vision le fils d*ung malenreux noble admirai de France. ,
( Messire Prégent de Coitivy amiral de France , tué d'un coup de canon.)
Cy devise Tacteur dans sa vision bien an long des prospérités et adversités , et de la fin douleute d'un ap; pelle Jacques Cuer. j
« Et combien ,''dit-il, qu'entre les hauts princes et les nobles barons eovis ont député siège à ceux de bas estât, toutes-voies telle peut estrè la vertu de T homme , telle sa famé et auctorité à son entrée , que de l'issue qui fourme son titre tel ou tel, on peut et doit faire narration à l'exigent de la cause. Ceci je dis poiu* cler homme noble à cause de vertu et de haut affaire, et de qui les nobles, se vertu leur est chère, ne doivent avoir vergongnede lui prester escout; ce fut Jacques Cuer, argentier jadis du roi Charles, homme plein d'industrie et hault engin, subtil d'entendement et hault emprcndre ; et toutes 'choses, comme hautes fussent /sachant conduire par labeur. Dont,' sa diligence et activité qui tout'se conyertissoit en affaires publiques et en chose de proufUt c( (la gloire à son maître, tant multiplia
en bt^f» quo <fi Téut de sa «ocatioB D'uvoilp*jf il à Id au fooiide. Kdoit veou de ceot à ceoc mille ; 'ft de ':ent mille av nombre de millkNi par v>ii bens. La gloire de toa maînre fil41 braire en toutes terres, et les fleurons de sa oonroune fil-il res|>leDdir par les lointaines DKTS. Tout le Le^-ant il visita alont son navire ; €^ n'v avoil eu la mer d Orient mast revesui si iKm des fleurs de lys. Alexandrie et Alkaire loi #;stoient Ojlcbidies Portes , et ne Toioient ses yeux qu'en la <;ircuitioa du monde, pour tout seul Testraindre. Qnéroit à appliquer à lui sffui par vertu ce en quoy les diverses nations du monde labeureot ensemble par di- V'frs regards. Dont eD\ie crut dure sur lui, et s*esp4frjtêreot les cuers d^^ liommes de son liaut coDteudre. Mais comme Fortune Tavoit mené au somm^^t de la baulte périlleuse roche, li où le monter plus haut estoit impossible et le dew^endre naturel et ôtt grand péril, lui béaot tomlis plus à diflicile que à faisable, et plus à extrémité que à mesure , aveuglé enfin en sa Itauteiu*, prosfièrant fortune , se trouva à Tenvers ; m :iprès avoir tats trésors espars et diverses régions, ses galécs vagans par les estranges mers, avoir grâce du plus hault homme du monde en son estât, avoir preste à son maistre deux cens mille escusde prest, deux autres cens mille au trésor pour son recouvrenu^nt de Normendie, fut accusé etattaint de crime commis, fut mis en prison , condamné à mort par sentence, tout le sien confisqué au roi , et jugié finablement en la restitution de trois c(*ns mille escus d^amcnde arbitraire. Dont, après longue prison tenue en amertume de cucr, trouva voie enfin de soy embier par nuit et despuyser; là où en quérantscs aventures, Wiubs eschéir en nouvelle fortune, morut en Hod<îs, exillié du venfrc de son honneur, le royaume françois à qui tant avoit fait de glorieux s('rvi(!('s. Si s'en vint ronrjonstrcr flmit cy h tf'ste înciino, et priant que do flrace peust estrcî roc(Mi au collège des maU eureux. S*accusu de sa fauUe, quand de sa
NOTICE
baulte fortune n avoit soen nser en cremear de Dieu et en admodéraiion^ de sa convoitise par trop extrême. »
rrax DoUe emperear de CoostuitiiKrfile.
(Constantin, qui perdit Gonstantinqple sons Mahomet IL)
L*âcfair rérite en ta TîfkMi d'an mateorta nsMe, Mon de Coniabrei, prince d'Anrtrict.
D'oD malenreoi noMeroT de Palane et de sa fia.'
« Nonobstant que vainqueur fust en bataille turquoise avec le cardinal y fut tné tottea* voies en gloire et en los smr tous ro ys de son éage. »
I)*im maleoreox noble roy, Laneelot de Hon grie.
De pluisearanialeurcux nobles, assavoir du comte de Sil.
'< Se présenta aussi et bouta fort pour estre oy, le comte de Sil, tué emprès le roy de Hongrie son maistre et depuis décolé tout mort par les facteurs , et de quoy le fils du Blanc , facteur , en chut en dolourée mort après , avant son terme. »
D*nn rommain appelé messireEstienne dePortaire.
(Pendu pour avoir voulu faire revivre Tancienne liberté à Rome contre le pape et les cardinaux.)
SUR SIRE GEORGE CHASTELLAIN
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i)'an BellouTier-SaToyen.
(Que le légat de Félix fit pendre.) ^
f D'un chcnralier de Pkaidie nommé Guillaade de naWo.
(Tué par sa fenune. ) j
Cm noble de Haymiiiu]nommé Gilles de Potelles.
(Êcartelé sur Féchafaud.) ;
D'an bastard de Bourbon.
(Gulot et le Jbastard de Bourbon.)
B*onPoitetin nommé Jactfoea Chabot.
Décapité et éçartelé , pour la honte que procuré avoit à son parentaige.
De innumérables multitudes qui entrèrent en ce temple.
L'acteur dcTise comment nne royne d'Angleterre et son mari entra au dit temple et comment eUe èe contient.
( Femme de Henry qui n'estoit pas encore mort. )