I . C'est la même qui est Représentée dans ce livre
' Cy récite Facteur les parolles dont elle usa premiers, c'est à entendre la royne d'Angleterre, dcTant la tombe de Jehan Bocace, et comment icelni ressuscita*
La royne s'adresse à Bocace qui sort de sa
tombe.
«O.Tohan Bocacoqni est-il qui oystoncques
terre, roy de droicte ligne, couronné jadis roy de France en Paris, possesseur du sceptra anglois par quarante ans , aiant fila vrAf hoir, et Ini mesmes tenu de père en qiil Angleterre prent plus de gloire, et que icellrii par mutation de peuple , par suggestion dé maulvais hommes, et par longue desléale machination conspirée , soit en sa plaine tM et an milieu de son éage chascié confosemeot dehors de son trosne et hors du Yentre de ton appertenfa*, par son propre subject, lequel soy eslevanten roy, et soy fourmant contraire de son sottYorain, journellement,, par toaflit voyas de fait et par multitude de durée batallH» les, enfin nous a expuls mon[jnary et mojf ei préYalant en son tort sur nostre juste querellei a dévoré en son espée la noblesse angioiseï comme le sang encore m'en pend au manteaa que je porte, pour Teiemple du cas.
» O femme infortunée ! n'a guères encore puissante royne en Londres , plaine de gloire et d'excellant honneur , hélas ! et aujourd'uy ne m'est demeuré une f éaulté de vassal ne recongnoissance en Yille qui s'ose monstreri pour paour de mort ; n'est place nulle qui me soit refuge pour moy sauYor, ne couraige en qui je mette seureté ne fondement d'espA-^ ronce, tout failly et abandonné en estroit besoing. Et se y eus oncques rien de féable et certain ressort , ou il est mort pour mott honneur Yaillamment , ou tourné à party co(h traire dissimuleur crainlif. Dont destrainte d'amertunnie et qui ne véoye plus terre qui ne me fust fosàe de mort , iq'en suis f uye en Escoche, là où Yivant d'emprunt et réCéue soubs promesse de secours, portant ifiainte'po^ Yreté honteuse , EscocboiS enfin ra'ottt lai^ dément déceue ; et m'est tournée la fiance qu^avoye en éulx en plaie de desrision entrame.
wO noble historien! que diray-je en oultre? que diray-je d'un desplorable dangier auquel fortune m'a mené. Encore j'ay esté mise à
ne
qui trouva en livre , que img roy d'Angle- 1 saqueman par main mise en mon corps é
kxxîi NOTICE
viles mains hommicides de mes desnaturés 1 morsure *en mon honneur et famé. Car non
subgects, menassée de mort furieusement, mise.à genoux pleurant soubs brandissant espée, là où despouillée du derrain de mon avoir, et non faisant pois de ma perte , non de ma propre misérable personne , morust ou non , fors tant seulement de mon fils le royal liéritier , division &ourdant entre mes busti- Heurs aucuns à cause de ma despoulte dont s'entretenoient, parquoy eui\ empeschiés pour paour de leurs propres vies , m*envoya Dieu évasion de leurs mains comme par mi* racle , là où , actaintede fréur et cuidant que Biort me sieuvist toudis , par paour conceue , craignant plus perdre mon fils que ma charongne , pour sauver celui me trouvay cons- Irainte de le mettre en la main d'ung murdrier, en la main d'ung bringant, agaicteurde gens dans une forest, lequel recongnoissant Toir d'Angleterre , divinement inspiré , ensamble la triste misérable mère menée à ceste fin , le receut révéramment, promist d'en faire œuvre mémorable à tousjours; et mettant promesse à effect, tellement s'y porta que la vie aujourd'hui lui est sauve par ses mains; et est encoires Angleterre de royal ligule droicturière.
. »Hellas!où est oy oncques plus estroit de* gré, ne que mère fust constrainte de faire tel habandon, non pas mère tant seuUement royne comme moy , mais mère la plus povre du monde qui s'y osast attendre. Certes, entre les histoires angtoises point ne sera ceste-cy la moindre pour le temps futur; ains avec gloire qui me sera deue de telle adversité avoir portée , si y sera la matère plourable sur toutes par le compter de ma personne. Sont et se j'ay maintenant compté comme en gros mon dur maleur, etquà toy, begnin
contons aucuns de m' avoir osté les biens de fortune qui sont variables, de m'avoir tué mes amis et léaulx subjects devant moy, de m'avoir chasciée confusément en mendicité estroite , d'avoir mys main en moy et machiné en ma mort , me sont venus oster et embler les biens de grâce que j'ay de Dieu et que j'ay quis à maintenir en vertu et en usaige de preude femme , mentans voluntairement , Dieu m'en soit juge ! et disans que le fruit de mon ventre est fruit de fornication et d'emprunt , et venu de basse racine n'est digne de parattaindre à succession royale. De quoy, quand la vengance ne peut .estre devers moy à l'apparteneur du cas, au moins suppliè-je à la divine équité de lassus qu'en temps et lieu m'en face droiture. J'en ay esté faire ma plainte à mes parens , signifié aux princes crestiens mon adventure; au roy de France Loys requis de confort, qui me relenquist ; pareillement à mon père et ailleurs, qui n'osent ou ne pevent. Seul ung prince, le duc de Bourgoingne, devers qui on m'avoit procuré indignacion par faulx rapports et en qui faice je craingnoye me trouver, doubtant que ne me daignast congnoislre, icelui seul m'a receu piteux ; et jet* tant tout vieux souvenir darrière le dos, m'a ouvert le coffre de Tonneur du monde par bonté monstrée , m'a conforté de ses paroUes, m'a fait experte de son noble couraige, m'a donné largement de ses biens, m'a fait conduire hors de dangier jusques en paternelle main. Et qui ne suis que sa parente en tiers degré , dont oncques il n'en tira fruit , m'a obligée comme fille envers lui en laudation perpétuelle, qui bénir doy l'eure de mon accès devers lui craintive, et maudire la
escoulcur , me soye ung pou sancié par com- | cause par quoy si à [tart l'ay [congneu , car
plainte, reste tôutcsvoies encore ung point importable , et lequel, quand tous les autres ne pevent que donner tourmens au corps à tnrme <jie vie , cestui cy me laisse perpétuelle
maintenant ne me fust pas ainsy.
»0 Jehan Bocace ! dont en voyant ceste misérable royne tourmentée ainsy et enlouillie en ung comtc^donl la dui^elé l'estrangle , que
SUR SIRE GEORGE CHASTELLAIN
diras tu droict cy ? ne sera receue en toy sa lamentationi^ et ne te mouvera à piiié de fortune dont de nulle telle ? Respons , et dis que t^en semble , ne quel siège doit avoir en ton lemple par perpétuel. » ,
En ce chappiu^ est la responce que fait Jeban Bocace à*~la rojne d'Angleterre.
De Tordonnance de Dieu sur la vie saint Job récite Tacleur en sa vision.
De la fortune du roy Nabngodonosor et de sa me»congnoissaiice, comme l'acteur récite.
L'acteur récite du roy^Manassès, de son adversité et reslaurcment.
De Sigismond roy de Behaigne et de sa pestilance , et comment il retourna à son règne plus que jamais.
L'acteur récite du roy Alphonse d'Aragon et de son adversité dont Fortune le deschargea et remisten hault degré de magesté.
' £t encoires récite l'acteur en sa vision d'un duc d'Orléans mal fortuné , et qui après longue prison retint en prospérité.
( Il s'agit de Charles d'Orléans fait prisonnier à Azincourt , auteur de jolis vers. ) ^
Cy faict l'acteur mencion d'une royne de C}i>pre et de ses adversités innuuiérables.
rjepourroie alléguer beaucoup d'autres de pareille nature, et lesquels par faulte de virilité et de constance de cuer sont venus à in-