CHAPITRE XXXin
Après ces deux frères ponrveus ainsi d'appointement , vint ji Uesdin arrière le comte d'Estampes," novel comte de Nevers par le irespas de son frère aisné , le comte Charles, qui ne laissa nuls cnfans après ly légitimes de la fille au comte d'Alebrelh. Dont , pour ce que ce comte d'Estampes, nommé Jehan, esloit prochain lioir de son frère , il saisy la seigneurie el se vesU de la toute succession à lui appartenant. Et en ce faisant, la douugière sa belle-seur se seoly aulcunement grevée ; car lui esloit assez rigoureux, ce disoit, ledict comie. Si s'en envoya doloir au duc de fiourgoingne, qui avoil esti^ moyen de ce mariage faire ; el ïtû requist que maintenant il lui pleust tant hârt devers le novel comte de Kevers , frère dç son feu mari , qu'elle peust obtenir droit «t raison de ly , comme une povre vcfve , et vîvrft du sien emprès ly, en amour el en concorde. Et envoya devers le duc pour ce faire , ung notable homme de conseil et bon clerc , et lequel estoit venu à llesdiu avant que le comte d Estampes y arrivasl ly-meisme. be duc entendy volentiers à la querelle de la damo vefve , Cl dist que volontiers y feroit le mieux, et l'aideroit ù garder d'oppression. Pendant ce temps , le comte dessnsdict y vint à grand regret encore, ce disoil-on, et à bien envis) car se sentoit durement mesfait et offenseur en la maison. Et sçaichant de vrai que , quelque dissimulation que le duc son oncle en fisl , pour non norrir discorde en sa maison et pour culdier estaindre le cas , si estoit-il enfroidy en coragc envers ly , et le véoit à regret, comme nature le devoit, plus tost tirer à son propre fils qu'à ly, pur ainsi , la coulpc commise lui engendra honte ei reboutemeut en soi-meisme. El à regret et à dur se trouva au beu ; car n'y voyoit œil d'omme qui le regardasl, qu'il ne pensast que ce feust à charge et <i note de son p<^cbié. Du péçbié ne veul parier ne faire mention ,
CHRONIQUE DÉS DUCS DE BOUnGOGNE.-IIt' PAIIT.
car il a eslé ailleurs dëclair<i pur la conslrainie du cas; mes reviens cfieoir h son venir à Hcsdin, là oii aucuns, mes pen , nllèrcnl au-devant , car beaucop dn coragcs des robles hommes s'estoient retrais d'en arrière de ly. Luy venu , alla venir le duc son oncle , à lout le ducil de son frère. Si lui lit le duc cliière accoustumée ; et parla et devisa avecques lui trois ou quatre jours durant , sans qu'il y ol mystère ne singulier perfonnaçe qui h conter face ; si non que le duc lui parla pour ia contesse Tcfve , et lui pria qu'il la ïoulsist traiclier doucement et en raison , comme relaioquie de «on frère aisné , dont il avoit eu les biens; et lui dist qu'onneur ne porroit «offrir qu'il la traitas! mal. Si y tint le duc tellement la main pour elle, qu'il les mist d'accord sur le lieu ; et s'en rptourna l'omme de la comtesse vefve lout conforté vers sa maili-esse et bien content. Le comte y demora quatre jours entiers; le cinquième il partit. Et est vrai que jà avoit eu Ion{;ue espace que ce comte , comme j'ni dict , avoit eslongit^ la maison de son oncle , là où il avoit esti? norry et eslevè, Et à cause de ce qu'il s^^avoît clèrement que le comte de Cliurolois, son futur chieF et seigneur, lui voioit mal, à ccste cause s'estoit retrait et fortifié du roy , pour en temps advenir y prendre garant contre ly, et y quist toutes voies et moiens qu'il pot pour y avoir accoinlance, et tant plus comme il scntoit bien que le roy n'umoit point le comte de Oiarolois. Ccsles manières de faire furent veues et congneues du duc el des siens; et sans en faire grand scml}lant , furent bien notées. Et comme de lout temps par avant co comte d'Estampes avoit eu sa pension âl'osiel bien paiée , au dcrrain , ce croy-je , il trouva son paiement froit , et conceut en ly-meismes que ce se faisoit tout voluntairement pour lui donner congié. Si vint k point maintenant, el en parla au duo son oncle, pour sçavoir qu'il en dirait ; et le duc ty respondy : « Beau nepveu, je vous ay fait du mieulx que j'ay peu quand vous vous estes tenu avecques moy ; et maintenant vous avez pension de monseigneur le roy et estes à ly. Je ne puis pas à tout fournir ; j'ai des grandes charges , et me convient en pourveolr mon estut, — Monseigneur , à TOBlre plesir, co tfist le
conilo, je vous remercie luimblemenldett vos biens ; il convient bien doncques que je face du mieulx que je porrai. " Et à peu de paroles après le comte prisi conjié du duc el s'en alla. Au descendre du chasici, aiusy qu'on se vient tellefoîs devisant , disl :i ung des siens : ■' Or clià! liesse! le fils m'a volu deshonorer , et le père me boute hors de sa maison ; qu'est-il de faire ? au moins me cOnvienl-il vivre jusqu'à la mort? Or, voise comme; il ; peut , il ne peut aller pis que mal.» Et purloîl ainsy eu homme mal content , comme il avoit bien cause ; mes ce devoit estre de ly-meismes ; car ly-meismcs k sa maie heure s'estoit brassé ce brassïn , et n'en devoîi à homme du monde donner le tort qu'ù soi propre , procureur de son mal et d'autrui. AlimtsepartildeHesdin, et prîsl son chemin vers le roy , bien aise de cocy , et que la maison de fiourgoinj;nG en esloit alTuiblic.