‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 330 sur 494 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Gomment monseigneur de La Koche avertist le seigneur de Groy de divers langnages qui se disoient en darière ly.

« Monseigneur de Groy , ce sont ici les lan** guages que j*ai oy et qui se dient par le pays en divers lieux ; là où on ne fait espargne da vostre nom , ains conjecture-on sur vous, et vous donne-on de grans chai^;es et orribles , et tant que j'en suis tout annuyé. Et me des« plaist durement d'avoir cause de tant vous eq dire ; mes je m'acquitte en mon honneur en* vers vous , qui , à cause de Tordre ^ vous doy avertir de ce que j'oy et qui vous compète à l'honneur, et vous doy deffendre , là où il m'est possible ; et là où je ne puis^ je vous en doy avertir. Dont , si j'en volaye prendre la bataille , j'aroye trop à faire , car j'aroye à faire à cinq mille hommes ; mes à vous , à qui le cas compète , c'est à vous de vous en deffendre , qui sçavez que c'en est. Par ma foy, nM>nseigneur de Croy, ce poise moy que les choses sont telles , et qu'en temps et heure vous n'avez aultrement pourveu de vous. Aultrefois vous en ai parlé assez , et vous en ai dit ce qui m*en sambioit : que se vous ne trouvez voie et moyen d'avoir la grasce de inoaseigneur de Gfaarolois et de le contenter, vous vous perdriez et venriez k povre fin ; car n'y a point de comparaison entre vous deux ; et en ariez le blasme et la tort par tout le monde ; mes vostre aveugla ment vous a hit à croire ce qui vous eu impossible. Vous vous êtes fondé du père , et trop fié en ly ', et sur le frain de son amour , vous n'avez admiré le fils. Dont , et se vous estes aulcmnes fois mis en devoir envers ly pour avoir sa grasce, se n'est^<ce qu'à fainte ; et ne sortissoit point d*effect de vos paroiles ; ains continuiez tousjours et persévériez en vos vieilles manières de faire, de impéirer tout , d'embrasser tout, et l'appliquier à vous. Villes, chasteaux, gouvernement de pays ,' riens ne venoit ne n'escbéoit qui ne chéist en vos nmins , ou à vostre flrère « ou fc vos nepveux. Nul, tant fosl grand j at

prince M atiUre , m mmmlê^mU m 9$

GEORGE CHASTELLAIN

maisnie , n^y prindrent oncques locque.'Mon- 1 haut cuer de grandir vostre maison vous a seigneur de Gharolois à tous mesmes ; le foil trop amer vostre péril. Se mesure f ust vous a reprouvé en vostre présence; dont

oncques toute voies, amendement ne sievy de vostre part , ains plus continuation en orgueil et en fierté, vous vantant, comme le comte aultrefois Ta bien sceu, que vous n'estiez pas gens à desfaire , et que vOus estiez , vos alliés et vos parens en Picardie , ; cinq cents chevaliers etescuiers qui vous serviroient , et vous aulires cinquante hommes , maisons voslres, tenables et pour porter burl. Tels mots , vous sçavez , cuisent à un prince , espécialement d'ung serviteur fait et eslevé en la maison. Si ne m*esmaie s'il en a dueil ; car se j'esioie ce que ly , il me touceroit au cuer. Le povre homme , vous sçavez qu'il a eu à souffrir et a eu à porter mainte mérancolie , ce scet-on bien , à vostre cause. Pour vous approchier du père , vous l'en avez esloingnié; et pour vous maintenir en sa grasce, on vous impute que l'avez mis en son indignacion ; et que par calcolation que vous avez trouvé de sa naissance , c'est ung honune orrible , cruel et né à beaucop de mal faire ; tant qu'à le mettre par tels languages en abhomination au père , et jusques à lui plaindre ce qui lui estoit à venir. Ce mesmes diston de vous, que vous l'avez mis en ce parti devers le roy ; et qu'à ceste cause , il le het et craint , et a contendu en sa prise ou en sa mort , par le bastard dont présentement est question. Dont , se vous y avez coulpe , comme gens l'arguënt et^conjecturent , c'est dammage et me poise ; car c'est le pis empris qu'oncques fist homme , et de quoi vous serez perdu , et à déserte une fois , et tous les voslres. Et devriez voloir non avoir esté ; car ciel et terre seront plains de vostre peschié, et dont nul pire ne sera trouvé en livre. O maudite humaine erreur , de laquelle , com petite part on en prent au commencement , elle maine à infini abus et à final desvoy. Ceste erreur, monseigneur , vous a happé jà long-temps ; et long-temps a qu'on s'en est bien perceu , et qu'on vous en a assez toucié. Mes plus est venu le temps avant d*année en année , plus est multipliée en vous ceste erreur, et congneue pire sur pire. L'amour envers vous mesmes vous a decheu , et le

demorée en vous, congnoissance n'y fust point estainte , ne erreur ne s'y fust point boutée , ne aveuglement norry ; et n'eussiez quis ne les voies ne les moyens que vous avez quia devers le roy, qui ne vous sont pas loables, et par lesquels Terreur grande et orrible en qu<M vous estes maintenant se congnoiit, et est perceue en grief esclandre. Et de quoy je me donne merveilles , se le cas est tel , comment oncques en cuer de noble homme , ceste , ne telle erreur, pot descendre ne preudire pied. Vous estes ung noble chevalier, vend avant à vos jours , et qui avez eu de Tonneur du monde ce qui en est , auclovUé et hault estât, souveraine crédence emprès le maistre , grasce de sens et de veullaoce, bien amé et bienloé jusques ici, hautement allié, rice de possession et de biens, et avez de beaux enîans , lesquels vous devez plus désirer à lessier grans en humilité de vostre conduite , que les faire princes et roys en coustange de vostre honneur. Et ne sçay rien au monde qui vous messiet aujourd'hui neqni vous puist deffaire , que ceste maudite arrogance que vous avez prise de vous porteç fort contre monseigneur de Gharolois pour le roy, et par si faites fins. Lesquelles , se vous les vouliez delessier encore et vous humilier, offrir amende et repeniance , congnoistre cely que vous devez congnoistre , le servir et léalement amer comme devez, on vous y trouveroilvoie et accès ; on vous praticqueroit graoe et rémission ; et seriez receu en.vos offres et amendes ; et seroient vos humilités acceptables. Et jà-soit-ce que monseigneur de Gharolois encore vous a fait toucier de vostre retour, et fait ouvrir les voies et les poius sur quoi , et que tout vous avez refusé et desdaignié despitement, touttes-fois encore, si vous vouliez, on trouveroit manière, espoir, de réduire tout à bien pour vous, et de vous y servir et valoir. Pourtant avisez et concluez en vous de vostre honneur et de vostre salut. Un temps est et vient à telle heure , qui James ne retourne. Le temps est vostre maintenant , pour bien ou mal en faire -, mes il est si près de l'estiquette que , se vous ne le tournez à bien, jamès n'y recouvrerez On

' vous a donné grâce de sage hom™e j"sques en ce cas ; mes ici pend la pins grant follie qu^homme fist oncqnes. Tout sens du monde n'est nul s*il ne tourne en soy-mesmes ; et foUier contre soy n'est pas follie , mes derverîe. J'eusse peu excuser ung jeusne homme , mes folle Tcillesse dampne l'homme

•et le confond. Dieu a l'euil sur tous, et en tous cuers il escrutine les pensées. Se vous proposez sans ly, vous le trouverez contre vous ; et là où vous asseirez vostre corage , là trouverez vostre aventure tbutte du mesme à vostre propos bon ou malvais. Dieu vous en lesse user et bien eslire. »

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