‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 329 sur 494 · CHAPITRE LVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIIL

Comment le seignenr de La Roche raconta h ranleor les derlaes et les ranonstrances qa*U aToit eos k cethiy 4e Croy.

Lors fiftt son conte et dist icy et ainsy : « Je fis mon entrée, disant : Monseigneor, je vouldroie avoir moins cause de parler à voos , et de plus me taire à vostre joie qu'à vous rien dire à peu de fruit et sans profit ; mes comme je me voy obligié envers vous » tant pour cause de l'ordre comme de /raternité crestienne de noblesse » aveucques le serment que j'ai au bien et à Vonneur de la maison dont vous.et moi sommes y et que je voys icelle perdre et branler en péril , soubs charge qu'on vous y donne , je m'avance , comme aultre-fois par cy-devant ai fait , de rentrer arrière en paroUes avec vous « et de vous dôscouvrir, non pas seulement ce que mes yeux et mon cuer me rapportent, mes ce que cent mille bouces d'ommes recôrdent et prononcent, dont je nesuis que relateur. Par cy-devant , quand les causes de moi parler à vous estoient moindres , si m'efforçay-je néantmoins, à tiltre de bien, de vous servir et pcnrfiter , à peu de gré , en vostre honneur. Et maintenant , quand je voy les causes plus grandes qu'oncques jamès , et les dangiers croistre sur vous aveucques le temps , se j'en dévoie estre mal volu de vous plus cent fois , si ne m'en tairai-je. Que vanlt le longuement celer ? Vous estes ung homme perdu , honune prochain de mille dangiers , dont la fin est mort , qui en multiplicatioD de vos ans plus et plus multipliez en aveuglement , et dont la faute vous est confuse. Le monde crie sur vous toutes bouces d'hommes vous nau* dissent , et ne cessent de murmurer sur vos faicts ; et là où vostre présence et la vene de vous donne occasion d'en faire divers[contes\ en chambres et en rues, aussi, vous absent, se ne hon(;e-on que de vostre personne ; les enfans meismes vont à la moustarde atout vostre nom, et les vieilles, atout leur queneule filans, vous noircissent de leurs lèvres. La terre se veult sourdre contre vous, et le ciel soi former vostre accuseur en crime

énorme. Qae direi-vom, ne qae dirai-je?

Oik sont vos yeoix, où est le sens d*ong premier chambrelan d*nng duc de Bourgoing^ne , le plus grand duc de la terre, et le mieux renommé, et lequel, en ensieuvant ly, doit avoir aussi ung maistre chevalier garde de son corps de samblable nom et vertu ? Où est le conseil et avis qui se doit traire de vous en aultrul confort, qui , tout aveugle et ignorant en propre affaire , mettez perplexité en salut commune ? Ne vous percevez-vous , en allant sur la rue ou regardant par fénestres , des troppeaux que les gens font çà et là diversement , nobles aveucques nobles , menue gens aveucques sorte pareille, meismes jusques à vos plus prochains accointés , buvans et mengeans tous les jours aveucques vous. Tous eulx ne parlent que de vous; tous ne se font que esmerveiller de vostre conduite ; et levans et relevans vostre cas et le tornans à tout ploy où il se peut mettre , n*y treuvent que mortel outrage , et prennent toute byde en leur entendement de ce qu*en vous perçoivent. Vosiro dangier, aultrefois je Taf veu remédial.le ; mes maintenant le voy hors du possible de y pourveoir; car plus vivez, plus Tempirez tout volentierls, comme se de riens ne vous fust ; et que follie emprendre et outrage conduire , ne vous peust donner blasme. Quel hardement avez en vous, qui de si hauft vous fait présumer, comme on voit que , à longue charge que avez portée d'avoir pris pointe contre le fils , couvertement et soubs fiction de preud omie , machinez encore en la ruine du père ; et après lui avoir fait perdre les villes et terres sur Somme , Tescu de ses pays , lui faites venir manasse de guerre en ceste sa ville , sur ung honteulx tiltrc qui vous touce; c'est du bastîu'd de Reubenpré; ne demale-heure pour vous , pour charge qui vous y append , et puis encore pour la commission qu'il avoit prise et dont les procureurs sont à maudire. Que pensez- vous, monseigneur de Croy?

Cuidiez-vous que les gens se doivent taire d'ung si hault et grand cas comme ici se voit, que vous , gouvernant le père , tenez son fils en indignation devers ly , et faignant estre son léal serviteur, vous vous maintenez ennemi de son eni^nt ? Gomme se devra tourner ceci.

ne estro entendu , que bommt face k croire d'amer le père et léalement le servir , et haïr son seul fils et lui procurer meschief , voiant le père? Ne comment pora père amer servi* teur , ne lui donner crédence , là où le serviteur monstre par eflect au père que son fils n'a en grâce ? Dëa ! monseigneur , je ne vous vueille point charger ; mes le monde vous charge grièvement , et de quoi je vous suis avertisseur. Les habitans de bonnes villes des divers pays de declià meisroe , et de la maison de ciens , ont veu les personnages qui ont esté fais nagaires , l'année passée , en Anvers et à Bruges , et là où monseigneur vous porta , et vostre lignage , à rencontre de monseigneur son fils ; le chargea de bourdes et de frivoles, et vous excusa et se loa de vostre service , et ' approuva votre preud'omie , comme cuidant bien faire , et comme j'espoire que si. Mes non pour tant ceux qui ce vcoient et ooient , et avoient conccu les doléances et plaintes de leur seigneur avenir faictes contre vous , et icelles estre vivement prouvées et attaintes , et remonstrées où et quoy , par point et par articles , aveucques ce qui de soi-meismes , longuement et par diverses fois , s'estoit monstre en descouvert, certes , par révérence portée au père , et à qui ne voloient ne ne voudroient contredire , ils s'en tindrent à son dire. Mes n'entendez pour tant, que la pité conceue du cas du fils ne leur feust plus prochaine et créable que vostre excuse. Meismes tout deffendu et paré par monseigneur , le peuple vous crucifioit en son cuer , et vous roaintenoit aultre ; car ils sçavoient bien que vous aviez vostre maistre par Toreille ; que de tout en tout il reposoit sur vous , vous donnoit crédence , foi et fermeté , voloit ce que vous et desvoloit ce que vous non. Certes ce fit-il par vertu et hame bonté de ly qui vous avoit norri quarante ans , dont tant phis vous tenoit fiable ; mes à tomer le feuillet , et vou^ voyant si grand et si eslevé , et que tout brandissoit soubs vous , et que vous aviez quis vos affuites en France et vos alliances en divers pays, et que les places frontières et maistresses de tous les pays , gissoient en vos mains , aviez tout , et appliquiez tout à vous et aux vostres ; le povre comte n'avoit rien , ne que ung bastard ; si n'avoit nuUui ; vivoit

HEORGE CnASTEUAIN,

en emprunt sur la compassion des pays de son père , rompu en sa pension par vous, et cbassié au fouet ; prindrent cerles en eulx tout entier contempnement de vostre personne, formée haine contre vous ; et en couvert et en publique , réservé ceux qui à vous estoient , firent clameurs et plaintes à Dieu et as hommes de vostre oultrage, disans : « Gestes gens cy se veuillent faire égaulx aveucqHes rentier du pays ; le veullent confondre et destruire pour eulx essourdre ; se mettent en pointe 'contre ly , et se fortifient au bras de France; ne le craigneni ne n'admirent ne que per à per ; et là où sa puissance leur samble estre grande pour eulx , pour le temps futur , coniendent et ont contendu à la diminuer par subtils personnaj^es. Et en eiïtit , ainsi l'ont fait. Çà ! ça ! il y convient pourvoir. Croy bas ! nous l'avons veii venir povre chevalier cyens; et maintenant il sera maistrede nostre bcrittcr et le chassera ! A malheur jà n'aviengnei ne jik ne plaise à Dieu que homme le souOre ! " Véez-cy les languages que darrière de vous, et souvent tout au plus près à bas son se faisoient , vous donnant de grandes charges, et de quoi vous devriez avoir hyde de les porter. Et pour dire vrai . se l'effecl est tel comme porte la criée , ne le peuple ne les pays de deçà n'ont pas grande cause de vous bien voloir ; moins encore le (ils , et surtout moins encore le père , à qui vous avez, ce dieni les gens, osié du col l'escu , lequel , en vertu et en fleur de sa vaillance il avoit conquis chevalereusement sur le plus haut roy du monde ; et vous , en son vivant, subtilement et à praticquée fin, le lui avez fait reperdre en son dur opprobre. Si enfontleur'piainie et regret. Toute qualité d*ommes vous en blasment et comdampnent , et détroncent vostre nom diversement. Et posé que grand soyez , «l que tel vous congnoissent , et que vos léaultés voient bien et perçoivent tendre à haute fin, touievoies , au fort venir,' ne vous ammirent, ce dient, et n'ont que faire de vous , ne de riens y quérir ; vous congnoissent liomme de foriunc, fuit et cslevé as mains, assis en degré variable, non héritable pour vous, ne counuturel, et non aulirement, fors huy assis, demain rué en bas; parquoi vostre auctoiité ne leur poru

[ilus nuire. Et par ainsi , comme vostre estai , ce dient, n'est que accidentel , et que Testât du fils de leur prince congnoissent esire Venu par nature, né prince et seigneur, que eulx doivent avoir amour et aOeciion à ly , non i aultre, cerles, cOntempnant vous et despectant votre auciorité , se adhèrent et ajoingnent à cely où nature leur enseigne. Et voians et considérans vous quérir vos fortifications contre ly , et vous porter fier et animé encontre sa liaultesse, se rient de vous et se gabent de vostre fortune ; vous mettent et remeitent en mille ploys ; cl ramenans à compte tout ce qui se peult dire de vous , laillcnt et prophétisent vos fins en éversion confuse , disans : que Dieu ne le soufflera à la longue , non fera fortune , que le péchié de vostre orgueil , le péchié de vostre ingratitude et descongnoissance ne doivent cslre punis , et que ne sentiez la main de Dieu qui vous toucera pour vos offenses. Donc , et se oncques le peuple a pris cause et liltre en vous de vous bayr, de murmurer contre vous et contre lesvoslres, aujourd'hui cent fois plus encore y prennent pié; et à cause 'du bastard de Reobenprc , vous préjugent et percondamnent .malvais homme. Non pas , et Dieu ne veulle que ce je le die de moi ; mes pour vous avertir de si faiis languages et charges Je le vous conte en commune boucc. La coulpe que vous y poez avoir , Dieu la scet et congnoil. Se faites vous. Monseigneur, de Charolols aussi , qui a examiné le bastard , en scet sa part par sa propre . confession. El comme le ca.s tient du vraisemblable, et que le sire de Reubempré est vasire nepvcu , conduiseur de ceci, et que vous cl toute vostre ligne portez haine et machination contre le comte , avez peur que ne soyez defl'ais par ly, et à cesle cause vous voua estes ajoinis aveucques le roy son ennemi, pour avoir port, le dire du monde est tel , posé encore que je puis espérer qu'il ne soit riens , que tout ceslui emprendre meut de vous ; et que vous fuîgnant l'ignorer cl non y altoucier, par secret entendement que vous avez uveucques le roy, ensemble avcucques vostre nepveu , en lessiez et souffrez le crime sur leur dos , par espoir que avez que janiès ne sera altaini, et que le roy , qui est grand seigneur , vous en

saura bien laver et parer sans vostre dangier. Appert qa*aujoiird'bui , il en a eBVoyé son ambassade en ceste ville , prince , et prélats , à ceste cause. Et dient les gens » que de la peur que avez d*estre congnen , et pris en si énorme faute comme d*avoir tendu et fait ten* dre en la personne du comte , par prise ou par mort , vous meismes avez forgié ceste ambassade ; procuré son avenue et son accès ; nommé les personnes et fait les articles par de chà , tous propres à ceste matëre ; et espérant plus tost pooir tirer dehors ledit bastard par une fière et hautaine manière , comme se meismes fussions mespreneurs envers le roy ' de lui tenir en prison son serviteur , devez avoir conseillé ceste manière de manasse sur nous , cuidant bonne fin en traire ; car vostre regard estoit, ce arguent les gens , que pour ung homme pris , à quelque tiltre ce feust , monseigneur ne voudroit jamès desplaire au roy , et ne se voudroit accorder à guerre pour si peu de cause ; mes ly , comme prince et maistre de ses pays , et commandeur et précepteur sur son Bis , en tout et sur tout , à la requeste du roy , et pour^bien faire , et pour éviter tout péril et esclandre , le bastard seroit mis hors et à délivre ; et à quelque crime ne malvaise intention qu'il east eu , ne par qui donnée ne commise, sans en estre plusnovelle, s*en iroit sain et sauf; et ly il garderoit et gaingneroit sa vie sans rien dire du secret ; et vous et les vostres , et tous ceulx qui y peuvent avoir coolpe , demorriez par amsi nets et justes en malvaise œuvre.

» Tels et si faicts sont les languages par ciens, par ceste ville et par toutes aultres, là où on ne vous espargne ; ains vous y decoppe on par pièces et morseaux , et vous torne-on et retorne-on toutes les entrailles pour enfonsement de vostre rachine. Dient les uns : « Que veult faire cestui Groy P Que pense-il , ne que propose-il , en son hault orgueil , que de soi former public contrarieur au fils de son maistre; et après lui avoir fait toutes rudesses moult dures , le mis et tenu en indignacion de son père , pareillement en celle du roy , privé et forclos de sa pension , chà et là mis en abay le comte de SainclPol, deschassié ses gens d'en arrière ly , Anablement , pour le tout pardefhire et

pardestruire , contend et a contendu en son corps y en sa vie et en sa personne; et veuillant faindre Tignorance du cas se voult désarmer du crime par personnages , en quoi le roy , par son forgier et consentement , et ly par le roy , se sont noircis tous deux par estrange fiction ? 0 maudite soit la norriture de tels gens , ce dient ! Le roy rend bien au devoir les bienfaits de deçà , et Groy recongnoit bien le bénéfice qu'il a receu en ceste maison , Texaltation de sa lignie par son bon maistre , et la gloire et la richesse qu'il a de ly, dont pareille n'eut oncques en France par nulle mémoire ! Que veut il faire ne à quoi bée-il? Guide-il devenir prince du pays, et se faire égal aveucques l'éritier. Encore , quand père et fils, que Dieu sauve tous deux! seroient faillis, si n'y parvenroit-il pas ; il n'est ne de Testât royal ne de princial ventre ; il est ung simple chevalier , riens en comparison à ly ne aulx aultres princes ; et Pavons veu croisire et monter au thronne , prendre la fille de Robais , sourgon de .son bien; et maintenant marié à l'une fille de Lorraine, plein d'acquests et de biens par service , allié en Allemagne, à Bauvri et à Meurs , et tenant en sa main , comme propriétaire , Luxembourg et Namur , Boulongne et aultres places , dont le roy se vante , et ly en menasce l'éritier ! Guide-il pour tant parattaindreti la dominacion de ces pays, ne à ia &veur, ne à l'affection du peuple, qui mesmes est congnen inique et pervers et plein de malvaises cautelles, ly et les siens, et jusques en tous pays où il règne en oîr plamtes et clameurs, et estre plus cremus en partie et plus dangereux à avoir à faire aveucques eulx que le prince? O énorme aveuglement et intolérable orgueil ! O comment peut noble homme si bas descendre , que d'autant se meffaire comme de penser à chose indue ; de béer et contendre à chose à ly non appartenant ; de porter pointe et inimitié à cely dont il est fait, dont il a pris gloire erexaltation , et dont il, est tout eureux et honoré quand il en porte service ! Comment , déa ! mescongnoitil sa venue ? Ne oongnoit-il son estre et son estât, et qœ le cfaiilC d^ne. maison de Groy n'eit point dfl i«c..de.

BourRoinRue ? De ffilî se pcnseroii-il , ly, ung lel homme , se foruEer ne aîdier enconire ua{[ lel prince ? Possible esl liien de IVmprendre el de Collier, mes la finenyslra confuse pour ly. Il se fie sur le roy , ce diston , et louie sa machiniuîon en assise sur ly. El que l&nt il l'n assise là , c'est ce qui le condampoe , qui lui donne blasmc et reproce perpétuel , ot qui le faict coii|>Doislre ea ses vieux jours , eslre anllre qu'on ne l'n malnieou en ses jeusnes. De male-lieure, dini-il encore peut estre, il vit oncipies le] roy. Le roy, pour prcud'orame demrirer,ni!luiestoil point sorie ; ne pour grandir s;i maison ne ses enlans, service royal ne lui esloit point saluiaire ; grandesse il avoit assez en ly, sans le roy ; ne ly fuilloit qtie mesure cl contentement de ce que superflue avoîl d'ailleurs, 11 estoit l'aigle des pays de clià , prince de la chevalerie de la maison du duc, clavier de son iliroee, le fondement de son secret; et réservé tant seulement le [illre do principallté et de seigneur , quasi estoit une mesme chose aveucques son maisire, honoré et cremu, préféré devant tous el servi par éyal aveucques son miiislre en viandes. Tout ce qui ii ly estoit et apparteuoit esloit proineu; sa li(;nie eslevée et pourveue d' estât et d'oflices ; etobtenoit tout, et nul autre riens. IJue ly falloit doncq!* si non que ivresse d'aise l'a mené à descon^oissance , et lui ■ fail con- Toitîer et quérir oullre mesure , dont l'obtenement. espoir, cy apr<:s lui donra blusmo. Siia-il à ung v!el lioninie ejuerir uac nouveau maisire , lequel , vivant le sien , vii;! l'aeslevé jeusne ; le novel ne l'a accepté qu'à caulelle ; et lequéreur, ce sambleroit, pareillement n'y est allé qu'à malice. V.i aiasi le malvais et le soutil se sont entreirouvcsi et suivant chacun leur appétit non loaLile, ont misliupneur danière le dos tous deux. Que fu-ra le roy? Quelle paie eu prendront-ils en ta tin ? n les paiera du mesmes à leur mérir ; et lel comme il les ara trouvés à l'enlrèe , delaissans leur malstre , tl en fera le renvoi tout confus, quand il en ara ce qu'il en veult traire. Le roy est trop fin pour culx, et euk peu sages d'y prendre fondement. Le roy. Us savent bien , s'est raespnrté envers leur

EOUGK CHASTEltWNT îîii^

journcllemeni il lui rend mal pour bien ; no le cognoit se non par envie qu'il a de| sa Iiautesse. Que doncques fera-il de ceslesgens qui ne le servent qu'en mal faire ? Ke doîvenlils doubter qu'en maléfice il les paiera du mesmes pour quoi il les ara clioisis , et qu'il ne les dcboulc soubs le mesme tiltre de leur desserte ? (Jui est cil , ne Dieu ne Ikomme , qui en feisi aullrcmeut, ne qui en feislaullre conclusion? Et si le ruy est si injuste maintenant et si mal conseillié qu'envers moofii'tgneur il se porte mal pour ly avoir fail bien , cuident - ils qu'il doive devenir recongnoissant envers ceulx qui sont cause de son mesfeci? Par Dieu ! ta chose en por;i diiror un temps, mes il y aura En orde. Tous-jours esctiiet remors en ung cœur de ruyi et combien qu'il y peult cscheoir fourvoi , enfin luuiesl'ois il retourne à sa sature. Guer de roy est un précieux coffre ; et quand , tant seulement nnc fois , il voudra penser à sa dignité, n'est vice dont mesmes ne se repente ut qu'il n'en liée ne abhomine les conseillers. On dit vulgairement que les princes , pour venir à Leurs fins , prennent bien es gré les traysons , mes de la malvaiseté du nom el de leur maulvaîse nature , its en Iiécnt tes facteurs. Quand doncques ces Croys ici aroDl et oui de faict , en complaisant au roy , faict perdre à monseigneur les terres sur Somme , el en grand Iraude et destéaulé oslû a leur maisire ce pourquoi ils dévoient voloir morir ainchoisi et après, quand ÎU aroient faicl tuer ou prendre son fils, tout rais en désolucicn et ea ruine ce qui par decbû est, ue pense-on qu'cnJin le roy retorsani à congnoissaïue de ses péclés et au reproctie qu'il aroit acquis par cesie voie , qu'il ne dcu&t maudire el conlempncr grièvement ceulx par qui ce aroii faict, ot pur qui il seroii en la malédiction de Dieu et d'omme, par les avoir creus. Les périls, par Dieu ! n'ea soat pas dehors de leur part -, el n'est chose qui ne puisse bien avenir. Tous jours su lavcm binn prince à prince ; mes ung compagnon souillié pour euk demorrn en l'ordure. Par quoy ung vrai noble homme , qui autant doit amer son honneur comme ung roy , pour tous les roys de la terre , ne pour coronne porter

moistre. Il a oublié ses bénéfices receus; ly mesmes, ne se doit souUiereascientidoit

iUM] CHRONIQUE DES DUCS DB BOUHOOGNE.— IIP PART. Wt

mieulx amer qu'il ne fenst prince h monde , ne homme à qui on deust complaire , que soy mesfaire envers aoiy-mesmes. Mes avarice est mère de tous vices et de toutes ënormitës. Quiconques s'y applique maine Tomme droit cy ; le fait tout béer ; et par haut contendre et convoitier, le fait desmesurer et perdre sens , consentir trabyson , conspiration et murdre ; riens ne loi e^t grand ne pesant , comme énorme qu'il soit , mes qu'il ait son désir. Et pour ceste cause, Aristote escolant Alexandre le grand roy, pour le faire cler en vertus, sur tous vices lui blasme eestuy , veuillant dire que toutes vertus par kellui seul s'estragnent en Thomme , et par seul cely il se noircit et deffaict en renommée. Laissez feire , laissez les Groys. Par Dieu ne sont pas encore à fin de leur barre ; ils co* reront encore ung temps; mes s'ils estoient aussi hauix que la lune , peut être qu'ils ne saroient veoir encore la fin du maleur qui les attend. Présentement ne le veuillent congnoistre et ne peuvent; car aveuglés sont; et eulx oonfians en fortune , leur samble que riens ne les peut grever. Si en ont-ils de beaux exemples , touttefois , et de plus grands de eulx. Us baculèrent jadis le chancellier ; et eulx , plus mespreneurs que ly , n'ont nul qui les baculle. Mes souffrez; ils baculeront eulx-mesmes; ils deslieront leur malheur du pel , et ne se donront garde quand ils l'aront pendu an col. Us ressambleront les vers qui. mengent l'ung l'aultre ; et le derrain mengue soi-mesmes ; ainsi feront ceulx. Leurs péchiés, leur orgueil > leur descongnoissance et ingratitude de eux prendre à leur maistre , de tendre en sou honneur et en son corps , les mèneront au tiltre où ils doivent venir , tout amsi que Lucifer. Dont c'est dommage toutefois et pité , quand si nobles et gentils chevaliers comme ils sont et ont esté , si bien norris et loés jusques ici , et si montés en haute roe , se sont si grièvement mesfais. Mes s'en pregnent au propre nez > le meschief vient de eulx. »

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