CHAPITRE LXII
Comment, le seigneur de Cyniay ne bantoit point la cour, mes s'entre-entendoient tousjours par les allaus et venans.
Le sire de <3ymay , frère audit de Croy , n'estoit point en court à celle heure, ne n'avoit esté de bonne pièce par avant ,. pour cause d*unes fièvres quartes qui Tavoient pris à Hesdin , en la saison passée , et par mérancolie, ce disoit-on ; mes ce non ob5tant,.tousdis y avoit-il des allans et des venans entre eulx deulx -, parquoi toujours ils s*entre-entendoient ; et estoit le faire de Tung le conseil de Taultre. Et disoit-on que cely de Gymay , par son orgueil et par son aspreté , estoit cause grandement à son frère , le seigneur de Croy , de son desroy et de son mescongnoîstre ; car estoit cely de Cymay, ricc puissamment de rentes et d'argent contant, tant par Tauctorité que avoit eue au pays de Hesdin, comme par la succession de la damoiselle de Pointèvre , son mari , et de qui il avoit cspousé la scur germaine son héritière. Si en estoit tant rice devenu, et tant dru , qu'il en monta en orgueil , perdant
mode^ ly et ses eufuns. Et ne craignoicût j par avant, à Brusselles, pour, avoir le pro
point que telle richesse, aveucqaes Fauctoritë du frère en court , tant devers le roy comme devers le duc , penst jamès les souffrir cbeoir, ne encorrir en clangier dont bien ne se garissent et relevassent. Car , montés en règne et en gloire par fortune , et outre le naturel de leur estât , s^accomparcuent à ceulx qui princes sont de naissance , et à qui la gloire vient d'héritage. Si s'en estoit-on longuement perceu \ et véoit-on clèrement que par leur avoir et pooir de tous lez appliquiés à eulx , et qqe par leurs mariages et alh'^nees que pri$ avoient en divers lieux , afBn de perdurer et demorer en estât , ils portoient leur menton hault, monstroient évidemment que leur pan voloient porter, et pooîent , encontre les bien grands, et q«e qui les vouldroit traitier autrement qu*à point, ils estoient gens pour monstrer visage de non le voloir estrq. Le seigneur de Quievrain , fils audict de Cymay, portoit fort cause droit cy aussy, en murmure de son orgueil ; car en Téage de vingt-huit ans, sans oncques avoir veu ne estre expert , son oncle Tavoit rois et establi premier chambrelan du duc , lui absent ; s*estoit . allié , par mariage , à la fille du comte de Mers, et ceulx de Bavière;' se troovoit fort en grâce du duc pour son beau sens et parler ; estoit grand bailli et capitaine de Hainau ; avoit practiques grandes et de divers lieux venans ; et tellement , que par ung que par aultre , et que ses pères sçavoit et sentoit en triumpbe et en règne, et ly mesmes avoit bonne pension du roy , et estre à ly couvertement, il porta cuer fier, samblant pompeulx et haultaln , dur assez à petites gens , et convoiteux , et contoumanc tout ce que pooit avoir à grandissement d'estat ; se fit de beaucoup de gens blasmer en son darrière par élacion de ses manières ; jà-soit-ce que moi , son très accointé et ami privé , n'en sçaroie dire que tout ce qui bien siet à ung noble homme de vertu ; mes je croy bien qu envie en aultrui sur sa jeusne exaltacioa estoit plus cause de murmure sur ly que desserte , sauve touttes-voies que forcuidance y pooit avoir assez; laquelle je impute plus à sa jeusnesse que à vice. Mes comme , dès le commencement du discord\ jà avoit dix ans
miêr lien à Pentôor du comte , cestoi , le seigneur de QuieTrain , qui lors s^appeloit seigneur de Seropy , avoit esté cause du desplaisir do comte et de son grand dangier envers le doc son père, le comte et tous ceaix de sa feveur Tavoient pris en haine ; et comme il y atoit esté moveur de tout , Ta- Toiem aussi plus contre cuer que nul autre. Et ce sçavoit bien le jeusne chevalier , qui n'en flst compte , ce sarabloit , qu'à demy ; aias tant plus se grandissoit fort, et béoit à haulx estats, sous Tombre de ses pères et d« doc, là où il y avoit grand crédeocè. Et à ceste cause ^ et que véritablement sçavoit que le comte ne le vouloit, ne ne pooit le prendre en grâce, au jour que le comte devoit arriver et venir à Lille devers son père, par grans mystères et moyens , et là où les princes et tous les barons de la maison allèrent au-devant de ly » et mesme son onde et le seigneur de Lannoy , ly , par fiction , de quatre jours devant s*estoit faint estre malade des dens, et portoit le visage bendé. Parquoi il tint chambre huit jours et tant , aOin de noa aller au-devant de ly aveucques les autres. De quoi touttes-voies il se fit blas^ mer de diverses gens , qui bien entendoient le mîstère et le secret de sa fantaisie.