CHAPITRE XYI
De Tambassade envoyée au duc par le roy anglois sur Talliance, et comment tous deux informent le roy de France à Troyes.
Ce conseil fut tenu et mis à efTect. Et furent ordonnés , pour faire ceste ambassade : Tévesque d'Arras , messire Atis de Brimeu , messire Rouland de Hutequerque et plusieurs autres. Partirent d'Arras et vindrent à Rouen, où joyeusement furent receus et à grand honneur, et non sans cause ; car moult désiroit ledit roy anglois avoir aliance au duc de £ourgoin{pie,pour ce qu il véoit et entendoit bien que , par ses moyens , il pourroit parvenir à ses fins ; c'estoit d'avoir madame Catherine de France pour espouse , et au remanant pié ferme dedens ce royaulme désolé par les divisions qui y estoient , dont il prenoit la partie la plus saine pour luy. Si redéclairèrent lesdicts seigneurs leurs articles et la cause de leur cnvoy. Lesquels agréablement receus, il leur fu donnée responce par ledict roy meismes : que en très brief temps il envoyeroit ses gens devant le duc leur maistre , chargiés de tout ce qu'il auroit intencion de faire ; et feroit tant que eulx $eroient trouvés avoir esté bons procureurs devers luy, et les siens bien recueillis devers leur seigneur. Sur ce mot se partirent et retournèrent à Arras arrière devers leur maistre. Et tantost après vindrent, férans sur]Ia queue, les riches ambassadeurs anglois vers le duc de Bourgoingnc au meismes lieu d' Arras. Et estoient ung évesque et deux comtes, Tévesque de Rocestre, le coratçdeWarçwyc,le comte
de Quint et plusieurs autres chevaliers et escuiers qui les accompaignoient. Si furent très honnourablement receus , comme il séoit; bien , et bien aisés de tout. A Teure doncques qui leur estoit signifliée , vindrent devant luy ; et très humbles et bien enseignés en savoir , déclairèrent les articles que le roy leur maistre vouloit avoir avec le roy Charles et avec luy pour entrer en ceste alliance. Si furent oys lesdits articles et bien incorporés. Et pour assagir Tun l'autre du vouloir de chàscun pareillement, et de la part du duc , en présence furent rebaillés et ouvers aux ambassadeurs anglois les points et articles qu'il vouloit avoir aussi avec eulx. Eeaucop de grands cas y avoit à louer et à sourdre , beaucop de choses recoppées , plusieurs renoées, plusieurs allers et plusieurs revenirs , tellement qu'en aucune traitle de jours que leur parlement dura , toute difficulté fut vuydée ; et s'accordèrent en l'alliance ensemble, pourveu que ce peust estre du consentement et du gré du roy Charles et de son conseil. Lequel roy pour lors estoit manié, et la royne aussi, tout entièrement par aucuns tous propres, et à la poste du duc bourgoingnoB. Et portoit le traictié , comment que fust, que ceulx de la partie du roy et du duc de Bourgoingne ne feroient nulle guerre aux Anglois , ne les Anglois à eulx. Et furent avec ce les trêves premièrement prinses et données , reconfermées et ratiffiées plus et plus fortes. Et devoit le roy anglois envoyer ses ambassadeurs vers le roy Charles, en la compagnie meismes du duc* de Bourgoingne , qui très prochainement entendoit à aler vers luy à Troye en Champaigne où il estoit résident, partie pour faire ses doléances du cas advenu et de se conseiller à luy, partie pour luy signiffier l'appoinctcment prins avec les Anglois , point en préjudice de Sa Magesté , ains plus en conservation d'icelle, grandement blessée jà par aucuns. Et ainsy tous contons et bien d'acord à tous lez , se party chascnn, l'un par retour à Rouen, et l'autre ailleurs à son plaisir.