CHAPITRE CXII
Comment les Gantois , après la remonstrance des gens de bien , envoyèrent vers le dac.
Gomme doncques j'ai tiré le duc hors de Gand , et mené à Brusselles en paisible possession de Braibant , qui pendoit en dangier à l'exemple des Gantois , me convient retourner en arrière envers eux, pour raconter comment y après son partement, se mainte- Doient en la ville. Car , à ce que j^en oys conter , et comme il est vraîsamblable , doleur et coDtricion y eut grande en Gand; entre notables, du meschief avenu; et entre ceux qui l'avoient promeu et fortifié par erreur prise, commençoit à germer repentance et confusion de leur honte. Et eussent plusieurs entre eulx volu estre en Ynde la grand, pour non avoûr part en la maie aventure du cas ; car fondoient et farinoient en leur péchié , et comme plus goustoientet sapoient lenr crime commis , comme plus le trouvoient amer et reprochable , et plus de punicion digne. Est vrai toutefois que les nobles et les notables y avoient mis de la peine assez entre deux, pour les introduire et mettre en ceste bonne voie de recognoissance; et les avoient priés et exhortés de^main à main, que, pour Dieu ! chacun endroit soi voulsist entendre et penser ceste griesve plaie que Gand avoit recheue , et dont jamès l'offense ne seroit estainte , sinon par la plorer et par monstrer samblant d'en avoir deuil ; car autrement , ne Dieu ne homme ne pardonnent; et n'est nul digne de miséricorde, sinon par monstrer contricion suffisante , qui vainct l'injurié. Aiusi doncques les notables en Gand , usant de ces termes envers le peuple aussi battu en conscience , et tout de soymeismes revenu à soy, se rendi coulpable, et ne cessa de prier que , pour Dieu ! on ouvrist les voies pour parvenir à la grasce et à la miséricorde de son prince. Car n'y avoit amende que l'on sceust produire , que liement ils ne feissent et portassent en son honneur , sauve seulement la vie ; ne aultre chose réserver ne voloient, mes qu'il voulsist mettre
[4467] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE —IIP PÀÎlT,
en ignorance leur oiïense. Si pleiist moult au\ nolaLles cl vuillans cesie saincie bonne volonié du peuple aveucqucs sa conli-icion pai'Ceue, et mist-on ur{j grand fondement dessus de grand espoir , et que bonne fin , ii l'nidc de Dieu , s'en lireroit, moyenoaiil peine devers le duc , qui se converEÎroit à grasce envprsson peuple. Et en effet notable homme «ut drescbîé et rais sus pour aller tasler à Brusselles, èa cas que se Gantois . pour tout le corps de la ville , venoient devers le duc pour lui prier merci de leurs mesfaict», se le duc les vouldroit rcehevoir , et leur piester ascout en leurs humbles remonstrances.
Si porta la chose ainsi , et si bien que le duc respondi : que voirement il les voloit bien rechevoir et oyr et entendre ce qu'ils vouldroient dire , et en après respondre et be- 8r)ngnier aveucques eulx , à l'exigent de leur cause. Car ne voloit refuser justice, ce disoït , ne ascout à nulluy, feusi pécheur, fcusi juste ; car en la balance d'équité, entre bons et malvais, l'ascout souverainement doibt avoir grand lieu en ung prince juge. Si fui ceste response rapportée en Gand , et joyeusement recheue du'peupte, et tournée en bon espoir, quand encore il daignoil les souffrir venir vers ly, si mesfais comme ils se congnoissoient. Si en y avoîl qui plorèrent de joie, et de la grasce et merci que rechevoir espéroient; et fut dressée l'ambassade qui représenteroit tout le corps de la ville en son entier, qui est en trois principaux membres : le membre des bourgeois et des nobles , le membre des mestiers , qui sont cinquante-deux , et le membre des tisserands . qui passèdent dou7.G diverses places en la ville , toutes pour eui\ et en leur force; ce sont les trois membres qui font Gand en son entier. Dont, et de la part des bourgeois on prist certains députés, et de la part des meslicrs ung nombre des plus notables aussi , et de la part des tisserands, ung nombre aussi k Téquivaient des autres , qui, tous ensemble recheurenl en charge le fardeau de la bonne ville, par ung commun assens, feust pour faire amende quelle qu'il pl:iiroii à leur prince , ou pour porter aullre puiiicion condigae à leur mesfaict ; ils se voloîeut h tout submecire. Et principalement pour ce qu'ils savoienl et coiignoissoicui que leur pt:
chié pendoit en avoir obtenu par force et par 1 orgueil ce qu'ils avoient volu avoir, ù celle' J heure qu'ils avoient leur duc en leur danfjier ; 1 tout honteux et confus , maintenant d'entrée \ renoncèrent ù lout ce que acquis avoient et impéiré par celle voie; le révoquèrent, et se jugèrent avoir mespris ; renvoyèrent et res- Lituèrent tout ce qu'ils en avoient obtenu de lettres et de scellés, et les rejectèrenl pour k toujours; et du surplus, ce qu'il y avoit de inalvais et de vilain encontre sa personne , ils s'en voloient mettre en sa merci el en son I noble plaisir , et ne demandoient que sa mW I séi-icorde. Ceci , en effet . fut la charge qu* * portoient ces députés de Gand , en Brusselles, devers le nouveau duc; et fut produite et proférée , pour et au nom de la ville , devant le duc, par la bouche de maistre(l).
leur advocat, et en présence de tout legraiM conseil du duc et de loulle la baronnie ; et?J fut l'oracion belle et noble , et de telle subi stance.