CHAPITRE CXL
Commeiit le comte de Neren escriprist unes lettres •MCI aigres an ducCbaries.
Prestement^doncques lui venu à Brusselles, et que tout le monde pensoit que là se devroit tenir longuement pour ordonner les affaires du pays, et d'infinité des oQices qui estoient escheus par le trospas du père, tout le monde et de tous lez affuioient à Brusselles , pour procurer et impétrer offices et bénéfices à ce nouveau duc ; les ungs par fiance qu'ils avoient en sa promesse et amour du temps passé ; aultres , parce que meismes avoient obtenu lettres de telle et de telle chose; aultres par vertu d'amis et des grans moiens que avoient devers ly ; et autres à pleines grandes bourses plemesd'or, et lesquels je me doute que point n'estoient les moins recevables ; car partout, et en tout temps, par espécial en court /telles gens bien venus , ne oncques amour ne servi I aitoM que fait argent img ricbe
GEORGE CHASTELLAIN
paissant. Pour doncques avoir sa cause pins avancée, c'est pins fondation, ce samble, avoir bonne bourse, qne faillible attente en promesse ne en vraie amour de seigneur. Souvent Fexpérience en a plus assagi de gens que de ceulx par non croire.
Or je laisse encore reposer ces offices en ce nouvel instant , et viens à parler du comte de Nevers arrière ; lequel , aveucques ce que Bovellement avoit envoyé des lettres, comme j*ai dit, à plusieurs particuliers, tant en Loi% vain comme en Brusselles, nobles hommes et aultres, pour les gaignier pour ly , s'avisa aussi d'en envoyer une au duc Charles , jà recheu au pais; etpar icelles, lui signifia assez impartinament son enflé corrage , par forme de doléance et de tort à lui fait , ce disoit, et de quoi une fois , quand il poroit , il en pensoît poursievir son droit par une manière ou par aultre ,J[et en prendroit aide de ses amis. Et usant de plusieurs semblables mosfinablement monstra peu de sens et peu son honneur d'ainsi escrire à son'chief , soubs qui il avoit esté eslevé , et nourri serviteur toute sa vie. Mes comme en autres choses plus grandes il s'estoit bouté en follie par avant , encore faisoit-il à dispenser en ceste qui estoit de continuation pareille , en ensievant ses gouverneurs, hélas! et dont ce fut grand damage , et pour ly et pour la maison de Bourgoigne , de le perdre aûfisi de double perte , et à quoi il n'y avoit point de remède. Et certes, se sens eust esté en ly, et qu'il eust cogneu qui il estoit , ne quel estoit cely auquel il se voloit prendre par menaces, il eust faint ses lettres et ses vaines paroles qui ne portoient que vent , et eust pris vergoigne de son desvoy , dont son pis faire n'estoit que fable. Et en effet, le duc n'en fist que rire et gaber. Non firent tous les barons d'emprès ly, qui véritablement sçavoient que à tort et sans cause il se présumoit avoir tiltrc euBraibant; et seoncquesy avoit eu aulcune couleur , si avoit- elle esté vidée piéça par les estas du pays , comme j'ai dit ailleurs , du vivant encore du duc Philippe. Et par ainsi , ceux qui ceci savoient en pooicnt d'autant plus sainement respondre, là où cestui de NéVers se voloit ingérer de mettre sus ceste question non raisonnable , et dont en effet il demo-^ '^-'^los et non py } et lui estoit la lune
aussi près pour y ruer aux mains , comme de parvenir à ceste ducié par vertu de sa fortune.