‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 399 sur 494 · CHAPITRE CXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVI

Comment les Liégeois se disposèrent assaillir Huy et comment les habitansfaindans la deffendre, lessèrent entrer.

' Or'aî-je dit jà tout près d'ici , que le peuple de ceste ville sambloit forment varier et branler aveccpies ceux de dehors. Dont, et comme les apparences y estoient perceues, l'effect aussi y ensievit tout au parfait. Et ce qui plus donnoit la doubtc do malice à ceux de la garnison , de par le duc et de l'évesque, c'estoitque le chasteau estoit tout despouillié d'artillerie et de vivres et de toutes deffenses, et parquoy le retrairc dedens ne pooit porter fruit. Or vindrent Liégois ung jour, et firent semblant d'assaillir la ville ; et le peuple de dedens , faisant semblant d'aller defTendre les portes, les ouvrirent à tout effort, et bojtèrent Liégeois dedens, et s'entreconjoyrent, corrans parmi ces rues comme enragiés et visans à tout mettre à mort ce que trouvei' poroient de nation estrange ; feust au duc, feust à l'évesque , n'y avoit espargne no merci décrétée pour^uulluy. Si yeissiez ung horrible ef-

froi dans ccsle ville , entre ung petit nombre de gens qui là estoient en bonne confiance, sur ceulx qui les trayrent. Et quand aulcun de eulx, cuidans sauver et la ville avecques, se sont bodtés dedens le chasteau , et Pont trouvé tout vuide et desgarni , se sont mis à désespoir finable , et ont perceu que tout estoit une trayson bastie pour tout faire perdre. Si n'y avoît cely qui ne visast à se sauver. Et combien qu'il y en avoit qui firent de leurs corps ce qu'ils peurent, vaillamment et à grand péril , toutesfoîs , parce cpie defiensc ne pooit avoir lieu , firent de nécessité vertu , et sauvèrent le corps , qui point n'eust eu de mérite par soy faire tuer en oulirage. Ung entre les aultres , ung beau grand personnage d'omme du pays d'Ardenne et de ceulx de la Marche , homme de grand maison , et qui ne s'estoit point percheu des premiers de ceste trayson , et qui ne cuidoit point l'eflroi estre tel entre ses compaignons qui jà se partoient, se trouvant d'aventure entre ces vilains , en ung destroit lien , et là comme assaillant et assailli, et qui autrement ne pooit que combattre ou morir recran , fit des dures armes et de felles beaucop ; et n'y avoit nul , s'il chéoit dessoubs son baston , qui ne recenst affolure ; et estoit merveilles de ce qu'il fit pour ung corps seul , et de ce qu'il soutenoit en attente horrible. Liégois meismes lui disoient : « Que volez-vous faire ? Guidiez- vous recouvrer la ville tout seul sur nous trestoos, qui n'avez compagnon, jà ung tout seul , pour vous dcffendre et qui ne soit fui. Ce poisc nous et nous va contre cueur , se vous vous faites tuer ici, là où vous ne poez riens. Sauvez-vous , de par Dieu , avecques les autres , et vous en allez. 'Nous vous ferons voie, et aultrement le demorer ici vous promet mort sans respit. »

Quand dôncques ce vaillant noble homme parceut comment la chose estoit allée, et que voirement de secours ne véoit point en nulluy , ne de recuevre , et que mais ame ne véoit de sa sorte , crut conseil et se sauva au plus bel qu'il pot, grandement à son honneur, et beaucop tenu à fortime , que lui-meismes ignorant et quasi malgré ly , avoit gardé cestui estroit affaire , là où forcément il falloit monstrer sa vertu , ou morir honteux et con-

tlMT] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.— IIP PART. 43»

fus en couardise. Si s'alla rendre prestement à Brussellcs, où le duc le recheut à honneur et à gloire en ensievant son oeuvre.

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