CHAPITRE CXXVII
Gomment le duc enToya -messire Adolf de Clères pour lever le liège des Liégeois estaot devant Huy.
^ C'estoit au mois de septembre , bien avant, quand ceste ville de Huy fust prise des Liégeois ; et le duc Charles entendant à ses affaires par le pays de Braibant , envoya messire Adolf de Clèves, à toute haste et à forte compaignie , pour lever le siège , cuidant que Liégois feussent encore devant la ville non prise. Mes comme l'aventure l'apporta , et que ledicl de Clèves estoît Jà venu à deux lieues près , cuidant férir sus , I^iégois estoient dedens la ville à sauveté. Si en ot grand regret ceiy de Clèves , d'estre ainsi venu pour nient à tant de belles gens et de vaillans hommes et pleins de haulte volenté. Mes porter le convenoit ainsi et prendre en gré jusques à une autre heure , là où tout pourroit retourner en compte et en paye. Si n'y avoit aultre , fors de retourner vers le duc , qui en fit matte chière ; mes dit bien que ce leur seroit brief , s'il ne moroit , une chière prise et cousteuse. Et disoit vrai ; car prestement fit faire son mandement sur tous les pays de Braibant, de Flandre , de Hainaut , de Picardie , de Namur, et de Lucembourg pour le huitiesme d'octobre; et ordonna aux capitaines de eulx mettre sus, et le plus à haste que faire poroient, et à plus de gens; et lesasseura de bon paiement et prompt , sans délay ; et à tant s'en reposa sur leur diligence et sur le bon acquit de chascun d'icy au jour nommé ; et ly-mesme3 diligenta fort en tous ses aultres affaires pour venir en cestui ; car là avoit-il cueur.
Or convient-il maintenant parler du roy qui tout savoit et ooit ce qui se faisoit par dechà , et comment le mariage estoit conclu de la seur au roy Edouard , et comment Uuy estoit prise des Liégois; et qu'à ceste cause le duc avoit fait son mandement très-grand , et estoit délibéré à removoir guerre , jà la tierche fois , à ceux de Liège , et de les mettre en basse
croûte. £t ymaginoit presque et faigroitsa^ voir tout ce que ce jeusne duc avoit en ventre et en propos de faire ; c. purquoi tant plus le craignoit ; car le congnoissoit fier et orgueilleux , et mordant et dur ennemi , malvais i rompre là où il portoit corrage. Si s'en devisa tous les jours ce roy Loys à son connestable , qui aultre-lel cougnoissoit le duc Charlef comme ly , car l'ancienne nourriture y estoit. Si eust bien volu le roy , ainsi que devises portent, obvier aux emprises, s'il eust pu, de ce fier duc , et les rompre par sens ou par menaces , ou par moyen , ne lui chaloit quel ^ mès^ qu'il lui pust rompre ou faire rebouter sa corne , laquelle il voyoit fièrement dreschiée. Si en devisa familièrement audict son connestable , comme à cely seul du monde par qui main il pooit raieulx ouvrer en ceste affaire ; car ly seul aussi estoit tout à main au duc par deçà , et lui donnoit ascout et créance ; et la seule main du connestable qui estoit ami et certain à tous deux , estoit digne et
propre pour manier haulte matière.