CHAPITRE CXXXIII
Comment le connestable obtint du duc qne le terme d'ung demi-an il bailleroit asseurance sans faire emprinsc contre le roy.
Or y avoit-il encore ung autre point et qui estoii grand , et que le roy avoit profondement ymaginé nécessaire pour ly de le mettre
fl467] CHRONIQUE DES DUCS DE
ayant et de le proférer de tous aultres pour le temps d'alors : c'estoit que ce comte de Sainct-Pol , son connestable, procuras! devers co duc Charles ung seur estât d'ung an entier pour ly et pour ses alliés et amis. Et à ce le menoit une considéracion qu'il avoit , que ce duc icy estoit allié de tous lez du monde pour lui pooir porter grief, d'Espagne , d'Angleterre, d'Allemagne et de ^ormandie; et aveucques ce avoitr-il une redoubtable et puissante armée sur les champs , preste à tourner là où il vouldroit. Si en avoit le roy peur , parce qu'en ly-meismes il cognoissoit avoir cause par quoi la peur y devoit estre. Si fit le comte de Sainct-Pol tout son pooir de cest article , et le mérit au duc , lequel prestement lui demanda : « Que entend le roy par ses alliés ? s'il y veult comprendre les Liégeois et les porter contre moi , soit certain que , tant que je serai vivant homme , jaxnès de pié de terre que j'ai soubs ly hommage ne lui ferai ne le baiserai en la bouche. Or les comprende et porte quand il veut. Et quant au seur estât qu'il demande, s'il ne se melle des Liégois et qu'il ne les porte , je suis content de le luy donner pour demi-an , saufs monseigneur de Normandie et mon frère de Bretagne, auxquels, silleui* faisoit guerre ne moleste, je les secorrai et conforterai de tout mon pooir. »
Mes avant qu'oncques il se voult si avant déclarer que de donner et de concéder le demy-an, ledict connestable y ot grande peine ; et le pronuncia le duc à grignans dens et à bien envis dehors sa bouce ; et encore dient les aulcuns, que le connestable ne obtint point cestui mot si avant pour sa première venue, fors à la seconde, qucnd il revint battant et ferrant vers ly àBrusselles arrière sur son tout prochain partement, et qu'il le mena avecques ly à Louvain.
Si me suis donné aultres-fois merveilles cornment ung roy de France, roy de la chevalerie du monde , possesseur de son throne en quarrure, et de toute la rondesse de son royaume, cremu et obéi , et que toutes nations ont requis meismes de seur estât , ly est condescendu à requérir meismes seureté , non succonibi'î en fortune. Certes des deux, il en convient l'ung , ce sawble , ou qre la povreté
BOURGOGNE.— IIP PART.
de corrage y ait esté grand , ou que le gouvernement d'icely soit meu d*ung malvais principe.