CHAPITRE CXXXIV
Comment le connestable aroit charge dn roy raToir les terres de Somme pour la somme qui estoii mise sus.
Or sans cecy encore y avoit-il ung autre point trèsr^ifficile ; c'estoit que le roy foisoU dire au duc et ramentevoit qu'il peust ravoir les terres sur Somme, pour l'argent qui y estoit mis sus , et que le duc en voulsist estre content ; qui estoit ungj point aussi fort ruyneux et de dangier à le mettre avant, à celle heure encore, quand les choses esloient mal disposées pour en traii*e bonne fin. Mes je croy, et se peult ymaginer, que, comme le roy tendoit à venir à fin difficile , constraiqt de le demander , c' estoit d'avoir le seur estât d'un an , il mist avant aussi à ce duc tout ce qu'il avoit de difficile contre ly pour impétrer ce que le duc concéderoit, ce savoit bien, difficilement ; et ly par ce il concéderoit de ce qu'il avoit mandé au duc gracieusement ; et l'ung auroit son seur estât pour ung an , et l'autre feroit sa guerre à son plaisir , et ne s'en melleroit point le roy. Mes oncques toutes-fois, ne pour ceci ne pour cela, ne pour chose que le comte connestable sceust dire ne faire, ne ,1e pot plus avant mener que jusquesà ung demy an ; et en convint retourner ledict connestable battant ferrant devers le roy et revenir subit. Mes avant partir , lui respondit sur l'article touchant ces terres de Somme , et dist ainsi : « Je me donne merveilles comment le roy se traveille tant d^une chose que j'ai tant de fois refusée, et à diverses fois , à ses gens qui m'en ont parlé. Ne sçay comment il ne s'en tient à ce que j*en ai dit : car vueil bien qu'il sçaiche que je vouldroie perdre la meilleure ducié que j*aye ains que je m'en départisse ; et seront toutes les derraines terres et villes que je garderai pour moi. »
Sur ce mot ne séoit point de réplicque , ce véoit bien le connestable; et pourtant n'en fit plus point de presse, et laissa la chose ainsi. Gop sur cop toutefois, et jour sur aultrci
GEORGE CHASTELLAIN
le roy envoya gens et messafïiers devers son connestable, pour le solliciter et pour oïr nouvelles de son besoînger ; et sembloit que moult avoil le cuer en petit repos pendant cesle traîsnée. Si y envoya encore maistre Jehan de la Driesche, trésorier de France, auquel assez aigrement le duc parla , et par ses dessertes ; car moult présumptueux homme estoit et des pays du duc, né de Terremonde , et autresfois forfait grandement. Si lui dist le duc et coppa court : «Des menaces du roy je me donne peu de seing, veu" encore que c'est à son tort ; ne pour chose qu'il me face mander , ne par vous ne par aultre , je ne laisserai mon emprise , et la bouterai oultre; et si le roy s'y veut trouver, si s'y trouve ; les champs sont aux hommes. Mes s'il me quiert à faire des maux , je ly en ferai tant que le bel n'en sera point tout devers ly. »