CHAPITRE CXXXVI
Comment U y vintnng légat devers le dnc Charles pour cuidier rompre la guerre de Liège.
Or siel-il bien à demander et à sçavoir après, quel chose vint procurer ne demander ce^lui arcevesque de Milan, légat devers le duc Charles , sur son mouvement de Brusselles pour aller en sa guerre ; car sans grand cause, fait bien à penser , ne y vint-il point. Si loist il bien savoir que nostre sainct père Paulus l'avoit envoyé, jà bonne pièce avoit, en France , là où , après petit arrest pris , devoit tirer , ainsi portoit sa charge , devers le doc de Bourgogne Charles ; ce que le légat ne fit à tant, et laissa couler temps. Et le tint le roy emprès ly , qui ne s'en volt desfaire , et tant et si longuement, que le duc Charles, qui savoit bien sa commission, print souspecbon , et lui imputa, comme assez vrai estoit, qu'il estoit tout royal elFranehois, et pourquoi bus^ il l'en avoit moins en grâce, et ne faisoit gaîres conte de sa venue. Mès'quandie roy vit maintenant que la chose alloii à Testraindre , et que ce duc boutoit avant sa gueiTC tout à bon profil, aigrement le fithaster et diligenter, pensant venir encore à son recuevre tout à heure, par vertu de sa légation; ce que non fit. El en fut courmucié depuis; cl le légat en fut raboué en court de Rome , et
CHRONIQUE DES DUCS DE BOlfRGOGNE
de p;>r de rlià devers ce duc f.ti:irles; ff sVn esioit excuEiS , ledict lét;at, jà, de b fauie qu'il en avoit , ànoslre siiinrtpère. par ses letlres, sur le roy qui ne l'avoit souffert venir devers le duc de Boiirf>ogne jusques à bien lard et sur le point de In {guerre emprise.
Or porloit su commission et sa charge pour laquelle venu estoit par decli<i : Comme nostre sainct père savoil les différcns qui eMoieot par de cliàenire le roy et les princes de France, nonobstant encore tous traitiés et appoiate- Bieos faits entre ly et eux, que iceslui les nettroit de par ly en union et en accord à «on pooiri confermasi et valuasl ce qui avoil esté bien et deuement fait; et de ce qui peudoit en outrage e( en excès, qu'on le mitîfiuust doucement et amodiast selong le possible. Car cogttoissoit bien nosire sainct père les parties et les dilBculiës d'iceulx, qui esioient grandes et quasi non appoinctabtes ; et îivoit feroyjàgaijjniii le pape tout pour ly, par personnes qu'il avoil en court lout propres, et par quoi il prélendoit et espéroit toujours faire sa cause bonne , tant contre sou fièrc et le duc de Bretaigne , comme contre le duc de Bourgogne et autres. El la seconde charge qu'il avoit, c'estoit qu'il trouvast voie elmoyen, s'il pooit, qu'il niist paix et ces de guerre entre les Liégeois et le duc Charles sans les plus iraveiller ; car la clameur de Liège esloil et avoit jà esté monléejuscjties aux oreilles du sainct père, du voyage de Dinant subvcrtie , et de quoi tous les pays en sa dépeudance porloient et avolent porté dure confusion. Si .dèsiroit nostre saÏDCl père y remédier pur cestui légat, par piti3 de l'église ik qui Liège et le pays esioient apperlenanl. Et faut bien savoir que, au pariemenide Home de ce légal pour veuir en France, n'esioient encore nulles novelles que Liégeois eussent assiégié liuy, ne recommencié la tierce guerre encontre le duc Charles. Et pourunt ledict sainct père oyant novelles après de ceslui tiers recoiuneucliemeut , et cuidunt avoir assez pourveu en tout par son arcevesque de Milan , quand il paientendil la lia de ceste gtien'e tierce , fit comment le duc arrière y avoil oeuvré , trouva en avis de dressier arrière ung second léyat, l'évesque Tricaricensis , duquttl me tais luu'uiieuiuiljtisqueseiisoR bcu, pour faire
mon conic du légal arcevesque de Milan vint ballant ferrant à Ërusselles, toulcscolé du pape et du roy, à posic de l'ung cl de l'autre) oiès trouva bien ung fort passage louies-fois , cl plus estroil qu'il n'eust cuidié avant venir là.
Or ai je dit que le duc n'en esioit pas fup*{ tement assotlé; ellout premier .pour ce qu'il, avoit si longuement séjourné devers le roy ^ qui lui donnoit souppechon; secondement' pour ce qu'il estoit au duc do Milan , qui es toit son adversaire. Toutes fois, le duc soy rompant et -vmncant en son courroux , en dissimula et prinl en propos de l'oyr el de lui faire bonne cliièrc , parmi ce , comme je vous ai tourné dessus, qu'il lui avoil fait dire d'entrée que de nulle paix qui toucliast Liéjîeois ne lui feisl mention ; car il s'en peneroit en vain. Aussi ne fît-îl , car oncques ne lui en parla; ctvéoil bien et percevoit que an lieu où il estoit il s'y convenoit sagement contenir ei complaire , et que peu lui pooit servir à l'eure la longue demorée qu'il avoit faîte a\ cucques le roi , en irespas de sa commission.
Or parla-il au duc qui à Louvaio esioit, et au long l'oit; et Ini disi tant seulement : que voirement estoit-il venu par de chà pour appointier en l'honneur de Dieu les rumeurs et les dilférens qui esioient entre le roy et les princes de France , à cause d'aucuns Iraitiés el appoiniemens faits entre ledict roy et euk, el dont il estoit ung des principaux. Dont, et pour ce que le roy se douloit, d'ung coslè, ce disoit , et monseigneur Charles son frère et ly de l'aultre, et que chascun prétendoU avoir le bon droit pour ly , nostre saint [lêre l'avoit envoyé par declià par devers le roy et ly , pour trouver bon moyen et bonne union partout, pour faire ehascun enicndre el condescendre à raison en sou tort et en son droit, comme prluces de justice et d'é<|uilé , si bien contr'cut que pour eux. Et s'excusoit alors de ce que si longuement avoit séjourné devers le roi en contraire de sa charge ; mes il en mist le fardeau sur le roy qui ne le souffrit oncques partir de ly jusqu'à celle heure.
Si lui respoudyleducdoucenient: que bien l"enst-il venu , nonobstant sa longue demeure souppecliuneuse et dont il n'uccontoil pas grtuuiacul. Mes à l'eure que leilcs paioks
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■ GEORGE CflÀSTËLLïnr
t avant pour estre traiiées ei maniées et levées , qui ealoieiil de tel et de si grand pois , il estoil temps malpropre k ce faire, veu i'appureil que le duc lui oionstroit , lequel il véoitàl'œit, comme d'aller eu l'emprise de sa guerre. Si lui pria le duc qu'd se roiraisi dBvei-ssonchancelierjmesâre Pierre deCioux, chevalier , pour lui ouvrir et déclau'er ces matières pour y avoir avis dessus, ot que à Louvaiu le voulsist attendre jusques siu retour de sou adveiiture. Laquelle cbo^ie le léj^ai Kt ; et se po['ta très Lieu eu taules conduites tant qu'il y estoil.