‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 410 sur 494 · CHAPITRE CXS.XVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXS.XVU

Or estoil revenu arrière la seconde fois , le comte de Saiucl-Pol; et l'avoîi le duc mené à Louvalit , pour de là en avant soi mettre sur les champs. Et estoil orrible chose à veoir le monde qui esloitsur leschanips tout eu armes, aveuetjues le charroy qui estoil si gtand qu'il ne se pooit comprendre à veue ; car , tant pour artillerie comme pour tentes et pavillons , el vivres et autres nécessités , et que c'estoil en temps d'yver, il y eu avoii uuit que mal seroit cr^able de les nombrer. El dévoient bien Liégois avoir peur, ce sambleroil, de tels approcemens sur eutx, s'ils eussent esté sages. Et croy bien que si avoient-ils ; mes ils ne savoiont leur peur tourner à sens , et se floienttousjourssur leroy, à leur grand mal aventure.

Or procuroit tousjours le comte de Sainct- Pol , connestable , devers le duc , pour avDÎr leseur estai dont j'ay parlé, pour ung an entier , et parmi lequel , s'il le pooit obtenir , le roy promelloil non soi meller de la guerre des Liégois. Mes oncques le duc touics-fois n'y voull entendre, ne ne se voult oncques changer de son propos par avant dit ; et se meibst le roy ou non roellast , ce dist-il , ne le bailleroit jamais, si non pour demy-an , aveucquea les condicions encores qu'il y avott mises. Et se monslra loui réconforté de ce qu'il en pooit avenir. Si sçavoit-il bien toutes-fois que

les gens du roy estoienl puissaas en Reliicluis, sur les fruntières de Liège , près assez pour les secourir) oiês n'en faîsoit estiiiTc. Quand doncqucs ce comte de Saincl-Pul vil que point ne pooit iiuer do ce qu'il quéroit , duremonl se trouva esbalii et en grand peiplexilé de savoir bien faire et lessier. Le duc aussy vil et unteadit la presse qu'il lui faisoit aigrement de la part du my , pour le mener au cousenlemcnt de demy-an , et sans lequel , s'il ue le cunseutoit , le roy , ce saïubloit , se luclleroit de la guerre ; et pai' ainsi il aroit à faire à tutg roy de France et à ceux de Liège , qui estoil dure chose et ftHle ; et lui sambloit avcttcquesce,que le coimestable, comme souvcriiîa oilteier du royuulme, se devroil uiiùaieair aussi en ceste guerre de U part du roy.

£>onl, pour en esire a la paix du son cucr et |)0ur Eçavoir aussi , au pis venir, so lo roy se vouloit meller de ceste guerre , comment ce comte de Sainct-Pol, cunne^tablu, se voiUdroit porter aussi , ou par deversly ou contre ly , lui dist plainemenl : » Beau cousin , aviset bien devaut vous : car quant au secours que lo roy peut faire aux Liégois, je ne otea donne soing , et suis aussi réconforté ainsi que autrement. Mes je vous dis bien , et vueil bien que vous sçaicbiez, que ce que vous estât coniiuslable de France , vous Testes de moi el par moi ; et quand vous en feistes le serment , vous le feisies par lèle condiciun , que vous servirez le roy contre tous et envers tous, réservé la maison de Bourgogne. Or esiesvous ronn subject du plus bel de vosire vaillant, et estes né de mes pays. Si vuus puis et dois semondre, nonobstant quelque serment fait , de moi servir on ceste guerre , devant tous ceulx du inonde. Et ne me convtont que dira le mot, auquel , si vous dêsobéiBsiez , je sçay bien que j'aurole à faire. Si que , pensez ^ien à vosire cas : car se le roy se veut meller au fort de ma guerre , si^ne sera ce point Jl vostre preu. "

A'ces paroles, le comte de Saiuci-Pol fut encore p>us esbahi que devant , ot se t int bien à entrepris pour savoir que respondrc: car, comme connestable de France , devoit peser le Fait du roy, comme gardant son honnouT; et comme snbject et bienveillant de son seigneur naturel et souverain , devoit ciaiudre

aussi à mesprendre on sa foy eten sa léaulté^ par folle gouverne. Véoit que l'estat d'ung an, ne pooit obtenir par parole ne par prière; consîdéroit aussi le grand mal qui pooit advenir, se le roy se melloit de ceste guerre ; et print une vertu de corrage en ly meismes, disant : « Or , monseigneur , Dieu vous doint joie et bonne aventure de vostre guerre , et aussi bonne que je la désire ! Et se le roy s*en melle , croyez que j'en seroie bien dolant , tant pour ly comme pour vous ; car il en poroit ensievir ung grand mal , qui jamès ne seroit réparé ; et s'il me veut croire , 'il ne s'en mellera jamès , et vous en lessera convenir. 11 me besoingne retourner devers ly : car devers vous je ne puis riens faire. Mes comme connestable de France et de mon auctorité , soit bien faict , soit mal faict , ne sçai comment il en ira. Mes je m^avance de vous promettre et d'obligier le roy en tant , que de demain dix -neuf d'octobre jusques à douze jours ensievans inclusivement, le roy ne se mellera de ceste guerre , ne pour vous ne pour aultre, comment que la chose puist aller encore ; et vous fiez et fondez sur ceci. Et moi je m'en irai battant ferrant, et y ferai le mieux que je porrai , et le plus expédient. Et^dedens le douziesme jour infailliblement, vous arez les nouvelles de moi tèles que je les arai trouvées, et de là en avant vous vous porez» fonder dessus, et sçarez que vous arez à faire, »

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