CHAPITRE CXXXVIIL
Comment le duc Charles fièrement délibéra envahir les Liégois par la responce qu'il donna au connestable.
r Le duc à ces paroles, qui esloit en sa fierté, tout animé encontre Liégois, respondist et dist : « Ne me chault que le roy en fiice. Puisque ainsi veut , je suis du tout réconforté ; et ne lesserai jà ung pied à marcher avant , par peur que j'en aie ; mes à plus bel me venist qu'il me lesBast fiaire , et qu'il se déportast de porter les malvais vilains contre moi , interdis et excommuniés de nostre sainct père le pape par toute derraine sentenAn. Dont, et quand il s'en melle^tL» li ' là haut qui cognoit les OMrifi0
le droit dos causes. Et n'est pas dit pourtant que la victoire en doîbt estre sienne. Car , quant à moi , je y clame avoir grand part , et me mettrai en peine de Tavoir se je pois. Ce poise moi que suis constraint de tant en faire et de m'en mettre en ce dangier. Si loueroie au roy pourtant que , sinon à cause nécessaire , il ne se donnast affaire , et dont il se poroit bien passer , et plus à honneur sauf que aultrement. Au fort, son plaisir soit foit ; véez-moi ici. El vous , beau cousin , je ne vous vueil pas empeischier pourtant de bien faire tous-jours et de vous traveiller en' ce qui peult estre le plus utile d'ung costé et d'aultre. Toutes-fois , je ne vous requiers de riens , et vous laisse en vostre faire et non faire , tout à vostre francise. »
Atant print congié le connestable de France partant dç Louvain , et s'en r'alla pensant et musant devers le roy son maistre , lequel il avoit obligié, et de laquelle obligation toutesfois , ly venu devers ly , il se chevit valeureusement. Et tant mena le roy par paroles et par remonstrances , pendant ces douze jours promis , que le roy accepta Testât de demyan ; et se déporta et céda entièrement de la guerre des Liégois et de leur deffensc ; et en lessa convenir le tluc de Bourgoigne , qui tousjours nientmoins marcha avant en pays , sur tous périls et aventures , combien que plus lui venoît à bel et à aise le déport que le roy en fit que aultrement ; et non pas sans cause , car à ceste seule cause , l'ennemisté y feust crcue si criminelle entre eulx deux , que jamès de leurs jours n'eust esté estainte. Si valoit mieulx non encheoir en occasion de si grand mal. Toutefois , tout le reconfort du duc si estoit que , si le roy se feust mellé réalement de la guerre des Liégois en son contraire , il avoit deux mille Anglois à Calais, venus tout prests pour les faire venir en Liège, et trente mil francs là envoyés pour les payer en cas de besoing. Mes quand il se percheut que le roy se déporta de son lez , ly aussi il se déporta du sien , et fit tenir les Anglois clos en leur marche ^ sans les mettre en œuvre ; et tant seulement des siens propres , dont il **"' •^oîl tant que merveilles , il d«t e: parfist ^ . et mist tout à ruine , comme vous
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GEORGE CHASTELLAIN
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