CHAPITRE CXLI
Goamieot momeigneiir le d«c Charles , Doureaa apvès la guerre des Liégois , fist son «Mal à Brosselles , el des demandes qa^il fist à k et conuBent U Teolt tenir sa Toison à Bragesw
Après la Tictoire des Liégois , que le dac Charles aToit obtenue si glorieuseneM, et que en tout il avoit pourveu de ce qm Cmsoîi besoing au pays, il.retouma à Brusselies après le Noël. Et là, pour ce qu il avoit des anltres grans affaires , après ceste guerre expédiée , il voult tourner son entente à y besoingnèir. Car il loist savoir qu'encore oncques ,;dqniis qu il estoit devenu duc , n'avoit eu loisir d'entendre à riens, à peine de son privé estât, si non à tribulacion et turbacion de cuer, tant pour Gantois, pour Malinois et anUt» mescbans affaires , comme pour Liégois recommenchans guerre contre ly, tout run(][ sur Taultre, aveucques les menaces et estranges termes dont le roy usoit envers ly journellement, qui lui estoient de grand pois. Si avoil-il toutesfois pays et natures de peuples à gouverner là où il y failloit bien entendre et tourner temps pour tout y mettre en point , sans avoir empeschement forain , 8*il eust peu ; mais nennil ; car il n'estoit point maistre de sa foritme. Aussi ne pooit-il estre
(i) Le titre de ce chapitre manque dans nuscrits.
(2) Il y a ici une assez grande lacune qui se retroovt aussi dans la table des matières; eUe paraît éti« és cinq titres de chapitres dans le manuscrit ftS48,'^ douze pages où vingt-quatre colones sont laiwéfl' blanc dans le n» 834^*^*
[WAi CimONIOUE DES DUCS DE miistr-c aussi de sa fiancisc , pour la tourner lii oit il vnudroit. Les cas impoltioux et esii'.ingos le cooseilloient à tourner ses yetix envers eulx pour ahandonner les siens proinesct privés par surséance en aultre temps. Oravoit-il encore petitement pourveu enl'est:i[ de sa maison . sur quoi il avoit Tort l'œil , ensemlile et sur les ollices de ses pnys, dont bi'auconp pendoient encore «n branle, mal assurés. Et comme il est noioire que la fortune de l'homme , selong ce qu'elle so treuve clerc et glorieuse, l'homme aussi par coustiune se |p-andit et m3f;m6e en sa pensée , t'e duc doncqucs voyant son glorieux commencement, aveucques entrée en sa seigneurie, proposa aussy à metti'e sus son hustel, donid n'en yauroit point de pareil enFruncP; car il se véoii avoir puissance et chevance a.ssejî pour le parfurnir. M'y failloit que règle et ordre et entente à la kesongne pour Lien disiribuor tout. Dont ly, qui esioit homme et prince qui pooit de labeur beaucoup et qui vnuliiit cognoislre son cas, et combien il avoil di- puissance de cbevance, et combien lout pooit monter ne soi estendre , pooît gi'aademeut iri pour tout bien conduire. El de fait , priiii frain à dents ;^ei veilla ei esiudia on ses finances , et en tout ce qu'il avoit de rentes et de demaine par ses divers pays , meismes et surtout ce qu'il pooit devoir par le trespas de •on feu père, et sur toutes les plaies, romplures et vendages de son demaine. IV'y avoît liens que de tout il ne presist congnoissance , et qu'il n'uvisust aux troux et angles par quoi tout poroit eslre csiouppé et sauvé. Fit lout visiter, et mcismes visita les trésors de son père et de ses grands -pères , et auxquels néanmoins oucques ne toucha par amendrissement ; mes du sien et de ce qui jù lui esioil multiplié par acquest , de ce disposa-il sagement. Son extraordinaire, conune dacquest sui' i.iège par amende et comme des aides de ses divers pays , tout cela il ordonna tourner en irésur pour ses futurs grans ajfuîres ; et lani seulement ce qui avenir lui pooit de vrai demaine et de seigiieui-icu\ droit, ce il le contourna en la furnissance de sa maison eu ordinaire despense et en payement de qmgcs et de pensions-, et là où le ren» cuie ilcnicuruit assez ffrand
BOURGOGNE.-iïI- PART.
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mainlenant il sambloii eslre quitte et tout à délivre de paine pour avoir obtenu victoire des Liégois , nientnioins s'y rebouta dedens arrière tout au parfund . par sollicitude de son privé fait , pour le mettre tout ung ; leilement que , considérée sa personne quelle elle estait , et selong la hautesse et la grande infinie puissance de ly, et selong son cage qui devoit esire libéral ot joyeux et rouvelent , il se list blasmer et murmurer contre ly de tant de peine et de soùig. Et disoit l'un que ù ung tel prince ne séoit point à tant soy envelopper de labeurs domestiques. Tontèsfois i) en lit comme sage et comme mieux advisé que non y entendre i car son noble père en avoit beaucoup les.'^ic couler el soulTen allor à perte , par esti-e trop bon. Si s'en parclivul bien le lils; et emendoii bien ù mieux faire pour ly, et de non s'en attendre comme son père en aullrui main. Dont, pour cliose que Ton sceust dire, ne s'en vouli déporter touiesfois; aias jour et nuit y veilloil et labouroiti et tenoil en grand traveil non appris ses gv.ns de Knance, mesmes par trop curieuse labeur. Et se séoit aveucques eulx , contant et rabattant et calculant et ordonnant de lil en aiguille, jusques ù avoir consommation du tout , tant de debte et timt de moule , tant de cler et tant de payé. El là tît-îl arrest et fondement ; et sur cela édilia-d son estât. Et ea vérité , quoique gens parlent souvent ù peu de saveur et de sentement sur autrui de ceci et de cela ; mes comme grand que mig ('rince peut estre el comme puissant , si lui esse plus los el honneur entendre et cognoistre sou cas et en avoir la pratique devei-s ly acquise et par propre peine , que non le congnoistrc ne entendre pai- prcsce et de s'en rapporter sur auttrut diligence; veu et considéré encore que la souveraine et la première félicité des ivys el des royaulmes si est et si pend eu savoir dépenser les deniers par règle et par mesure à l'advenant de la recepte. Car quand en iceulx se trouve playe ou fuurvoy, et que Testât est de plus grand poriancc que la chevance, impossible est que inconvénient n'en ensiève et que mal pris ne se quière pour sutisfait'c au mal conduit. Ainsi doucques ce duc Charles ne fesoîl it blasmer en cesiut endroit: i loer de voloir cognoistre son fait par
GEORGE CHASTELLAIN
peine et par labenr. Mes s'il le iaisoit à intencion d*avarice et par délectation en grans mouceanx d'or, comme aulcuns lui impntoient aussi , son los en estoit moindre ; car certes, sur tous yices je blasme, et à juste cause, en ung grand prince, et parespécial en son florissant éage,vile maudite avarice, qui est mère souveraine de tons grans maux, et qui oncques en cuer dliomme ne fut seule et sans avoir détestable compaignie , assez pour perdre ung monde. 0 pensent bien grandement que c'est d'avarice , et mett^t peine, je prie , à assapier quelles sont et peuvent estre les dépendences et les conséquences! Certes , se bien Jes assaveurent , et que cure leur soit autant de leur honneur et de leurs amis comme de cestui mauldit, et qui délecte le cuer et l'empoisonne , ils mettront frain tontesfois en leur convoitise et règle, espoir et mesure. Déà ! bien fait à prisier l'homme qui aime avoir pour foire devoir, et qui entend à son cas , et qui scet amesurer sa libéralité à la grandeur de son pooir, user de temps et de lieu et de tout ce qui fait à regarder en prince, garder et reslraindre, tenir court et eslargir, et amer amas par provision contre les estranges aventures ; certes bien fiiit à loer icely. Mes y veillier par délectation désordonnée et par une amour idolatrice , comme pour une félicité extrême , c^est chose damnable et déturpable en prince, et plaie en publique salut, non jamès sanable.