CHAPITRE CXLII
Comment le dac Charles commença h faire son estât fort richement et de grand adniiracion.
'' Pour venir doncques à son estât , et duquel il pourvit à son retour de ceste guerre en Brusselles, il ouvra noblement et proprement en ensievant sa fortune qui estoit haulte et glorieuse , qui en l'éage de trente six ans se trouva en seigneurie paisible, ung des plus grans de la terre , et de plus riche peuple et de plus puissant pays , plein d'avoir et de substance et de privée richesse , prince et duc sans compaignon , cler et resplendissant en victoire. Et aveucques gloire paternelle I
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qui lui réverberoit en face/ si estoit il ji i^mé , et doubté , et magnifié par terre et par mer pour ses principes. Par qu<H, comme j'ai dit , en ensievant sa fortune n'est merveille se à Tadvenant d'icelle il voloit essourdre et mettre sus ong estât en sa maison qui fut du mesmes à l'bomme. Car après les feits et les exploits de la guerre dont on prend victoire, Testât domestique c'est la première chose sur quoi on assied l'oeil , et qui plus est de nécessité aussi de le biea conduire et de le mettre en règle. Dont, comme la noblesse autour d'ung prince, c'est ce dont il se décore et dont il se pare et grandist, il mist sus cent clievalîers estre ordinairement de sa maison, barons et banerès et chevaliers de toute bonne mise et sorte ; il les divisa par termes et par temps, comme ils dévoient servir : dix immobilement comme premiers chambellens toute Teotière année; vingt par demi-année; trente par quatre mois de terme , et quarante par trois mois à trois mois , et desquels toujours la plupart se trouvoient ordinairement à Fostel, les uns par une manière", les autres par une autre. Ordonna aussi sur les quaut offices des gentilshommes , est assavoir : escuyers d'escuierie, eschansons, pannetiers , escuyers tranchans , en chaacun estât quarante gentilshommes , de trois mois à trois mois , pour servir ; o'estoient huit vingts gentilshommes, sans multitude d'autres qui estoient et venoient depuis à estre retenus extraordinaires , et qui servoient mesmes les princes et les grands barons , desquels la maison prenoit autant parement souvent comme des propres retenus. Par quoi il. convient dire que ce devoit bien estre une merveilleuse chose à Viiir tant et si grand multitude de chevaliers et d'escuyers en une maison, comme de cent chevaliers tel fois estoit, tous ensemble, et huit vingt gentilshommes , sans les autres qui y estoient d'abondant et qui n'estoient point du nombre, aveucques encore les princes et tons les plus grands qui estoient pensionnaires , conune : messire Âdolf de Clèves , le seigneur d'Arguel , le seigneur de Ghasteau-Ouion , le seigneur de Fiennes , le seigneur de Roussy , fils au comte de Sainct-Pol^ le seigneur de Renty, le marquis
de Roi&teUn , le nnareschal de Bourgogfne et autres. Si ne soufiit point dire seulement la retenue, mais convient dire aussi la magnificence de leur estât et de leur service à table , qui estoit le plus seigneurieux que james je veisse nulle part en court de roy ne de prince , le plus assovy et le mieux fumi que jamès homme verra , je crois, pour ordinaire. Si avoie-je veu à celle heure beaucop de hautes et de glorieuses maisons ; mes jamès nulle pareille à cestui ordre qui estoit ordonné , ne par sales, ne par {grandes tablées, mes par chambres tputes distinctes et séparées Tune de Tautre , là où seulement n'avoit que une table pour Testât de dix , féussent chevaliers ou escuyers ; et lesquels dix , autant les moindres comme les plus grands, et toute d'une manière ou d'une qualité et quantité , et tout ainsi comme le prince , et d'autant de tels mets comme ly. Et à tel jour teles viandes furent servis et administrés si grandement , que le soubaidicr plus ou mieulx eust esté non pardonnable ; car l'ordinaire valoit , ce vous dis bien , le festoy d'ung grand homme. Chascune table de dix avoit un cbief qui présidoit , et lequel , sitost que le disner estoit fait , estoit tenu de venir soy présenter aveucques la disaine devant la table du duc , disnant et soupant. Et furent les heures si compassées à point , que tous en tous les estas povoient avoir disné pour eulx venir présenter à la table de leur maistre, pour lui donner gloire. Aussi firent-ils. Et n'y avoit tablée qui n'y vint en ordre et en règle; et les regarda le maistre volentiers , et y print grand délit. Et luy sembloit bien , puisqu'il estoit puissant et de volenté pour les tenir aises et tellement comme ly, il estoit bien raison que eulx aussi eussent volenté de mesmes , pour lui faire honneur et service qui lui peust plaire. Car à dire vray, et aussi ses ^ faits le monstrèrent , il aimoit fort gloire et cstre grandi ; et puisque l'on cognoist Thomme et ses meurs , il siet bien de l'ensievir et de lui complaire en ce qui est à ses frès; et n'y a point de reprise de se faire servir de près, et d'avoir volentiers emprès luy multitude de seigneurs et de noblesse , dont nul parement d'or et d'argent ne d'aultrc richesse du monde , ne peult avoir approce. Mist ordre
aussi et règle en Testât du conseil et en tout ce qui en dépend, par compétent nombre et règle. Pareillement fist-il en sa chappelle et en Testât de ses archiers , et tout par condition comme de toute sa maison mettre en ordonnance; c*estoit la fin où il prétendoit touchant cestui point.